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Lettre à la revue « Critica sociale »
| Auteur·e(s) | Christian Rakovski |
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| Écriture | 1er juillet 1893 |
Les observations que nous avons faites (n° 10 et 11 de la « Critica » ) concernant l’appel des étudiants de Paris et la lettre d’Ausonio Zubiani expliquant la non-adhésion du Cercle socialiste de Pavie au Congrès de Genève[1] en octobre ont trouvé un large écho dans le monde étudiant. Les étudiants du Cercle socialiste de Bologne furent les premiers à répondre, promettant, bien que membres d’un Cercle mixte, leur adhésion et déléguant notre collaborateur Olindo Malagodi comme leur représentant. Le Cercle Socialiste Universitaire de Turin a également décidé d’intervenir avec son propre représentant et a invité les Cercles apparentés à indiquer les noms et adresses de leurs délégués afin de conclure des accords en vue d’une action commune. Entre-temps, nous avons reçu un bon nombre de lettres d’étudiants de diverses régions d’Italie, dont la publication intégrale prendrait plus de la moitié du journal. Et sans doute sans grand profit, car, quant à la participation des étudiants italiens au Congrès de Genève que nous avions l’intention de stimuler nous semblons désormais avoir obtenu gain de cause. D’ailleurs, si des hésitations subsistaient, voici que M. K. Rakowsky, sous-secrétaire de la commission d’organisation, vient à notre aide pour les dissiper.
Je dois relever avant tout que nous n’avons jamais eu l’intention de créer une organisation autonome face à l’organisation socialiste des travailleurs. Nous disons au contraire dans notre appel que le mouvement socialiste chez les étudiants sera complémentaire du mouvement ouvrier ; c’est-à-dire qu’il ne sera pas un parti distinct, avec des idées et des tactiques distinctes, avec un programme maximum et minimum distinct, mais plutôt (pour ainsi dire) une simple organisation professionnelle comme tant d’autres.
La principale préoccupation de notre congrès sera de faire pénétrer dans l’esprit du prolétariat intellectuel que son émancipation passe par la conversion au socialisme et la lutte contre le régime capitaliste.
Nous nous plaçons donc sur le terrain de la lutte des classes, solidaires des travailleurs en principe comme dans les moyens. N’est-ce pas dans notre propre intérêt ?
Nous voulons trouver la solution pratique d’une question qui a déjà reçu une « solution théorique », à savoir que seules les forces unies des travailleurs de la machine et du cerveau ébranleront le monde bourgeois. Telle est l’union que nous construirons. Nous chercherons les moyens pratiques de la propagande socialiste parmi les travailleurs du cerveau. Ainsi, en introduisant le « bacille du socialisme », ce dissolvant de l’ordre actuel agissant jusque dans les chancelleries d’État, on isolera la bourgeoisie, on la privera du soutien que lui offre encore le prolétariat intellectuel inconscient.
Pour trouver ces moyens, il faut rendre compte exactement de la situation et des besoins actuels du prolétariat intellectuel. Ét notre Congrès œuvrera dans le même sens en créant la « Fédération internationale des étudiants et anciens étudiants socialistes ».
Quant à l’opportunité de la propagande socialiste parmi les étudiants, la question, je crois, est résolue par la nécessité de cette propagande parmi les prolétaires de demain. Je rappelle à nouveau que notre Congrès comprendra d’anciens étudiants, ses portes seront ouvertes à tous ceux qui se considèrent comme faisant partie du prolétariat intellectuel.
Toute organisation politique exige une propagande préparatoire, et c’est cette propagande que nous voulons mener auprès des « apprentis » d’aujourd’hui qui seront les « travailleurs » de demain.
Ne dispersons pas nos forces, certes, mais cette propagande parmi les étudiants ne nous donnera-telle pas précisément les forces qui nous manquent ? Ne nous donnera-t-elle pas des socialistes convaincus, munis de toutes les armes que la science met à notre disposition ?
[Rakovsky]
- ↑ Il s’agit du IIe Congrès international des étudiants socialistes, qui s’est tenu les 22-25 décembre 1893 à Genève avec plus d’une centaine de délégués de plusieurs pays européens (Allemagne, Belgique Bulgarie, France, Italie, Roumanie, Russie, Suisse et Arménie). « Sous-secrétaire » à l’organisation de ce Congrès (en réalité c’est lui qui en fut le maître d’œuvre), Rakovsky écrivit la lettre publiée ici afin de rassurer ceux qui craignaient que l’objectif dudit congrès était de créer des organisations étudiantes indépendantes des partis socialistes ou du monde du travail.