Lettre à Ludwig Kugelmann, 26 mars 1870

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[Londres], le 26 mars 1870.

Cher Kugelmann,

Seulement quelques lignes pour aujourd'hui, car un Français vient d'arriver, juste au moment où je me disposais à t'écrire après une si longue interruption. Je n'arriverai pas à me débarrasser de ce gars‑là de tout l'après‑midi et la poste ferme à 5 heures et demie.

Mais demain c'est dimanche, il est donc permis au bon chrétien que je suis d'interrompre son travail pour t'informer plus amplement, surtout sur l'affaire russe qui a pris de gentilles proportions.

La petite Jenny, our illustrious [notre illustre] J. Williams[1] possède une très bonne édition du père Goethe[2]. Bye the bye [entre parenthèses], elle a été invitée récemment chez Madame Vivanti, femme d'un riche commerçant italien. Il y avait là grande assemblée dans laquelle figuraient un certain nombre d'Anglais. Jenny a remporté un succès éclatant pour avoir dit du Shakespeare.

Je te prie de saluer Madame la comtesse de ma part et de la remercier des lignes aimables qu'elle a bien voulues m'adresser. Elle n'a pas la moindre raison de regretter d'avoir préféré le latin au français[3]. Cela ne revèle pas seulement un goût classique et hautement développé, mais explique encore pourquoi Madame ne se trouve jamais au bout de son latin.[4]

Également mon meilleur souvenir à Françoise.

Le Maure.

  1. Sous le pseudonyme de J. Williams, la fille de Marx Jenny publia dans La Marseillaise une série d'articles sur la question irlandaise, qui parut du 1er mars au 24 avril 1870. Le troisième article fut rédigé en collaboration avec Marx. Ces textes figurent dans M.E.W., t. 16, pp. 577‑601.
  2. Kugelmann envisageait d'offrir à Jenny les œuvres de Goethe pour son anniversaire.
  3. Allusion à l'histoire ‑ que Marx avait racontée chez les Kugelmann ‑ du garçon qui ne cessait de gémir « Que n'ai‑je appris le français au lieu du latin ! » Dans sa lettre du 21 mars, Gertrud Kugelmann, avait repris l'expression.
  4. Tout le paragraphe est en français. Nous avons respecté l'orthographe de l'original.