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Lettre à Friedrich Engels, mi-novembre 1848
| Auteur·e(s) | Karl Marx |
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| Écriture | novembre 1848 |
[Cologne, mi-novembre 1848].
Mon cher Engels,
Je suis vraiment surpris que tu n'aies pas encore reçu d'argent de ma part. Il y a un temps fou que je t'ai envoyé moi-même (et non les services d'expédition) 61 thalers, 11 en billets et 50 sous forme de lettre de change, à Genève, dans un paquet à l'adresse indiquée. Renseigne-toi donc et écris-moi aussitôt. J'ai un récépissé de la poste et peux réclamer cette argent.
En outre, j'ai envoyé 20 thalers à Gigot et ensuite 50 à Dronke pour vous, toujours de ma caisse. Au total, à peu près 130 thalers.
Demain je t'enverrai à nouveau un peu d'argent. Mais renseigne-toi au sujet de celui que je t'ai envoyé. La lettre de change contenait également une recommandation auprès d'un bourgeois, financier à Lausanne.
Pour ce qui est de l'argent, je suis limité. J'avais rapporté 1850 thalers du voyage ; les Polonais m'en avaient donné 1950[1]. J'en ai dépensé 100 pendant le voyage. J'ai avancé 1000 thalers pour le journal (y compris celui que j'ai expédié à toi et aux autres réfugiés). Je dois en verser encore 500 cette semaine pour la machine. Restent 350. Et encore, je n'ai pas reçu un centime du journal !
Quant à votre participation à la rédaction, j'ai 1° annoncé dès le premier numéro que le comité de rédaction restait inchangé ; 2° déclaré aux stupides actionnaires réactionnaires qu'il leur était loisible de ne plus vous considérer comme faisant partie du personnel de rédaction, mais que j'étais libre, moi, de payer des honoraires aussi élevés que je voulais et qu'en conséquence ils n'y gagneraient rien sur le plan financier.
Raisonnablement, j'aurais mieux fait de ne pas avancer tout cet argent pour le journal, car je peux me retrouver avec trois ou quatre procès de presse sur les bras[2], du jour au lendemain et pleurer alors après l'argent comme le cerf brame après l'eau. Mais il s'agissait de tenir, à tout prix cette forteresse et de ne pas abandonner cette position politique.
Le mieux — après avoir réglé cette question d'argent à Lausanne — est que tu ailles à Berne et que tu exécutes le plan indiqué. En outre tu peux écrire ce que tu veux. Tes lettres arriveront toujours à temps.
Penser que j'aurais pu te laisser tomber ne serait-ce qu'un instant est invention pure. Tu restes toujours mon ami intime, comme moi, j'espère, je reste le tien.
K. Marx.
Ton vieux est un salaud à qui nous allons écrire la lettre qu'il mérite.
- ↑ En août et septembre 1848, Marx entreprit un voyage à Berlin et à Vienne dans le but d'obtenir des subsides pour continuer à faire paraître la Neue Rheinische Zeitung. Au terme de négociations avec des démocrates polonais, Marx obtint 2000 thalers de Wladislav Koscielski.
- ↑ Au début du mois de juillet 1848, des poursuites furent engagées contre Marx en raison de la publication de l'article « Arrestations », dans la Neue Rheinische Zeitung. L'article révélait les tracasseries des autorités prussiennes à l'égard de démocrates révolutionnaires. D'autres poursuites furent engagées au début et à la fin octobre. Le procès eut lieu en février et se termina par l'acquittement de Marx et de ses co-inculpés.