Lettre à Léon Sedov, 2 mars 1932

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Mon cher Ljova ,

En supplément à ma lettre d'hier sur la Tchécoslovaquie.

Le Poslednije Novosti écrit de façon catégorique que le gouvernement, dans sa réunion de telle et telle date, a décidé que je serais autorisé à entrer en Tchécoslovaquie pour une cure et proposé que je reçoive un visa etc. Le fait que le consulat ait catégoriquement refusé de me répondre indique à mon avis que l’ « appareil » essaie de saper la décision de son propre gouvernement. C'est parfaitement possible si on se souvient que ce gouvernement est un gouvernement de coalition et que la bureaucratie, pour cette raison, est plus indépendante du gouvernement qu'ailleurs. [Elle es]père évidemment le saper sur la question des visas de transit. Pour paralyser cette contre‑activité et surmonter en général toutes les difficultés liées au voyage, il n'y a qu'une issue : le voyage en avion.

Je vais écrire à Raymond là‑dessus aujourd'hui. Cependant je pense que c'est plus facile à organiser en Allemagne qu'en France. La question est si on loue un avion pour un voyage spécial : Constantinople‑Tchécoslovaquie sans arrêt. Il y a environ 1000 kilomètres. Ce n'est vraiment pas tellement. Pour la firme d'avions et pour le pilote, ce serait une énorme publicité. Cette considération peut les inciter à accepter pour le voyage un prix normal (le nombre de places multiplié par la distance), Il nous faut faire un effort spécial pour faire de la publicité à la compagnie : des reporters et journalistes du monde entier écriront là‑dessus, citerons l'avion et le pilote par leur nom des dizaines de fois, on indiquera que l’avion et le pilote ont été choisis spécialement ainsi les voyageurs peuvent avoir une confiance particulière dans ce type donné d'avion. Il faut ajouter les photos, etc. etc. Pour la compagnie, en un mot, les bénéfices sont sans prix. En Allemagne, il ne serait bien entendu pas difficile de trouver un pilote qui aimerait faire ses preuves dans ce domaine. Qui peut chercher en Allemagne ?

Le mieux serait de recourir à des avions tchécoslovaques. Mais je ne connais pas leur qualité. On dit que le roi de la chaussure en Tchécoslovaquie, Bata a volé jusqu'ici dans un avion étranger. Un avertissement ! Tu ne peux avoir d’information sur les avions tchécoslovaques qu'à Berlin. Il ne serait guère possible d'arriver à un accord pratique avec les compagnies françaises, les plus conservatrices de toutes.

Il existe une autre possibilité : par la presse américaine. Les journaux les plus puissants (comme le Chicago Tribune ) ont leurs propres avions. L'un d'eux, je me souviens, est venu de Vienne à Constantinople en avion pour une interview. Peut‑être l'un d'eux pourrait‑il être enflammé sur un voyage aussi sensationnel. On peut essayer de se renseigner là-dessus aussi. Mais il faut le faire avec tact. La proposition ne peut naturellement pas venir de moi ou de gens proches de moi. Elle doit venir du journaliste concerné.

La très grosse dépense pour ce voyage se révèlera meilleur marché et plus profitable que toute autre méthode parmi lesquelles cependant la plus accessible est encore la route par mer vers Hambourg pendant trois semaines, puis la traversée de l'Allemagne… Non, il faut nous arrêter catégoriquement à l’idée du voyage aérien et confier la recherche sérieuse à quelqu’un. Peut‑être Thomas en serait‑il capable ? Il faut un homme pratique.

La Lettre ouverte n'a été envoyée d’ici qu'à toi (trois copies) et en Amérique. Donc, sauf pour l'Amérique, elle doit être envoyée partout dans tous les pays de Berlin. Les corrections nécessaires, que j'ai faites sur le troisième exemplaire, tu peux bien entendu les reporter sur les deux premières. Il faut faire la traduction allemande à Berlin : Jan est maintenant absorbé par le deuxième volume et d'autres questions. Tu dois insister pour que les deux traductions, allemande et française, soient impeccables et que le style qui convient soit conservé. Pour l'Union soviétique, en dehors des paquets d’imprimés, on peut peut‑être en envoyer un certain nombre à des individus, lettres recommandées sous la forme de manuscrits dactylographiées. Mais peut‑être pouvons-nous le faire d'ici.

Concernant la conférence espagnole, je n'ai pas reçu de réponse à mes propositions et idées. Jusqu’à présent, je n'ai envoyé aucune salutation, compte tenu du vague complet de la situation.

Il y a quelque temps, j'ai reçu la thèse saxonne sur la Révolution permanente. D’un coup d’œil rapide, j'ai retiré l'impression d'une étude très sérieuse et très réfléchie qui atteste d'un haut niveau. Il faudrait faire des « plagiats » de ce genre pour toutes les questions importantes.

Ce serait bien de faire une sorte de brouillon pour la dernière brochure. Le principal défaut de la brochure, c'est l'absence de tout mot d'ordre clair d'agitation exprimé avec concision. On ne peut en trouver que sur place, en respirant l'atmosphère des réunions ouvrières, en écoutant les expressions caractéristiques et claires, et les mots-clés. Pour que la brochure ait un plein effet, elle doit être complétée par des formules qui aient ce genre d’impact. Les trouver n'est bien entendu pas simple…