Lettre à Raymond Molinier, 18 octobre 1932

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Lettre à R. Molinier

18 octobre 1932

Cher Camarade Raymond,

J'ai reçu la réponse du camarade Naville concernant la question d'Espagne. La lettre de Naville est pour moi très instructive ; elle contient une analyse des personnes et des relations avec l'Espagne qui me parait tout à fait juste. Mais, comme c'est souvent le cas avec le camarade Naville, je ne puis mettre d'accord ses appréciations générales et les conclusions pratiques qu'il en tire. Nin et Lacroix, chacun à sa manière, développent une politique qui étant contradictoire en elle-même ne manque pas à chaque pas de heurter de front les principes fondamentaux de l'Opposition de gauche. Voilà le fait capital. Nous défendons contre eux la politique que nous considérons comme la seule juste. Le S.I. est l'un des outils importante de cette politique. Il peut être faible, (il l'est, comme d'ailleurs toutes les sections sur lesquelles il s'appuie), il peut par ses fautes (il en fait de temps en temps, ce qui est inévitable) ; mais, dans le conflit entre le S.I. d'un côté et Lacroix-Nin de l'autre, on ne peut tout de même ni hésiter, ni ruser, ni s'esquiver. Même dans la question de procédure, c'est-à-dire de la commission de contrôle, l'un des deux, ou bien on considère Lacroix comme un homme irresponsable (alors il faut faire tout pour lui donner la possibilité de se soigner), ou bien on le prend au sérieux (et comment ne pas prendre au sérieux un camarade qui dirige une section importante ?) et il faut prendre au sérieux ses accusations.

(2) Quand, dans ses lettres débridées, il insulte tous comme "idiots",” on peut passer outre, mais quand il parle dans un document officiel de "basses intrigues" d'un S.I. élu par toutes les sections, on ne peut pas tolérer des choses pareilles. Savez-vous ce que c'est "intrigues" et "bas" ? Que doit faire dans cette situation un organisme responsable dont la destination est précisément d'éliminer les intrigues et non de les créer. Le S.I. attaqué propose à l'attaquant de présenter ses accusations devant une commission impartiale. Quelle autre procédure peut-on proposer ?

Vous avez vous-même essayé de remplacer les méthodes politiques par des méthodes psychologiques et personnelles. Vous visitiez deux fois l'Espagne. Naville y passait quelque temps. Est-ce que vous avez réussi à aplanir les choses ? Pas du tout. En négligeant le côté de principe, en bagatellisant les procédés antimarxistes et antirévolutionnaires, en couvrant ce qui n'est pas tolérable dans une organisation sérieuse, vous avez rendu un mauvais service à l'Opposition de gauche et à Lacroix lui-même. S'il s'était heurté de la part de Naville et de vous à une déclaration comme celle, par exemple, de Shachtman, il serait forcé depuis longtemps de comprendre qu'il n'est pas seul dans le monde et que personne n'est obligé de tolérer ses extravagances politiques et personnelles.

N'oubliez pas le cas Mill. Vous avez quelquefois défendu Mill contre moi. J'ai écrit pendant le grand conflit avec Mill qu'un homme capable de faire des combinaisons pareilles sera capable dans un moment décisif d'une trahison. Or Mill n'a même pas attendu un moment décisif.

Lacroix nous sépare des ouvriers espagnols, il désoriente l'Opposition, il compromet nos idées et il finira par quelque extravagance catastrophique. Tolérer et protéger des choses pareilles est un crime. Moi, je n'y participerai pas.