Lettre à Levin Schücking, 2 juillet 1840

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Brême, le 2 juillet 1840.

Très cher ami,

Ce n'est malheureusement que le 26 du mois dernier que votre aimable lettre du 22 m'est parvenue entre les mains et cela est fort désagréable car la veille, à l'instigation d'un libraire local auprès duquel je m'étais enquis d'éditeurs arrangeants, j'avais écrit à Hammerich à Altona en lui proposant l'édition de Shelley. C'est ainsi que je n'ai reçu sa réponse qu'aujourd'hui, une réponse négative, car à ce qu'il prétend, tous les livres qu'il a entrepris d'éditer l'accablent déjà suffisamment de travail.

Quant à G.C.A. Meyer sen[ior], celui-là, en tous les cas, je sui d'avis qu'il faut l'abandonner à son sort. Premièrement, ce bonhomme et ceux qui produisent pour lui (Brinckmeier, Bärmann et Cie) manquent par trop d'éducation. Deuxièmement, Püttmann ne consentira jamais à écrire pour sa maison d'édition. Troisièmement, M[eyer] paie horriblement mal ; et quatrièmement, il nous faudrait, avant que le règlement n'intervienne, faire une foule de réclamations et autres démarches déplaisantes. Je ne cesse en ce moment même de lui envoyer des rappels à l'ordre à cause de l'argent qu'il me doit pour mes articles parus dans la Mitt[ernacht]zeitung et qu'il ne veut pas me payer ; et bien que cette fois Brinckmeier joue le rôle d'intermédiaire, ce n'est pas à moi en tout cas de faire une offre. Je n'ai malheureusement pas encore reçu la réponse de Püttmann et ne peux donc prendre de mesures énergiques. De plus, M[eyer] aura déjà distribué tout le travail à ses subordonnés et dans son programme de commandes il n'y aura plus la moindre place pour notre Sh[elley]. Ces éditeurs ont l'habitude de disposer sans retenue des plumes qui veulent travailler pour eux, et lequel d'entre nous y consentirait ?

Le mieux à mon avis serait de donner à Püttmann, qui est sous ce rapport le plus expérimenté d'entre nous, pleins pouvoirs pour signer un contrat. Il s'acquittera de sa tâche, j'en sui sûr, à la satisfaction générale et en tous les cas plus facilement que moi. De plus il a déjà traité avec W. Engelmann pour la publication de Queen Mab ; Engelmann, voilà l'éditeur qui nous conviendrait. Dans cette question, une chose est extrêmement importante : vous comme moi, nous n'avons jusqu'à présent écrit que pour des journaux ; Püttmann en revanche a déjà fait imprimer un ouvrage et en a annoncé un second. Ces infâmes éditeurs font attention à cela.

Lorsque votre lettre est arrivée, Schünemann venait de partir et il n'est pas encore rentré. Je vais lui faire accepter le Coleridge ; j'ai sablé un peu trop copieusement le champagne avec lui lors des fêtes de commémoration de Gutenberg, célébrées ici avec éclat, ce dont il s'est senti fort honoré. Dès que votre manuscrit est prêt, envoyez-le moi.

L'article hargneux et injurieux à l'adresse des Hall[ische] Jahrb[ücher] se trouve dans le n° 97 ou 98 du Tel[egraph] qui arrive ici par la poste et que je reçois donc bien plus tôt que vous. J'ai envoyé à nouveau certaines choses à G[utzkow] et je suis curieux de savoir comment il réagira à l'art[icle] du Mitt[ernacht]zeit[ung] : « Polémique moderne ».

Je reçois à l'instant une lettre de Barmen qui bizarrement ne parle pas de Püttmann. Si vous êtes d'accord pour que ce soit P[üttmann] qui s'occupe des contrats, je lui écrirai dès que j'aurai reçu votre réponse et le chargerai de toute l'affaire. Soyez assez gentil pour me dire aussi comment le Rhein[isches] Jahrbuch rétribue ses collaborateurs. J'ai envoyé ces jours-ci quelques petites choses à Freiligrath. Non pas que ce soit ce problème de sous qui en l'occurrence m'intéresse, mais j'aime savoir à quoi m'en tenir.

J'ai lu avec plaisir vos traductions de Shelley et de Coleridge dans les Feuilles de Pfizer ; je termine aujourd'hui la traduction de Sensitive Plant [Plante sensible] de Shelley et je la lui envoie également. L'inspiration de ce merveilleux poème est encore plus proche de celle de D[roste] que de celle de Byron. Les œuvres de Droste-Hühlshoff continuent à me procurer un plaisir très grand et je vous renouvelle mes remerciements.

En vous priant d'agréer, Monsieur, l'expression de ma sincère estime, je me rappelle à votre bon souvenir.

Votre tout dévoué

Fr. Engels.