Lettre à Friedrich Engels, 27 janvier 1851

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[Londres], le 27 janvier 1851.


Cher Engels,
Tu trouveras ci-joint la déclaration à signer. Il n'est pas question de l'envoyer à Dulon, car Ruge s'est rendu co-propriétaire de la Bremer Chronik. C'est à la feuille conservatrice, Weser-Zeitung[1] de Brême qu'elle doit être envoyée. Ecris à la rédaction quand tu expédieras la déclaration. Dis-lui de nous faire parvenir deux copies à Londres, à mon adresse, 28 Dean Street, et de nous faire savoir en même temps le prix de l'insertion ainsi que le mode de paiement. N'oublie pas cependant d'affranchir la lettre.

Comme l'heure du courrier arrive, j'ajoute encore ceci :

  1. As-tu transmis la lettre à Weerth que ma femme t'avait envoyée avec quelques lignes qui t'étaient adressées[2] ?
  2. Et ma lettre, dans laquelle je te faisais parvenir les gribouillages du Dr. Magnus Gross et à laquelle je souhaitais une réponse de ta part, l'as-tu reçue[3] ? Pour le cas où tu ne l'aurais pas reçue, je te demanderais de déposer immédiatement une réclamation à la poste. Je t'ai envoyé cette lettre le jour même où je venais de recevoir la tienne, donc il y a environ 15 jours.

Réponds-moi bientôt et dis-moi si la déclaration te convient.

Ton
K. Marx.


Je trouve que des observations particulières qu'on joindrait à cette déclaration sont superflues.

P. S. N'oublie pas non plus d'écrire à la rédaction de Brême, j'entends à la rédaction de la Weser-Zeitung, qu'elle respecte l'ordre exact de succession et qu'elle place la déclaration de Schramm après la nôtre et non avant. A propos, si tu n'as réellement pas reçu les 2 lettres, écris-moi, après t'être informé toi-même à Manchester, un modèle de lettre en anglais que j'en verrai au directeur général des Postes. Je t'avais fait part dans cette lettre, écrite il y a 15 jours, d'un nouveau point de vue sur la rente foncière et j'ai besoin de savoir ce que tu en penses.

Ton
K. M.


(Post-scriptum de Wilhelm Pieper.)

Cher Engels, je dois te faire savoir rapidement que Marx est absolument outré de de ton silence total à propos de sa nouvelle théorie de la rente foncière qu'il t'avait exposée dans une récente lettre[4]. M[arx] vit dans une retraire complète, ses seuls amis sont John Stuart Mill et Loyd, et quand on vient chez lui, on n'est pas accueilli par des civilités mais par des catégories économiques.

On ne peut pas vivre qu'avec soi après tout, et quand on souhaite, comme moi, ne pas être dans l'économie jusqu'au cou, il faut bien, puisqu'ici on ne peut plus fréquenter personne, que je m'adonne à quelque secrète extravagance. Je cherche quelques travaux annexes de copistes, je me livre aussi par instants à mes propres exercices de style ; parviendrai-je à réaliser quelque chose de sérieux ? J'en doute fort encore. Je me réjouis d'apprendre que tu es en bonne santé et je prendrai sous peu le temps de t'écrire une lettre moins décousue.

Avec les amitiés de
W. Pieper.

  1. Weser-Zeitung [Gazette de la Weser] : organe de la bourgeoisie libérale, parut de 1844 à 1930. La réponse de Marx et d'Engels à l'article calomnieux d'A. Ruge ne fut pas publiée par la Weser-Zeitung (MEW, t. 7, p. 464).
  2. Lettre de Jenny Marx à Engels du 11 janvier 1851.
  3. Lettre de Marx à Engels du 7 janvier 1851.
  4. Ibidem.