Lettre à N. N. Pereverzev, 14 janvier 1928

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Auteur·e(s) Léon Trotski
Écriture 14 janvier 1928


Source Léon Trotsky, Œuvres 2e série, volume 1, janvier 1928 à juillet 1928. Institut Léon Trotsky, Paris 1988, pp. 59-63, titre : « Conséquences internationales de la capitulation de Zinoviev et de Kamenev », voir des annotations là-bas


« Conséquences internationales de la capitulation de Zinoviev et de Kamenev »

1. Il faut clairement comprendre que le départ des capitulards (Zinoviev et Kamenev) de l’Opposition va être la pierre de touche pour tous les éléments de l’Opposition internationale. Avec l’Opposition du P.C. de l’Union soviétique ou avec les capitulards? C’est ainsi et seulement ainsi qu’il faut poser la question à chaque groupe en Europe et à chaque oppositionnel. Il faut rompre impitoyablement avec les capitulards et se délimiter publiquement des hésitants et des attentistes.

2. La trahison de Zinoviev et de Kamenev est un fait historique. Il faut d’ores et déjà en tirer toutes les leçons indispensables pour l’avenir.

3. L’attitude de M[aslow], R[uth Fischer] en la circonstance semble équivoque. M[aslow], en fait, cherche à sauver la mise à Zinoviev et Kamenev en démontrant qu’ils ne sont pas pires que les autres, c’est-à-dire qu’il cherche à estomper la différence entre les révolutionnaires et les capitulards. Ce soutien effectif capitulard tente de prendre appui sur les deux premières déclarations de l’aile gauche. Ces deux déclarations comportent évidemment des concessions extraordinaires. Mais ce sont là des concessions à Zinoviev et à Kamenev. C’était l’ultime tentative pour éviter la scission (certains camarades dans nos propres rangs espéraient encore qu’on pourrait préserver l’unité au prix de concessions à Zinoviev et à Kamenev). Dès que la rupture a été consommée, l’Opposition, contre les capitulards, a présenté la déclaration de Smilga, Mouralov, Rakovsky et Radek. Après cela, ne pas faire de différence entre l’Opposition et les capitulards, équivaut à soutenir consciemment déjà les capitulards.

4. La' déclaration ci-jointe des chefs de l’Opposition au comité exécutif de l’I.C. ne peut laisser place à aucun doute ni hésitation. Si M[aslow], après cela, veut continuer à nous rapprocher de Z[inoviev] et de K[amenev], nous serons obligés de traiter M[aslow] comme un adversaire conscient3.

5. Il faut diffuser le plus largement possible la déclaration au C.E. ainsi que les courtes biographies jointes des signataires. Il faut poser à tous les groupes de l’Opposition la question : « Qui est pour ? Qui est contre ? » Il faut démasquer cette mascarade de la « lutte contre le trotskysme » sous le prétexte de laquelle certains oppositionnels tentent de s’allier avec les capitulards.

6. C’est précisément sur cette ligne qu’il nous faut déterminer notre orientation vis-à-vis [des groupes oppositionnels] de Wedding, du Palatinat, de Suhl, etc. Il faut démasquer définitivement le caractère charlatanesque de la lutte contre le « trotskysme », couverture de l’opportunisme (Staline) et de la capitulation centriste (Zinoviev).

7. C’est le même critère qu’il faut appliquer aux groupements français. Si Treint et Suzanne Girault hésitent entre les capitulards et le prétendu « trotskysme », il faudra les abandonner à leur propre sort. Dans tous les cas, nous ne pourrons marcher avec ce groupe que s’il se délimite nettement, clairement et impitoyablement des capitulards.

8. On peut être certain que le groupe Contre le Courant va marcher avec nous. Si Treint et Suzanne Girault marchent aussi avec nous, il faudra dorénavant que les matériaux, jusqu’à l’unification, soient fournis aux deux groupes. Si, au contraire, Treint et Suzanne Girault hésitent, sous prétexte de lutte contre le « trotskysme », il nous faudra alors fermement miser sur le groupe Contre le Courant en tant qu'unique groupe de nos partisans véritables. Dans ces conditions, les éléments militants du groupe Treint-Girault viendront tôt ou tard avec nous.

9. Si le groupe Treint-Girault prend une position juste, il faudra fusionner aussi vite que possible les deux groupes. Dans ce cas, il ne saurait, de notre point de vue, être question d’exigences unilatérales de la part du groupe de 1926 pour que le groupe de 1923 reconnaisse ses erreurs, comme le proposait Solntsev. Il est extrêmement souhaitable d’attirer Rosmer à collaborer avec la revue Contre le Courant.

10. Il faut absolument avoir une attitude juste vis-à-vis du groupe Monatte. Nous serons amenés à faire bloc avec les éléments anarcho-syndicalistes révolutionnaires. Ce qui les a éloignés du parti, c’est la lutte criminelle et stupide contre le « trotskysme » (1923-1924). Nous ne pouvons pas fusionner avec les éléments anarcho-syndicalistes. Mais ce sont des alliés, pas des ennemis.

11. Nous n’avons vu encore aucun numéro du journal Treint-Girault. C’est pourquoi nous ne pouvons donner aucune appréciation. Organisez l’envoi régulier de toutes les publications. Nous n’avons pas vu les dernières éditions [du groupe Souvarine. Il diverge] sérieusement avec nous, si l’on en juge par les derniers numéros du Bulletin. Dans une série de questions (en particulier le comité syndical anglo-russe), Souvarine a pris une position de droite radicalement fausse.

Il n’est pas rare que Souvarine aborde le mouvement ouvrier anglais de façon fausse. Souvarine est enclin à remplacer l’analyse politique de classe par la psychologie. Mais c’est un historien de talent et un révolutionnaire. Nous ne perdons pas l’espoir de voir son chemin rejoindre le nôtre, pour le plus grand bien du mouvement ouvrier français.

12. En ce qui concerne l’opposition tchécoslovaque, il est indispensable de faire la clarté le plus vite possible. Ici aussi il est préférable d’avoir un groupe petit mais très cohérent, plutôt qu’un bloc informe avec la droite, balançant d’un côté à l’autre. Vos indications selon lesquelles N[eurath] s’inspire davantage de considérations d’ordre égoïste que de considérations politiques (si vous n’exagérez pas) montrent que nous ne suivrons pas le même chemin. Il est criminel de rompre inutilement avec qui que ce soit, mais il serait plus criminel encore de se cramponner à ceux qui, encore maintenant, après la capitulation de Zinoviev et de Kamenev, hésiteraient encore et tergiverseraient.

13. Ne serait-il pas possible d’obtenir que le C.C. belge édite nos matériaux pour l’information du parti ? Pour autant que nous sachions, ce C.C. a une position imprécise. Ne peut-on faire pression sur lui d’en bas, en trouvant un point d’appui à la base ? Il faut accorder à la Belgique une attention particulière sans compter cependant sur le C.C. Il nous faut chercher à nous constituer là-bas des points d’appui sûrs à la base. Il faut donner ce mandat à nos partisans français.

14. Autrefois, en Hollande, on publiait nos documents. Comment les choses se présentent-elles maintenant ?

[1][15. En conclusion, encore une fois sur la question: une ou deux parties? M. et R. pensent, sem]blablement que nous sommes contre la scission en raison des conditions spécifiques de l’U.R.S.S. C’est inexact. Nous sommes contre un deuxième parti et contre une IVe Internationale de façon tout à fait résolue, en nous plaçant du point de vue des intérêts du bolchevisme international. Les conditions spécifiques de l’U.R.S.S., nous les considérons aussi du point de vue international. Du point de vue de la classe ouvrière internationale dans son ensemble, l’Opposition se placerait dans la situation désespérée d’une secte si elle permettait qu’on l’oriente vers une IVe Internationale hostile à tout ce qui serait lié à l’Union soviétique et à l’Internationale communiste. Il s’agit de conquérir l’Internationale communiste. Les divergences sont suffisamment profondes pour justifier l’existence d’une fraction de gauche. Mais cette fraction est dans la période actuelle l’instrument pour influencer le parti communiste, c’est-à-dire son noyau prolétarien.

  1. écart dans le texte, ajouté de la version anglaise.