Lettre à Marie Engels, Décembre 1838

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[Aux environs de Noël 1838]

Chère Marie,

Eh bien, c'est du jolie d'être malade ! pour un oui ou pour un non te voilà au lit, il faut que tu perdes cette habitude. Fais en sorte d'être rétablie quand tu recevras cette lettre, tu entends ? Je te remercie pour ton bel étui à cigares et je puis t'assurer qu'il a été loué sans réserve, aussi bien en ce qui concerne le choix du dessin que pour l'exécution, par le censeur le plus sévère que je connaisse, le peintre Feistkorn. Marie Tr[eviranus] m'en avait également brodé un, mais elle l'a repris et il va partir pour Munster-am-Stein, près de Kreuznach, chez le pasteur Hessel auquel elle en avait promis un. En remplacement elle me fera une petite boite à cigares. La femme du pasteur m'a fait une bourse au crochet. Les garçons Leupold ont aussi eu un fusil à amorces et des sabres et leur père ne les appelle plus que « soldats » et « Kaschoubes ». Je ne comprends pas du tout ce que c'est que cette affaire d'étang, mais je vais te poser une devinette : sais-tu ce que c'est qu'un Ledschiak ! (je ne le sais pas moi-même, c'est un juron que le « vieux » emploie très souvent). Je te donne la solution ; si tu n'es pas capable de la trouver, tu l'auras en lisant la phrase dans un miroir. J'apprends à l'instant que la famille Leupold s'est agrandie d'une petite fille.

Je voulais aussi te dire que je me suis mis à composer : je compose des chorals. Mais c'est affreusement difficile, la mesure, les dièses et les accords me donnent bien du fil à retordre. Jusqu'à maintenant je n'ai pas fait grand chose, mais je vais pourtant te montrer un échantillon de mon travail. Ce sont les deux premiers vers de : « Ein' feste Burg ist unser Gott » [Notre Dieu est un château fort].J'ai dû me contenter de deux vois, quatre, c'est encore trop difficile pour moi. J'espère ne pas avoir fait de fautes en recopiant : essaye donc de jouer ce truc-là.

Adieu, chère Marie,

Ton frère,

Friedrich.