Lettre à Loriot et Souvarine, 5 décembre 1920

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Berlin, le 5 décembre 1920.


Aux camarades Loriot et Souvarine, secrétaires du Comité de la IIIe Internationale.


Chers Camarades et Amis,

J'ai le plaisir de vous informer que l'Exécutif de l'Internationale communiste de Moscou m'a fait l'honneur de me charger de sa représentation au Congrès du Parti socialiste de France à Tours le 25 décembre.

Il est bien entendu que je ferai tout ce qui me sera possible pour remplir le mandat que l'Exécutif m'a confié. Je tâcherai donc d'obtenir mon passeport me permettant d'aller en France. Je suis tout à fait convaincue que le gouvernement de M. Millerand, ex-socialiste, montrera la même mesure d'intelligence politique dont a fait preuve le gouvernement de M. Ebert, ex-social-démocrate en permettant de prendre part au Congrès des socialistes indépendants à Halle, non seulement le camarade Longuet, porte-parole des centristes du mouvement ouvrier, mais aussi au camarade Zinoviev, représentant du bolchévisme et porte-épée de la dictature du prolétariat russe. Il me semble que ce n'est pas seulement l'héritage de Guillaume II qui oblige, mais aussi l'héritage de la grande révolution française.

Mais qu'on m'autorise ou qu'on me refuse de me rendre en France, je suis convaincue que les ouvriers français descendants des insurgés glorieux de juin 1848 et des communards héroïques de mars 1871 feront leur devoir. Ils se grouperont autour de la bannière rouge que les frères de Russie ont portée au-devant des exploités et des opprimés de tous les pays, ils adhéreront à l'Internationale de l'action révolutionnaire.

Salut communiste et cordial.

Clara Zetkin.