Lettre à Friedrich Engels, 30 octobre 1848

De Archives militantes
Aller à la navigation Aller à la recherche


[Cologne, le 26 octobre 1848].


Mon cher Engels[1],

Ta lettre venant tout juste d'arriver ce soir, il n'est plus temps de partir en quête de lettres de change. Je n'ai même plus le temps de passer chez moi. Je t'adresse ci-joint ce que nous avons sous la main et en outre un billet de 50 thalers (de Schulz), à l'ordre d'un bourgeois de Genève auprès duquel tu pourras trouver de l'aide en dehors de ça.

Il y a déjà longtemps, je t'ai envoyé à Paris 50 thalers ainsi qu'à Dronke, et en même temps j'ai adressé ton passeport à Bruxelles, à Gigot.

Le journal reparaît depuis le 11 octobre[2] tale quale [tel quel][3]. Je ne puis t'en dire plus, ce n'est pas le moment, car le temps presse. Dès que tu le pourras, rédige des correspondances et des articles plus longs. Tout le monde, sauf Weerth, étant parti, et Freiligrath n'étant entré à la rédaction que depuis quelques jours, j'ai du travail par-dessus la tête et n'arrive pas à entreprendre un travail plus étendu et en outre, le parquet fait tout son possible pour me voler mon temps.

Par ailleurs, ton vieux à écrit à Gigot pour savoir où tu étais. Il veut, dit-il, t'expédier de l'argent. Je lui ai envoyé ton adresse.

Ton
K. Marx.


Réponds par retour du courrier. Dois-je envoyer ton ligne, etc. ? Plasman[4] est prêt à tout moment à le faire. Du reste, ton père l'a déjà payé.

Post-scriptum de Louis Schulz.

P.S. Ci-joint une lettre pour J. Köhler, au bord du lac ou rue du Rhône. Voulez-vous avoir l'obligeance de l'ouvrir et de la remettre au destinataire. Celui-ci vous versera 250 frs sur mon compte contre un billet à vue à mon ordre.

Amicalement,
Louis Schulz.

  1. Menacé d'être arrêté, Engels quitta Cologne pour la Belgique à la fin septembre. La police belge l'emprisonna et l'expulsa. Le 5 octobre il était à Paris, y demeura peu et gagna la Suisse à pied. A la fin octobre, il était à Genève. Puis il se rendit successivement à Lausanne et à Berne. Il y resta jusqu'à son retour en Allemagne à la mi-janvier 1849.
  2. Dans l'original, on lit par erreur, septembre.
  3. La Neue Rheinische Zeitung fut interdite le 26 septembre. Les autorités militaires, inquiètes de l'agitation qui se développait, avaient proclamé l'état de siège et engagé une série de procès contre les rédacteurs du journal. Dès la levée de l'état de siège, Marx s'employa, au prix de grandes difficultés, à faire reparaître le journal. Il y investit en particulier tout l'argent dont il disposait personnellement.
  4. Plasman : expéditeur de Cologne.