Lettre à Arnold Ruge in Dresden, 26 juillet 1842

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Berlin, le 26 juillet 1842.

Monsieur,

Cette fois je vous écris pour vous faire savoir que je ne vous enverrai rien.

J'ai pris la décision de renoncer pour quelque temps à toute activité littéraire pour me consacrer en revanche d'autant plus aux études. Les raisons qui m'y poussent sont évidentes. Je suis jeune et autodidacte en philosophie. J'ai appris suffisamment pour me former une opinion et la défendre le cas échéant. Mais pas assez pour œuvrer pour elle avec succès et comme il convient. On sera d'autant plus exigeant avec moi que je suis un « franc-tireur de la philosophie » et n'ai point acheté par un titre de docteur le droit de philosopher. Je pense, si je me remets à écrire, cette fois sous mon propre nom, satisfaire à ces exigences. Et en outre il m'est interdit de gaspiller mon temps pour le moment, car il sera sans doute avant peu accaparé de nouveau par des activités commerciales. Mon activité littéraire, examinée d'un point de vue subjectif, a consisté jusqu'ici en simples tentatives dont le résultat devait m'indiquer si mes dispositions naturelles me permettaient d’œuvrer fructueusement pour le progrès, de prendre une part active à l'évolution de ce siècle. Je puis m'estimer satisfait du résultat et considère maintenant les connaissances qui ne nous sont pas données à la naissance, et je poursuis cette étude avec un plaisir redoublé.

Quand, en octobre, je reprendrai le chemin de ma Rhénanie natale, je pense vous rencontrer à Dresde et vous parler plus longtemps de tout cela. En attendant, je vous dis adieu ; pensez à moi de temps en temps.

Votre

F. Engels.

Avez-vous lu la réponse de Jung ? Je prétends que c'est ce qu'il a écrit de mieux jusqu'ici. A ce propos, l'autre Jung, celui de la Rheinische Zeitung de Cologne, est ici actuellement et il ira vous voir dans quelques semaines, lors de son voyage de retour.