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Special pages :
Lettre à Alfred Rosmer, 4 mai 1922
| Auteur·e(s) | Solomon Lozovski |
|---|---|
| Écriture | 4 mai 1922 |
Publié par les Cahiers d'histoire n° 28, 1978. Notes des Cahiers d'histoire.
4 mai 1922,
Cher ami,
J'ai bien reçu votre lettre de Berlin. Le tableau de la Conférence des trois Internationales[1] est parfaitement clair pour nous. Le discours de Vandervelde ne nous a causé aucune espèce d'étonnement. Vandervelde ne nous a préparé à la conférence des trois Internationales, l'action de Barthou à Gênes : au fond d'eux, ils disent la même chose. Pour eux, la paix de Versailles est le plus grand monument de la civilisation, ils s'y attachent comme à une charte de Liberté : ce n'est pas étonnant d'ailleurs, car la paix de Versailles, c'est leur enfant.
Mais laissons là la conférence des trois Internationales. Il n'est pas douteux que, la commission des neuf élue par... (manque une ligne)... pas, car la 2e Internationale ne veut pas qu'elle travaille. Mais son inaction même ne manquera pas de nous être profitable, car nous saurons bien tirer parti de ce sabotage manifesté par la 2e Internationale.
La question de pose d'une façon autrement sérieuse pour les affaires françaises. Les derniers journaux reçus n'ont rien apporté de consolant. Tout porte à croire que l'influence des anarchistes s'est entièrement consolidée à la C.G.T. Ils se montrent de jour en jour plus arrogants, et le plus étonnant, c'est que le Parti Communiste persiste à s'abstenir de combattre cette vague anarchiste. Nos camarades de parti pensent que c'est là une tactique fort judicieuse. En réalité, elle menace non seulement de démolir la C.G.T. Unitaire, mais encore d'infliger une défaite sérieuse au Parti Communiste Français. La tâche essentielle de l'avenir prochain consiste à organiser un moyen susceptible de combattre ce verbiage anarchiste. Vous aviserez mieux sur place comment un tel noyau peut être constitué. Mais il est indubitable qu'il importe d'établir et d'entreprendre au plus vite un travail sérieux dans cette direction. C'est là une tâche d'autant plus nécessaire que le Congrès de la C.G.T. Unitaire se réunira dans deux mois. Jusqu'à présent, personne n'a rien fait pour se préparer à ce Congrès. Le Parti n'y pense pas, quant aux communistes militants au sein de la C.G.T. ils y pensent fort peu eux aussi. Le Congrès se réunira, comme cela a eu lieu déjà, les communistes recevront force coups, des résolutions anarchistes seront votées, et c'est alors que les communistes s'aviseront d'écrire que les anarchistes auront fait voter des résolutions indésirables. Il faut procéder à une préparation méticuleuse du Congrès, il faut que les résolutions soient élaborées d'avance, répandues, etc. Il faut publier une série d'articles dans « l'Humanité » au nom de l'I.S.R., il faut que sur chaque point de l'ordre du jour, un tract ou une petite brochure soit faite, en un mot, il faut développer le travail préparatoire de façon qu'il n'y ait pas un seul syndicat au sein duquel les questions agitant les ouvriers ne soient mises en lumière. Il faut qu'on ne vienne pas à ce Congrès seulement pour voter, il faut qu'on y vienne pour se prononcer en pleine conscience de ce qui est. Il reste fort peu de temps, et le travail à faire est immense.
Les journaux reçus montrent que la Commission Syndicale du Parti n'a pas encore bougé le bout du doigt depuis sa constitution. Je ne sais pas ce qu'elle attend, toujours est-il qu'elle ne donne pas signe de vie. Ce n'était pas la peine de créer une Commission Syndicale auprès du Comité Central, si elle n'était pas décidée à agir.
Il faut mettre en mouvement cette Commission. Il faut qu'elle fasse adopter ses projets de résolution conformément à la discipline du Parti. Est-ce que dix syndiqués quelconques n'ont pas le droit d'élaborer et de publier telle résolution qu'ils estiment utile de faire adopter par le prochain Congrès ?
J'ai cette impression que c'est là une inaction voulue. Pour autant que le Parti ne veut pas prendre position nettement, la Commission Syndicale, elle aussi, se pose comme tâche essentielle de ne manifester aucun signe de vie. Si cela continue, on pourra dire que cette Commission Syndicale n'est pas née, bien que son acte de naissance soit enregistré dans les procès-verbaux du C.C. du Parti Communiste Français.
Autre question fort importante : celle des brochures destinées à ce Congrès. Jusqu'à présent, ont paru en France mes résolutions et une brochure, « Programme d'Action ». Il y a quelque cinq mois, j'ai envoyé en France un livre intitulé « La Deuxième Internationale ». J'ai écrit ce livre au début de septembre, le texte français a été revu par Souvarine. Elle se trouve quelque part à la rédaction de « l'Humanité » ou chez Dunois, mais pour des causes absolument inconnues de moi, elle n'a pas encore vu le monde jusqu'à présent. Or, c'est une brochure polémique, dirigée contre la terminologie et la démagogie anarcho-syndicaliste. Il serait utile de faire paraître cette brochure en mentionnant qu'elle se rapporte à septembre 1921, à un moment où seuls les premiers actes de la minorité d'alors de la C.G.T s'étaient manifestés.
Enfin, il importe d'une manière générale, de publier la littérature de brochures utiles. En faisant un grand travail au cours de ces deux mois, on pourra espérer que les partisans de l'I.S.R. auront au moins une minorité importante. Sinon la même situation inepte se reproduira, qu'on a observée déjà au Conseil National, au cours duquel les partisans de l'I.S.R. n'osèrent pas ouvrir la bouche.
Mais le plus important, le plus essentiel, c'est de tenter, à la veille du Congrès, de créer un bloc de syndicalistes de « La Vie Ouvrière » et de communistes qui n'ont pas égaré leurs principes (et il y a encore assez de communistes de cet acabit dans le Parti Communiste Français). Ce bloc doit se baser sur l'adhésion à l'I.S.R. sur le terrain du programme élaboré par cette dernière. Tant pis pour les communistes et les syndicalistes du type Monmousseau si l'on n'arrive pas à constituer un tel bloc. Monmousseau s'est déjà rendu compte de l'esprit contre-révolutionnaire des interventions anarchistes. Dans ses derniers articles, il essaie de résister à cette vague anarchiste, mais il est impuissant à le faire, n'ayant pas de point d'appui solide, de position ferme. Ce ferme point d'appui leur manquera aussi longtemps qu'ils s'obstinent à vouloir chercher l'oiseau bleu et à faire leurs innombrables salutations à l'adresse de leur dame, l'indépendance. Tout porte à croire que le groupe de « La Vie Ouvrière » sera bientôt jeté par-dessus bord de la C.G.T. Unitaire, où ces messieurs du « Libertaire » de concert avec les publicistes du « Syndicaliste Révolutionnaire », finiront par rester seuls maîtres. Pour compléter le tableau, il y aura encore certainement dans ce bloc un groupe de membre du P.C.F. qui se montrent plus ardents partisans de l'indépendance que les anarchistes eux-mêmes.
N'est-il pas caractéristique que dans l'un des numéros du « Syndicaliste Révolutionnaire », Quinton — il est, si je ne me trompe, membre du P.C. — écrit que la tâche de la C.G.T est d'arracher les syndicats à l'influence du Parti Communiste. Ils sont bons, ces communistes, il est bon ce Parti qui souffre une telle dépravation dans ses rangs. Il va de soi que la racine de tout ce gâchis se trouve dans le Parti et aussi longtemps qu'il n'y aura pas clarté dans le Parti sur la question syndicale, aussi longtemps qu'on ne se sera pas décidé à passer des paroles (de telles paroles avaient été prononcées au dernier Congrès de Marseille) à l'action, nous assisterons à ce triste spectacle de voir les membres du parti agir contre l'I.C. et l'I.S.R. ; au nom d'on ne sait quel intérêt inconnu du mouvement ouvrier français. Quoi qu'il en soit, il faut essayer de constituer ce bloc de communistes et de syndicalistes. Il ne s'agit pas de communistes genre Verdier et Quinton, mais de véritables communistes, s'il en est, capables de créer le bloc et de le mettre en marche. Sans ce travail d'organisation et sans une préparation sérieuse au Congrès, l'I.S.R. risque de subir une défaite sérieuse au prochain Congrès.
Il ne faut pas oublier qu'à l'heure actuelle, les anarchistes et anarcho-syndicalistes russes parcourent toute l'Europe, en remplissant la presse anarchiste de leurs appels, plaintes et récits fantastiques relatifs à la Russie des Soviets. Tout cela influe sur les anarchistes, dont la cervelle est aussi faible que les nerfs d'une dame du monde. On ne peut résister à tout cette campagne qu'en organisant, qu'en menant systématiquement une contre-campagne dans toute la presse communiste (...)
Que fait Monatte ? Pourquoi ne donne-t-il aucun signe de vie ? Est-il possible qu'il se soit retiré dans un désert et qu'il ait quitté tout à fait le mouvement ouvrier ? Comment expliquer une telle attitude : par l'état de sa santé ou par son état moral ? Il y a longtemps déjà que j'ai envoyé une assez longue lettre à Monmousseau, j'ai écrit également à Monatte, mais je n'ai rien reçu, ni de l'un ni de l'autre. Quelle en est la cause : ne reçoivent-ils pas mes lettres ou faut-il chercher d'autres explications ?
Il paraît que tous les francs-tireurs de l'opportunisme se mettent à se grouper autour de Fabre[2]. A en juger par « Le Peuple », il unit un certain nombre de sympathisants. Tant mieux : l'amputation assainira le Parti. Mais il semble bien que le Parti n'ait pas un grand désir de se débarrasser de Fabre et de ses amis.
Ici, le travail se fait petit à petit. Bientôt, je prendrai un congé de deux mois, que j'espère bien utiliser au mieux pour l'I.S.R. En tout cas, je lirai la première brochure. Je suivrai constamment le mouvement syndical pour réagir sur toutes les questions importantes. Je voudrais bien venir faire un tour à Paris, voir un peu quel air il a. Il y aura bientôt cinq ans que j'ai quitté Paris. Combien d'années croyez-vous qu'il faudra attendre que les ouvriers français se mettent à parler russe à leur bourgeoisie ? Il fut un temps, nous rêvions à la possibilité de causer français à notre absolutisme. Je me rappelle le débat sépara bolchéviks et menchéviks au lendemain de la Révolution de 1905 : la Révolution se développe-t-elle en Russie suivant le mode allemand ou français ? Aurons-nous une Révolution de type 1789, ou bien une Révolution allemande du type 1848, et nous autres bolchéviks, nous nous placions à ce point de vue que chez nous, tout se passera à la française. Or, tout s'est passé en réalité à la manière française élevée à la troisième puissance, c'est-à-dire à la russe. Mon seul désir, qui est sans doute également le vôtre, est qu'on commence chez vous à parler russe le plus tôt possible. Quand cela pourra-t-il se faire ?
Recevez mes cordiales salutations.
Votre : Alexandre (manuscrit).
P.S. — Transmettez à Monatte et à Monmousseau mon chaleureux salut. S'ils n'étaient pas des ermites et des individualistes, si nous faisions bloc tous les trois, on pourrait faire bien vite revenir à de meilleurs sentiments les anarchistes qui ont perdu la mesure. A ce propos, qu'est-ce qu'ils pensent réellement d'un tel bloc ?