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Lettre à Karl Marx, 25 avril 1848
| Auteur·e(s) | Friedrich Engels |
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| Écriture | 25 avril 1848 |
[Barmen], le 25 avril 1848.
Mon cher Marx,
Je reçois à l'instant le prospectus avec ta lettre. On ne peut compter placer ici qu'un nombre diablement restreint d'actions. Blank, à qui j'ai déjà écrit naguère à ce sujet et qui reste le meilleur d'entre tous, est pratiquement devenu un bourgeois. Les autres le sont encore plus depuis qu'ils se sont établis et qu'ils sont entrés en conflit avec les ouvriers. Tous craignent comme la peste les discussions sur les questions sociales : ils appellent cela de la subversion. J'ai eu recours aux plus belles formules, déployé toute la diplomation possible, mais rien que des réponses hésitantes. Je vais encore faire une dernière tentative ; si elle échoue, tout sera fini. Dans deux ou trois jours, tu recevras une réponse positive qui te dira le résultat. Au fond, voici ce qu'il en est : même ces bourgeois radicaux de Cologne voient en nous leurs futurs ennemis mortels et ils ne veulent pas nous donner d'armes que nous retournerions très rapidement contre eux.
Il n'y a absolument rien à tirer de mon vieux. Pour lui, la Kölner Zeitung[1] est déjà le comble de la sédition et au lieu de 1000 thalers, il préférerait nous expédier 1000 boulets à travers le corps.
Les plus progressistes des bourgeois d'ici trouvent que leur parti est représenté de façon assez satisfaisante par la Köln[ische] Zeitung. Que veux-tu qu'on fasse alors ?
L'agent de Moses, Schnaake[2], était ici la semaine dernière et semble avoir répandu des calomnies sur notre compte également.
Je n'ai pas d'autre adresse de Dronke que celle-ci : Adolf Dominicus, marchand à Coblence (son oncle). Son vieux vit à Fulda, je crois qu'il est directeur de lycée. C'est un trou : en mettant Docteur E. D[ronke] junior à Fulda, la lettre lui parviendrait bien, s'il s'y trouve. Mais qu'il n'écrive pas pour dire au moins où il est, c'est dégoutant.
J'ai reçu une lettre d'Ewerb[eck]. Il demande si nous avons reçu une lettre de lui, importante dit-il, envoyée à Mayence à une adresse connue. Si tu ne l'as pas reçue, écris à Mayence à l'élève-instituteur Phil[ipp] Neubeck, Rentengasse (Heiliger Geist, Mayence).
Ew[erbeck] fait traduire le Manifeste à Paris en italien et en espagnol et demande qu'on lui envoie pour ce faire 60 frs qu'il s'est engagé à payer. Voilà encore une de ses histoires. Les traductions doivent être belles.
Je suis en train de faire la traduction anglaise qui me donne plus de mal que je ne l'aurais cru. Mais la moitié est déjà terminée et bientôt l'ensemble le sera également.
Si un seul exemplaire de notre programme en 17 points[3] était diffusé ici, tout serait perdu pour nous. La mentalité des bourgeois est véritablement lamentable. Les ouvriers commencent à s'agiter un peu, d'une manière encore très rudimentaire, mais en masse. Ils ont aussitôt formé des coalitions. Mais voilà justement qui contrecarre notre action. Le club politique d'Elberfeld rédige des adresses aux Italiens, se prononce pour le suffrage direct, mais écarte énergiquement tout débat sur les questions sociales bien que ces messieurs avouent entre quatre yeux que ces questions viennent maintenant à l'ordre du jour, tout en faisant remarquer qu'en ce domaine nous ne devons pas devancer le cours des événements.
Adios. Donne bientôt de tes nouvelles. La lettre a-t-elle été expédiée à Paris et a-t-elle donné des résultats ?
Ton
E.
- ↑ Ce journal, organe de la bourgeoisie libérale, s'intitulait en réalité : Kölnische Zeitung [Gazette de Cologne].
- ↑ Friedrich Schnaake : journaliste. Socialiste « vrai ».
- ↑ « Programme du Parti communiste pour l'Allemagne ». Voir M.E.-Werke, t. V.