Lettre à Friedrich Engels, 2 décembre 1850

De Archives militantes
Aller à la navigation Aller à la recherche


Londres, le 2 décembre [1850].
64, Dean Street, Soho.


Mon cher Engels,
Je viens d'être sérieusement indisposé pendant quelques jours et tu recevras donc cette lettre ainsi que l'accusé de réception des deux Post Office Orders[1] plus tard que je ne le désirais. J'ai fait parvenir les 7 sh ½ à Seiler. En ce qui concerne L'Indépendance[2], nous ne lui devons rien pour le moment, car il s'est fait mettre à la porte au bon moment par son logeur et ne lui a laissé en dédommagement des 10 £ qu'il lui doit, que L'Indépendance non payée, des biens mobiliers pour une valeur de 18 pence et 2 ou 3 livres empruntés à moi et à d'autres. Il possède véritablement à un high degree [haut degré] le talent de liquider à l'américaine la fraction de ses dépenses qui excède ses revenus.

Le grand Heilberg[3] est arrivé ici avec une soi-disant jeune femme. Je n'ai pas encore eu l'honneur de voir ce héros fabuleux qui a été rejeté de ce côté-ci de l'Atlantique et en ressort naturellement très grandi ― un concurrent dangereux pour Seiler. Il a complètement mis le grappin sur notre Bamberger[4], l'appelle son « petit frère » et la vieille Amschel, sa « petite tante ».

Je n'ai encore pas vu trace ni rien entendu dire de notre Revue. Je suis en pourparlers avec Cologne pour l'édition de la revue trimestrielle.

En partie à cause de mon état de santé, en partie aussi intentionnellement, je ne rencontre plus les autres aux Pulteney stores que lors des réunions officielles. Ces messieurs ont passé tant de temps à discuter pour savoir si cette société est ennuyeuse ou non, que je leur laisse naturellement le soin de s'entendre réciproquement sur les agréments de leur conversation. Quant à moi, je me fais rare. Nous avons tous les deux fait l'expérience que l'on baisse dans l'estime de ces gens dans la mesure même où on les fréquente trop. De plus je suis las de leur compagnie et je veux utiliser mon temps de la manière la plus productive possible. L'ami Schramm, qui depuis quelques semaines jouait les grincheux et qui a fini par se convaincre que l'ont n'est pas du tout enclin à l'empêcher de donner libre cours à ses états d'âme, retrouve peu à peu une humeur compatible avec celle du Model-lodging-house [hôtel-garni moderne].

Dans la Great Windmill Street[5] on est furieux d'avoir perdu ces 16 £ à la suite d'une décision de justice. Lehmann[6] notamment écume. Sa colère ne s'apaisera pas tant que Bauer et Pfänder n'auront pas été stigmatisés dans tous les journaux européens et traités publiquement de voleurs et de malfaiteurs. Le petit Bauer[7] affirme maintenant naturellement avec une indignation morale à toute épreuve que verser un seul pfennig à la Great Windmill ou à un bureau de bienfaisance publique constituerait une insulte impardonnable aux tribunaux anglais et reviendrait à « reconnaître la bourgeoisie ».

Entre temps, les grands hommes de la Great Windmill Street ont connu un grand triomphe en publiant le manifeste suivant :

« Aux démocrates de toutes les nations ![8]

Citoyens ! Proscrits réfugiés en Angleterre et mieux placés par cela même pour juger des mouvements politiques du Continent, nous » (note bien ! : dans cette seule phrase qu'ils ont osé écrire en sautant sujet, copule et prédicat, une faute de langue évidente, on devrait dire : « et ainsi mieux placés que vous autres pour ») « avons pu suivre et surveiller activement toutes les combinaisons des Puissances coalisées se préparant à une nouvelle invasion de la France, où » (magnifique !) « les cosaques du Nord sont attendus par leurs complices, pour » (encore une fois : attendus pour) « éteindre dans son foyer même » (la patrie de Barthélemy[9] et Pottier[10]) « le volcan de la Révolution Universelle. ― Les Rois et les aristocrates de l'Europe ont compris qu'il était temps d'élever les digues pour arrêter la marée populaire » (on devrait dire le marasme populaire) « qui menace d'engloutir leurs trônes ébranlés. ― Des troupes nombreuses levées en Russie, en Autriche, en Prusse, en Bavière, dans le Hanovre, dans le Würtemberg, en Saxe et enfin dans tous les Etats de l'Allemagne, sont déjà réunies. » (Des troupes ... sont déjà réunies !) « En Italie 130.000 hommes menacent la frontière suisse. Le Vovarlberg est occupé par 80.000 hommes. Le Haut-Rhin est couvert par 80.000 hommes, Würtembourgeois, Badois et Prussiens. Le Main est gardé par 80.000 Bavarois et Autrichiens. Tandis que 370.000 hommes occupent les points que nous venons d'indiquer, la Prusse a mobilisé 200.000 soldats qu'elle tient disponibles » (sic) « pour être lancés sur les frontières de la Belgique et de la France : la Hollande et la Belgique, contraintes par les coalitions, soutiendront le mouvement d'invasion avec une armée forte de 150.000 hommes. En Bohème 150.000 hommes se tiennent prêts et n'attendent qu'un ordre pour se réunir à l'armée du Main qui sera alors forte de 230.000 hommes. Autour de Vienne sont concentrés 80.000 hommes. 300.000 Russes campent en Pologne, et 80.000 dans les environs de Saint-Pétersbourg : ces armées réunies composent une force d'un million trois cent trente mille combattants qui n'attendent que le signal de l'attaque. Derrière ces troupes se tiennent aussi » (!) « prêts 180.000 Autrichiens, 200.000 Prussiens, 100.000 hommes fournis par les principautés de l'Allemagne, et 220.000 Russes. Ces armées forment ensemble, comme troupes de réserve, 700.000 hommes ; sans compter les hordes innombrables » (sic) « de Barbares que l'Attila Moscovite ferait surgir du fond de l'Asie, pour lancer, comme autrefois » (!) « sur la civilisation Européenne. Des journaux allemands » (on cite en effet en note une phrase minable extraite de la Neue Deutsche Zeitung pour s'attirer les bonnes grâces de Lüning) « et nos renseignements particuliers nous font connaître les secrètes intentions des puissances dont les Plénipotentiaires se sont réunis à Varsovie le 25 octobre dernier. Il a été décidé, dans la » (!) « conférence qu'une guerre feinte » (diantre, quels diplomates !) « entre la Prusse et l'Autriche, servirait de prétexte au mouvement des soldats que la volonté du Czar transforme en instruments aveugles et en sicaires féroces contre les défenseurs de la liberté. » (Bravo !) « En présence de ces faits, il n'est plus possible de douter : organise en ce moment, le massacre déjà commencé » (!!) « de tous les Républicains. Les journaux de juin 1848 avec leurs exécutions sanglantes et les proscriptions qui les ont suivies ― la Hongrie dévastée et asservie par l'Autriche, l'Italie livrée au Pape et aux Jésuites, après l'égorgement de la République Romaine par les soldats du Gouvernement de la France ― n'ont pas assouvi la rage de nos ennemis : ils rêvent l'asservissement de tous les peuples qui combattent pour le triomphe de la liberté commune. Si la démocratie n'y prend garde, la Pologne, la Hongrie, l'Allemagne, l'Italie et la France seront bientôt encore vouées aux fureurs de la soldatesque sauvage de Nicolas qui, pour exciter les Barbares au combat, leur promet la dévastation et le pillage de l'Europe.

Devant de danger qui nous menace, debout ! Debout ... Républicains français, allemands, italiens, polonais et hongrois, sortons de cet engourdissement » (Sacrés Schapper et Willich !) « qui énerve nos forces et prépare une victoire facile à nos oppresseurs. Debout ! ... Aux jours de repos et de honte du présent, faisons succéder les jours de fatigue et de gloire que nous prépare la guerre sainte de la liberté ! En examinant ces dangers que nous vous signalons, vous comprendrez, comme nous, qu'il y aurait folie d'attendre plus longtemps l'attaque de l'ennemi commun ; nous devons tout préparer et aller au devant du péril qui nous environne. » (Essayez donc d'aller au devant d'une chose qui vous environne !) « Citoyens Démocrates Socialistes, notre salut n'est qu'en nous-mêmes : nous ne devons compte que sur nos propres efforts ; et, éclairés des exemples du passé, nous devons nous prémunir contre les trahisons de l'avenir. Evitons, évitons surtout le piège qui nous est tendu par les serpents » (!) « de la diplomatie. Les émules de Metternich et de Talleyrand méditent en ce moment d'éteindre le flambeau de la Révolution, en suscitant à la France, par l'invasion qu'ils préparent, une guerre nationale dans laquelle les peuples s'égorgeraient au profit des ennemis de leur affranchissement. Non, Citoyens ! plus de guerre nationale ! Les barrières que les despotes avaient élevées entre les nations qu'ils s'étaient partagées, sont désormais tombées pour nous, et les peuples condonfus » (confondus, vraiment) « n'ont plus qu'un drapeau, sur lequel nous avons écrit avec le sang fécond de nos martyrs : République Universelle Démocratique et Sociale. »

Pour Leurs Sociétés : « Les membres du Comité de la société des proscrits Démocrates Socialistes Français à Londres : Adam (Cambreur), Barthélemy (Emmanuel), Caperon (Paulin), Fanon, Gouté, Thierry, Vidil (Jules) ; les délégués de la commission permanente de la Section de la démocratie polonaise à Londres : Sawaszkiewicz, Warskiroski ; les membres du Comité démocrate socialiste des réfugiés allemands[11] et de la Société ouvrière allemande : Dietz (Oswald), Gebert (A), Mayer (Adolphe), Schärttner (A), Schapper (Charles), Willich (August). Les délégués de la Société démocratique hongroise à Londre : Molikov, Simonyi. Londres le 16 novembre 1850. »

Si les punaises n'aiment pas ça, je ne sais pas ce qu'il leur faut. Lorsque j'ai lu le Manifeste aux Allemands de Ledru-Rollin, Mazzini, Ruge[12], etc. où on les invitait à entonner le chant des bardes[13], où on leur rappelait que leurs ancêtres s'appelaient les « Francs », et dans lequel le roi de Prusse s'était déjà arrangé pour se faire rosser par l'Autriche, je croyais impossible qu'on pût écrire quelque chose de plus stupide. Mais non ! Voici le manifeste Fanon-Caperon-Gouté comme l'appele la « Patrie »[14], rédigé par dii minorum gentium[15] qui a le même contenu, comme elle le fait remarquer justement, mais sans chic, sans style, avec les lamentables fleurs de rhétorique : serpents, sicaires, et égorgements ! Citant quelques extraits de ce chef-d'œuvre, L'Indépendance ajoute qu'il est rédigé par les soldats les plus obscurs de la démocratie et que ces pauvres diables l'ont envoyé à son correspondant à Londres bien qu'elle soit conservatrice, tellement ils en désirent l'impression. Pour les punir, elle ne mentionne pas un seul nom de même que La Patrie, elle, ne cite que les trois noms ci-dessus. Comble de la misère : ils chargent un pauvre Straubinger d'ici[16] (lequel a raconté hier cette lamentable histoire à Pfänder) d'emporter 50 exemplaires en France. Peu avant Boulogne, il en jette 49 à la mer ; à Boulogne, le frère Straubinger se voit refoulé pour défaut de passeport et déclare « qu'il se rend maintenant à Boston ».

Adieu. Ecris-moi par retour du courrier.

Ton
K. Marx.


A propos. Ecris donc à l'honorable Dronke qu'il réponde aux questions concernant la Ligue et non pas seulement aux sommations. Ces messieurs de Cologne[17] n'ont pas encore donné signe de vie. Parlant de « Haude »[18] qui s'est fait complètement plumer en Allemagne et qui est à nouveau ici, Weydemeyer dit qu'il est « par ailleurs un brave garçon ».

Il te faut réfléchir sérieusement au sujet que tu vas traiter. L'Angleterre, impossible, il y a déjà 2 articles sur le sujet, peut-être trois avec Eccarius[19]. Il n'y a pas non plus grand-chose à dire sur la France. Ne pourrais-tu pas, en prenant pour point de départ les derniers écrits de Mazzini, t'attaquer à ces sacrés Italiens et à leur révolution ? (Sa « République et Monarchie », etc., en même temps que sa religion, le pape, etc.)[20].


(Post-scriptum de Madam Jenny Marx)

Cher Monsieur Engels,

La sympathie que vous nous avez témoignée lorsqu'avec la perte de notre petit chéri, de mon pauvre petit enfant qui m'a coûté tant de larmes, le destin nous a si cruellement éprouvés, m'a fait du bien, d'autant que pendant ces jours de douleur j'ai eu à me plaindre très amèrement de notre ami Schramm. Mon mari et nous tous avons vivement regretté vote absence et souhaité souvent vous avoir près de nous. Je me réjouis pourtant beaucoup que vous soyez parti d'ici et de vous savoir en passe de devenir un grand Cotton-Lord [Lord du coton]. Installez-vous solidement entre les deux frères ennemis ! Leur lutte ne manquera pas de vous faire apparaître aux yeux de votre cher Papa comme l'homme indispensable et je vous imagine déjà sous les traits de Friedrich Engels junior, Associé d'Engels senior. Mais bien sûr ce qu'il y a de mieux c'est que malgré tout, malgré le Cottontrade [marché du coton] vous resterez le vieux Fritze et que, pour parler comme ces trois superdémocrates : Frédéric-Guillaume I, Kinkel et Mazzini, « la sainte cause de la liberté » ne vous deviendra pas étrangère. Karl vous a dit quelques mots de la clique d'ici, j'ajoute quelques nouveautés. Ce gros de Haude a perdu toute sa graisse dans la tournée qu'il vient de faire en pays allemand pour y répandre ses calomnies et il se prend les pieds, dès qu'il vous voit. Chez le dictateur Hippopotamus[21] est arrivé, dit-on, un petit Hippopotamus dont l'origine est douteuse et la garde noble du Hohenzollern Willich, chevalier de la Great-Windmill, s'est enrichie de quelques chenapans et lumpazi expérimentés. Nos propres amis vivent au jour le jour des quelques pence qu'ils empruntent. Rings gagne actuellement quelques sous en faisant la claque pour le compte du duc de Brunswick qui fait de nouveau un cirque devant le tribunal.

A la dernière fête polonaise où les crapauds[22] français, allemands, hongrois et polonais (Willich, Fieschi, Adam, etc.) étaient réunis, on en est venu aux mains. A part ça, nous n'avons pas entendu parler de la bande. Hier au soir nous étions à la première conférence de Ernest Jones sur l'histoire des papes. Son exposé fut magnifique et très à l'avant-garde pour les Anglais, mais pour nous Allemands qui avons été à la dure école de Hegel, Feuerbach, etc., il n'était pas tout à fait à la hauteur. Un abcès à la trachée-artère a mis les jours du pauvre Harney en danger, il lui est encore interdit de parler. Un médecin anglais l'a ouvert par deux fois sans tomber sur l'endroit malade. Son Red Republican est devenu le Friend of the People. Mais assez pour aujourd'hui. Les enfants parlent beaucoup de l'oncle Engels et le petit Till chante fort joliment et comme vous lui avez apprise, mon cher Monsieur Engels, la chanson du « gros balourd et du gentil petit balai ».

Nous espérons vous voir pour Noël.

Votre
Jenny Marx.

  1. Mandat-poste.
  2. L'Indépendance belge : quotidien fondé en 1831 à Bruxelles. Organe des libéraux.
  3. Louis Heilberg : journaliste allemande émigré, vivait à Bruxelles. Membre du Comité de Correspondance communiste, puis de la Ligue des Communistes.
  4. Louis Bamberger.
  5. Dans la Great Windmill Street se trouvait le siège de l'Association londonienne pour la formation des travailleurs allemands. C'est là que les partisans de Willich et de Schapper se regroupèrent après la scission de la Ligue des Communistes. Au cours de l'été 1850, les divergences de vues au sujet de la tactique à adopter s'aggravèrent au sein de l'Autorité centrale de la Ligue des Communistes. En août 1850, Marx et Engels acquirent la conviction qu'étant donné l'essor économique il n'y avait pas de perspectives de révolution dans un avenir immédiat. Ils en tirèrent la conclusion qu'il fallait mettre l'accent sur le travail idéologique et sur la formation de cadres révolutionnaires prolétariens en vue des luttes révolutionnaires à venir. A l'opposé, Willich et Schapper, défendaient une tactique aventuriste visant à déclencher immédiatement la révolution sans tenir compte de la situation politique réelle en Europe. Les divergences au sein de l'Autorité centrale de la Ligue atteignirent leur point culminant à la séance du 15 septembre où fut consommée la scission. La majorité de l'Autorité centrale conduite par Marx et Engels condamna la fraction Willich-Schapper. Au cours de cette séance, sur une proposition de Marx, les pleins pouvoirs de l'Autorité centrale furent transférés au Comité du district de Cologne. Toutes les communes allemandes de la Ligue des Communistes approuvèrent la décision de la majorité de l'Autorité centrale de Londres. Le 17 septembre 1850, Marx, Engels et leurs partisans se retirèrent de l'Association londonienne pour la formation des travailleurs allemands dont la majorité resta du côté de Willich et Schapper. La nouvelle Autorité centrale de Cologne rédigea en décembre 1850 un nouveau statut de la Ligue conforme aux indications données par Marx et Engels. Les poursuites policières et les arrestations de membre de la Ligue entraînèrent pratiquement l'arrêt des activités de la Ligue des Communistes en Allemagne en mai 1851. Le 17 novembre 1852, peu après le procès des communistes de Cologne, la Ligue fut dissoute sur proposition de Marx.
  6. Albert Lehmann : ouvrier allemand de Londres. Membre dirigeant de la Ligue des Justes et de l'Association londonienne pour la formation des travailleurs allemands. Membre de l'Autorité centrale de la Ligue des Communistes. Se rangea aux côtés de Willich-Schapper lors de la scission de 1850.
  7. Heinrich Bauer.
  8. Tout ce texte, en français dans l'original, est truffé de remarques de Marx en allemand, que nous avons imprimées en caractère romains.
  9. Emmanuel Barthélemy (1820-1855) : ouvrier français blanquiste. Membre de sociétés secrètes ; il émigra après les journées de juin 1848. L'un des chefs des réfugiés français de Londres. Il se rangea du côté de Willich-Schapper lors de la scission de la Ligue des Communistes. Il fut exécuté en 1855 pour crime.
  10. Eugène Pottier (1816-1887) : poète prolétarien français, auteur de L'Internationale et de nombreux chants révolutionnaires.
  11. Cf. lettre à Adam, Barthélemy, Vidil du 9 octobre 1850, note 1.
  12. Marx fait allusion au Manifeste du Comité central de la démocratie européenne : « Le Comité central démocratique européen aux Allemands », publié dans le n° 4 du 17 novembre 1850 de la Voix du Proscrit, organe du Comité. Le Comité central démocratique européen fut créé en juin 1850 à Londres sur l'initiative de Mazzini qui en avait déjà jeté les bases en Suisse dès la fin 1849. Cette tentative pour regrouper une partie des émigrés petits-bourgeois dans une organisation internationale obtint l'appui de Struve et de Ruge. Sur la recommandation de Struve, Ruge entra au Comité en tant que représentant du Parti démocrate allemand. Cette organisation, assez hétérogène à tous points de vue, ne vécut pas longtemps. Les oppositions entre les émigrés italiens et français s'aggravèrent et le Comité central de la démocratie européenne cessa pratiquement toute activité en mars 1852.
  13. Le chant des bardes, le bardit : allusion au poème épique de Klopstock.
  14. La Patrie : hebdomadaire fondé en 1841 à Paris. Représentant du parti de l'ordre en 1850, il devient un organe des bonapartistes après le coup d'Etat du 2 décembre.
  15. Ici : des gens de second plan.
  16. Les Straubinger étaient des compagnons ouvriers qui faisaient leur Tour d'Allemagne. Marx désigne par là les ouvriers partisans de conceptions corporatistes dépassées qui contre le capitalisme préconisent le retour à l'artisanat.
  17. Les membres du Comité central de la Ligue des Communistes fondée à Cologne en octobre 1850.
  18. Haude : membre de la Ligue des Communistes. Après la scission il fut l'émissaire de Willich et Schapper en Allemagne.
  19. Johann Eccarius (1818-1889) : tailleur de Thuringe, réfugié à Londres. Membre de la Ligue des Justes, puis de la Ligue des Communistes. Membre de la direction générale de l'Internationale, il se rangea plus tard aux côtés des dirigeants réformistes des trade-unions.
  20. Giuseppe Mazzini (1805-1872) : patriote italien et chef révolutionnaire. Membre du gouvernement provisoire romain de 1849. L'un des fondateurs du Comité central démocratique de Londres en 1850. Republic and royalty in Italy : série d'articles parus dans le Red Republican de juin à novembre 1850. Le Pape au XIXe siècle, Bruxelles 1850.
  21. Karl Schapper.
  22. Terme péjoratif utilisé fréquemment par Marx et Engels pour désigner les petits-bourgeois, les « Philistins » bornés.