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Special pages :
Lettre à Karl Marx, 18 mars 1848
| Auteur·e(s) | Friedrich Engels |
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| Écriture | 18 mars 1848 |
[Bruxelles], le samedi [18 mars 1848].
Mon cher Marx,
Je vais m'occuper de tes affaires.
Ecris quelques lignes à M. Victor Faider[1], avocat, soit directement, soit sous le couvert de Bloss[2] pour le remercier des démarches qu'il a effectuées dans ton intérêt et dans celui de ta femme et l'autoriser à en faire d'autres. Faider, qui s'est soudain révélé ardent républicain, s'est en effet constitué ton défenseur et va répondre au Moniteur belge[3] en cette qualité et suivre l'affaire. Il espère que tu ne le désavoueras pas et pour pouvoir adopter une attitude nette, il est bon qu'il reçoive ce billet de toi. Il est préférable qu'un Belge suive l'affaire plutôt que Maynz, et comme c'est lui qui a offert ses services, il fera bien son travail.
Envoie donc la feuille de route. Nous voudrions bien l'avoir. Maynz me la réclame tous les jours.
Tedesco est libre, il est parti immédiatement pour Liège sans voir personne. Esselen y a passé quelques jours, mais ne l'a pas vu.
Il y a ici une crise financière, boursière, industrielle et commerciale sans pareille. Les commerçants sans travail se lamentent au Café Suisse ; Messieurs Kauwerz, Lauffs et consorts se traînent comme des caniches pisseux ; les ouvriers ont organisé des rassemblements et lancé des pétitions. Le manque de ain se fait partout rudement sentir. Nulle part, on ne peut trouver de l'argent liquide et avec cela un emprunt forcé de 60 millions ! Ici, c'est la Bourse qui imposera la République.
A son retour de Bruxelles, Lüning a trouvé la nouvelle qu'on le recherche en Prusse ; il va faire venir sa femme et aller à Paris.
Avant sa fuite, Dronke[4] a été admis dans la Ligue grâce à Willich et consorts. Je l'ai soumis ici à un nouvel examen, je lui ai exposé nos idées et l'ai confirmé puisqu'il s'est déclaré d'accord. On n'aurait pu faire autrement quand bien même il y aurait eu plus ou moins d'objection à faire. En tout cas, ce garçon est très modeste, très jeune et semble très accessible, si bien que je crois qu'avec un peu de surveillance et d'étude, il sera bon. En ma présence, il a condamné tous ses écrits antérieurs. Malheureusement, il loge chez Moses qui va l'endoctriner entre-temps ; mais tu sais que cela ne signifie pas grand'chose. Il s'était terriblement accroché à Lüning et il a suffi de deux mots pour le désarçonner.
Moses est d'ailleurs plus aimable que jamais ; va donc comprendre ce bonhomme !
Pour ma part, je ne peux rien faire auprès de Cassel, puisque c'est Maynz et non moi qui ai l'ordre. Breyer prétexte la crise financière, l'impossibilité de faire prolonger davantage ses anciennes traites, le refus de payer opposé par tous ses clients. Il déclare même vouloir vendre son unique cheval. Je verrai ce que je pourrai obtenir car l'argent de Maynz me suffit à peine et celui de Hess, qui fut le premier à verser, est déjà complètement volatilisé. Gigot est également dans l'embarras. Je vais retourner aujourd'hui voir Breyer.
Le Débat social publiera demain une réfutation détaillée, mot pour mot du Moniteur.
Quand tu écriras à Faider, ajoute aussi que s'il lui fallait une procuration spéciale, tu la lui enverrais.
Envoie également quelques lignes à M. Bricourt[5], membre de la Chambre des Représentants, qui est intervenu très favorablement pour toi à la Chambre et qui, à la requête de Maynz, a interpellé violemment le ministre et a obtenu l'enquête au sujet de l'affaire. C'est le représentant de Charleroi et le meilleur après Castiau. Castiau était justement à Paris.
Revois le papier ci-joint et envoie-là à La Réforme. Il ne faut pas manquer une occasion de mettre en colère les gens d'ici.
Si c'est possible, je partirai lundi[6]. Mais il y a toujours l'obstacle de l'argent.
Je n'ai absolument aucune nouvelle d'Angleterre, ni par les lettres ni par le Star.
En Allemagne, notre cause marche vraiment très bien. Des émeutes partout et les Prussiens qui ne cèdent pas. Tant mieux, j'espère que nous n'aurons plus longtemps à rester à Paris.
Que vous expulsiez Bornst[edt] est vraiment très bien. Ce type s'est montré tellement peu sûr qu'il faut vraiment l'exclure de la Ligue. Lui et Weerth sont maintenant tout ...[7] et Weerth pose partout ici au républicain enragé.
Lamartine se laisse aller tous les jours un peu plus. Dans tous ses discours, il s'adresse exclusivement aux bourgeois en cherchant à les tranquilliser. De même la proclamation électorale du gouvernement provisoire est entièrement rédigée à l'intention des bourgeois pour les rassurer. Pas étonnant que ces drôles deviennent insolents.
Adios, au revoir.
F. E.
Adresse toutes tes lettres à l'adresse indiquée. En mon absence, Bl[oss] les remettra à Gi[got].
- ↑ Victor Faider : avocat et homme politique belge.
- ↑ Rudolph Cuno Bloss : graveur. Prit part au mouvement ouvrier entre 1840 et 1850.
- ↑ Le journal officiel de Bruxelles, Le Moniteur belge, publia le 12 mars 1848 une note tendancieuse au sujet de l'expulsion de Marx, qui falsifiait les faits et cherchait à justifier les mesures illégales des autorités belges. Le journal démocrate belge Le Débat social fit paraître le 19 mars 1848 une réfutation de cette note.
- ↑ Ernst Dronke (1822-1891) : journaliste et écrivain. D'abord socialiste « vrai », il adhéra à la Ligue des Communistes et fut en 1848-1849 un des rédacteurs de la Neue Rheinische Zeitung.
- ↑ Jean-Joseph Bricourt (1805-1857) : membre de la Chambre des représentants de Belgique.
- ↑ Venant de Bruxelles, Engels arriva à Paris aux alentours du 20 mars 1848.
- ↑ Papier endommagé : illisible.