Lettre à Jules Humbert-Droz, 26 juillet 1922

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Auteur·e(s) Alfred Rosmer
Écriture 26 juillet 1922

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Une lettre au représentant de l'Internationale Communiste à Paris.
Mots-clés : Jules Humbert-Droz, Lettre


Cher camarade,

Le rapport de Souvarine est absolument inexact en ce qui me concerne. Je n'ai jamais écrit ni dit à personne que vous aviez cherché à m’éviter, encore moins à m'éviter « systématiquement ». Cela aurait été absurde et mensonger puisque, en effet, vous êtes venu me voir dès votre arrivée et que nous avons eu ensemble plusieurs conversations sur la situation du Parti français et les divers problèmes pendants actuels.

Je ne suis pas en correspondance avec Souvarine et je n'ai écrit, du reste, à personne (à Moscou) depuis que vous êtes ici. Mais je puis très bien imaginer l'origine du rapport de Souvarine et de toute cette histoire. A plusieurs reprises j'ai entendu exprimer autour de moi la crainte que vous subissiez plus ou moins l'influence des éléments du centre et de la droite, avec lesquels vous vous rencontriez souvent tandis que vous n'’aviez jamais d'entretien avec le camarade Treint, par exemple. Crainte renforcée de fait que, selon Treint, vous avez pris parfois position, au Comité directeur, contre la gauche. Une petite provocation de Ker au moins inutile a accompagné une situation déjà difficile (Ker aurait dit : C'est moi qui suis d'accord avec le représentant de l'Internationale communiste). Enfin Treint a été informé que vous aviez envoyé à Moscou un rapport très dur pour la gauche, dont vous critiquiez sévèrement l'attitude. Naturellement il n'était pas content et peut-être est-ce sa réplique qui a fourni à Souvarine les éléments de son rapport. A ses craintes j'ai toujours répondu que je vous connaissais assez pour n'avoir pas la moindre inquiétude, ni sur vos propres vues ni sur la façon dont vous vous acquittiez de votre mission. Peut-être aurais-je dû vous entretenir de tous ces faits, mais, vous le savez, je vis peu rue Lafayette[1] et je ne sais toujours que par ouï-dire et imparfaitement ce qui s'y passe.

Je ne pense pas du tout que votre méthode « rende impossible la jonction des deux principales forces du parti ». Je pense tout au contraire que vous avez toujours fort utilement travaillé dans des conditions qui ne sont pas commodes !- à l'application du programme de l'Internationale communiste : collaboration du centre et de la gauche, qui est aussi celui que j'ai toujours défendu.

Cordialement à vous,

A. Rosmer.

  1. Siège du PCF.