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Lettre à Ernst Dronke, 3 février 1849
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| Auteur·e(s) | Karl Marx |
|---|---|
| Écriture | 3 février 1849 |
Publiée dans Correspondance Marx-Engels, Tome II (1849-1851), Editions Sociales, 1971.
Cologne, le 3 février [1849].
Cher Dronke ![1]
Voici une brève réponse à ta lettre qui m'a été communiquée par Engels :
- En ce qui concerne ta venue : lorsque je t'ai écrit : « Ne viens pas en Allemagne avant que je t'écrive », Kratz m'avait expliqué que ton affaire n'était pas encore tirée au clair.
- Par la suite, j'ai écrit à Kapp[2] et non à toi, parce que Kapp m'assaillait de lettres de menaces. Le billet au porteur que j'avais donné à Kapp n'a pas été honoré par Korff[3]. J'avais entre temps déclaré devant l'assemblée des actionnaires que l'un de nous deux, Korff ou moi, devait quitter le journal. Par ailleurs Plasman[4] avait à cette époque fait bloquer de nouveau les lettres chargées et le journal[5] était, ce qu'Engels a constaté à son arrivée[6], quotidiennement sur le point de faire faillite.
- En ce qui concerne l'histoire avec Meyerbeer, je n'en sais pas un traître mot. Tu comprends bien, que dans une situation où nous avions tous les jours affaire à des rébellions de typographes pour deux ou trois thalers, je n'aurais pas dédaigné 150 thalers.
- En ce qui concerne ma lettre au sujet de Kapp, j'étais dans mon droit. Kapp, à une époque particulièrement effroyable a menacé de nous attaquer publiquement. Si tu te replaces par la pensée dans notre situation d'alors, tu comprendras mon énervement. Quant au commentaire de Weerth[7] (qui d'ailleurs ne te concernait pas, mais concernait Imandt[8], lequel ne cessait de nous écrire), je viens seulement d'en entendre parler.
- Pour ce qui est des 25 thalers envoyés le 14 janvier, ils t'ont été expédiés à l'adresse d'Ewerbeck[9] et en présence de témoins. Le courrier d'ici t'apportera demain des précisions à ce sujet. N[ota]-bene : Kapp a, à peu près à la même date, reçu de moi 15 thalers.
- En ce qui concerne ma non-réponse à tes lettres, Lupus[10] portera témoignage que je t'ai écrit fréquemment.
- Si je t'ai écrit une fois d'un ton irrité, cela provenait de ce que, a) j'étais dans la poisse des poisses avec le journal et que tous les correspondants et créanciers du journal me tombaient dessus, b) de ce qu'Imandt dans une lettre à Freiligrath[11] racontait que toi, Kapp et les autres étiez en train d'aboyer contre moi aussi fort que vous pouviez tandis que le noble Beust[12] — Beust, si je ne me trompe (je n'en suis pas tout à fait sûr) — envoyait des lettres analogues.
Dans quelques jours il faut que le journal sombre ou bien qu'il se consolide, et alors nous t'enverrons aussitôt de nouveau du fric, qui fait maintenant totalement défaut. Mais il faut éclaircir l'histoire des 25 thalers.
Je t'ai constamment considéré comme co-rédacteur du journal : le prouvent aussi bien la nouvelle annonce parue dans différents journaux que le fait que j'ai inséré ton article sur l'expulsion du réfugié de Francfort dans la rubrique Cologne[13].
Ton
Marx.
(Additif de Wilhelm Wolff)
Entièrement d'accord avec ce qui précède.
Ton
Lupus.
- ↑ Ernst Dronke (1822-1891) : journaliste et écrivain. D'abord socialiste « vrai », il adhéra à la Ligue des Communistes et fut en 1848-1849 rédacteur à la Neue Rheinische Zeitung.
- ↑ Friedrich Kapp (1824-1884) : historien et homme politique. Démocrate, il prit part à la révolution de 1848-1849. Emigra en 1850 aux Etats-Unis.
- ↑ Hermann Korff : ancien officier prussien, limogé à cause de ses opinions politiques. Editeur de la Neue Rheinische Zeitung.
- ↑ Maison d'expédition de Cologne.
- ↑ Neue Rheinische Zeitung.
- ↑ Engels avait quitté Cologne fin septembre 1848 et y était revenu à la mi-janvier 1849.
- ↑ Georg Weerth (1822-1856) : poète prolétarien. Ami de Marx et d'Engels. Membre de la Ligue des Communistes. Responsable de la page littéraire de la Neue Rheinische Zeitung.
- ↑ Peter Imandt : instituteur de Krefeld. Partisan de Marx et d'Engels. Membre de la Ligue des Communistes. Il émigra après la révolution de 1848.
- ↑ August Hermann Ewerbeck (1816-1860) : médecin et écrivain allemand. Il dirigea la section parisienne de la Ligue des Justes. Il deviendra plus tard membre de la Ligue des Communistes dont il se retirera en 1850.
- ↑ Wilhelm Wolff dit Lupus (1809-1864) : instituteur, fils d'un journalier de Silésie. Participe aux mouvements étudiants. Emprisonné de 1834 à 1838. Membre du Comité de Correspondance communiste (1846-1847) et de l'Autorité centrale de la Ligue des Communistes à partir de mars 1848. Membre du comité de rédaction de la Neue Rheinische Zeitung. Député au Parlement de Francfort, il émigra en 1851 à Londres. Compagnon de lutte de Marx et d'Engels, c'est à lui que Marx a dédié le livre Ier du Capital.
- ↑ Ferdinand Freiligrath (1810-1876) : poète allemand influencé par Victor Hugo dont il a traduit les Odes et les Orientales. En 1848 il collabore avec Marx à la rédaction de la Neue Rheinische Zeitung et y publie des poèmes révolutionnaires. Exilé volontaire à Londres, il se ralliera à Bismarck après 1870.
- ↑ Friedrich von Beust (1817-1899) : ancien officier prussien. Ses convictions politiques lui firent prendre une retraite anticipée. Membre de la section de Cologne de l'Association ouvrière, il fut déléguée au 2e Congrès démocratique qui se tint à Berlin en octobre 1848. Prit part en 1849 au soulèvement de Bade, puis émigra en Suisse.
- ↑ Cf. le « Communiqué relatif aux abonnements à la Neue Rheinische Zeitung pour le premier trimestre 1849 ». Marx fait allusion à l'article « Alliance de la police européenne », sur l'expulsion de Londres du Francfortois Wiedecker ; il avait été publié dans la Neue Rheinische Zeitung du 11 janvier 1849 (n° 192) avec la mention « Cologne, 8 janvier » sous le sigle de correspondant de Dronke.