Lettre à Maxime Gorki et Maria Andreïeva, 15 janvier 1908

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15.1.08

Cher A. M. et M. F.,

J'ai reçu aujourd'hui votre lettre express. Bon dieu, que ce serait séduisant de pousser jusque chez vous à Capri ! Vous m'avez fait un si beau tableau que, ma parole, je vais venir sans faute et je tâcherai d'entraîner ma femme. Seulement voilà, pour la date, je ne suis pas encore fixé : à présent on ne peut pas laisser le Prolétari, et il faut le mettre su pied, organiser le travail coûte que coûte. Cela prendra un mois ou deux, au minimum. C'est indispensable. Au printemps en revanche, nous nous laisserons aller à boire le vin blanc de Capri, à visiter Naples et à converser avec vous. Je commence justement à apprendre l'italien et, comme élève, je me suis immédiatement jeté sur l'adresse écrite par Maria Fédorovna : expresso au lieu de espresso ! Vite un dictionnaire !

Quant au transfert du Prolétari, vous allez vous mordre les doigts d'en avoir parlé ! A présent, vous ne vous débarrasserez pas si facilement de nous ! Il me faut immédiatement charger Maria Fédorovna d'un tas de commissions :

  1. Trouver absolument le secrétaire de la fédération des employés et ouvriers des transports maritimes (cette fédération doit exister !) à bord des navires assurant la communication avec la Russie.
  2. Apprendre par lui d'où et vont les navires ; à quelle cadence. Qu'il nous arrange absolument un transport hebdomadaire. A quel prix ? Il doit nous trouver un homme ponctuel (y a-t-il des Italiens ponctuels ?). Ont-ils besoin d'une adresse en Russie (disons à Odessa) pour la livraison du journal, ou pourraient-ils en garder provisoirement de petites quantités chez un aubergiste italien quelconque d'Odessa ? C'est d'une extrême importance pour nous.
  3. S'il n'est pas possible à Maria Fédorovna d'arranger tout cela elle-même, de faire les démarches, trouver, expliquer, vérifier, etc., qu'elle nous mette absolument en contact direct avec ce secrétaire : nous nous expliquerons alors par lettre avec lui.

Il faut faire vite, car nous espérons justement faire paraître ici le Prolétari dans deux ou trois semaines et il faudra l'expédier immédiatement[1].

Eh bien, au revoir à Capri ! Et surtout, A. M., portez-vous bien !

Votre V. Oulianov

  1. Le transport du Prolétari en Russie, par l'intermédiaire de Gorki et M. Andrééva, avait été organisé durant les premiers mois de 1908, mais par intermittence, en raison des persécutions policières. Au début de mai 1908, Gorki dans une lettre au rédacteur en chef de l'Avanti, le député-socialiste Morgari annonçait que deux envois du journal Prolétari avaient été confisqués à Gênes, et il le priait d'expliquer cet « étrange malentendu ». La lettre de Gorki parut à l'Aventi du 18 mai et du 25 mai, le même journal communiquait que la confiscation avait été levée (voir la lettre de Gorki, Œuvres, t. 29, p. 67).