Lettre à Roman Well, 21 avril 1930

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Cher camarade Well,

Vous ne dites pas un mot de l'état de l'opposition allemande après ce qu'il est convenu d'appeler "l'unification". Cela m'inquiète. Les camarades Shachtman et Naville ont retiré de la conférence une impression terriblement pessimiste. Ils sont intimement convaincus qu'une bonne moitié de la direction actuelle, en raison de son état d'esprit, et plus précisément de son caractère chicanier, sera plus nuisible qu'utile à notre cause. Je crois qu'ils ont raison... Certains camarades, passés par l'école d' Urbahns , sont d'une hypocrisie sans bornes. C'est une chose que j'ai eu l'occasion d'éprouver personnellement. Mais l'épisode auquel je fais allusion n'était qu'un symptôme inquiétant; le suivant -la mise à l'écart de Landau- est beaucoup plus grave. L'alternative était: soit donner à chacun des camps le droit de mettre l'autre à l'écart, soit prendre le parti de ne jamais soulever les questions de personnes. J'avais reçu sur ce point une information officielle : les deux groupes avaient adopté la deuxième solution, menaçant d'exclusion tous ceux qui soulèveraient des questions de personnes Cette décision n'a cependant pas empêché le camarade Jokko, au nom de son groupe, d'exiger la mise à l'écart du camarade Landau, avec tout ce que cela entraîne comme complications. A quoi cela ressemble-t-il? Le camarade Jokko était moins que tout autre qualifié pour soulever ce genre de question: tout, dans son comportement, produit sur ceux qui se trouvent en rapports avec lui l'impression la plus négative. Quant à moi, je n'ai jamais entendu parler de l'activité du camarade Jokko en termes positifs. Son nom est toujours et seulement lié à quelque querelle. En tout état de cause, l'opposition aurait eu beaucoup moins à perdre en mettant à l'écart le camarade Jokko plutôt que Landau. Telle est la conviction que je me suis forgée à la lecture des documents et des lettres que j'ai reçus de tous les camarades.

Shachtman et Naville ont cité votre nom parmi ceux des quelques camarades qui ont abordé les problèmes de façon juste à la conférence. Vous comprendrez que cela ne me surprend pas, et, en revanche, me réjouit. A leur avis, le camarade Seipold a également une position juste. Pour eux, Landau n'est pas à mettre dans le même sac que les autres membres du groupe de Wedding. Quelles qu'aient été ses erreurs au début, je crois qu'il va tout faire maintenant pour renforcer l'action commune. Je lui écris en ce sens. Il me semble que Weipold et vous d'une part, Landau de l'autre, pourriez constituer le noyau de militants capables d'assurer l'efficacité du travail de la direction, et l'unité de l'opposition. Si je ne cite que vos trois noms, ce n'est absolument pas parce que j'exclus les autres. Il est certain que Schwalbach, et d'autres, pourraient réaliser un travail très précieux après la liquidation de la période des querelles. Il faut y parvenir, opposer une ferme résistance aux amateurs de chicanes; il faut exclure un ou deux d'entre eux, au moins pour quelques mois.

Je serais très heureux de connaitre vos impressions sur la situation actuelle, et vos pronostics pour le proche avenir.