Lettre à "France-Soir", 9 novembre 1961

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Monsieur le Directeur,

Dans l'interview faite par M. Michel Gordey et publiée clans France-Soir le lundi 7 novembre, il est dit au second paragraphe : "Elle (c'est-à-dire moi-même) espère, avant de mourir, assister à la réhabilitation par le communisme mondial de celui (Trotski) qui fut, après Lénine, le plus grand révolutionnaire des temps modernes et le père spirituel de Mao Tsé-Toung, le chef communiste chinois."

Ces paroles ne m'appartiennent nullement; elles ont été introduites par le rédacteur de l'interview. Je me vois donc obligée de préciser ce qui suit :

  1. Un grand révolutionnaire comme Léon Trotsky ne peut en aucune manière être le père de Mao Tsé-Toung, qui a conquis sa position en Chine en lutte directe avec l'Opposition de gauche (trotskiste) et l'a consolidée par l'assassinat et la persécution des révolutionnaires, tout comme l'a fait Tchang Kai-Chek. Les pères spirituels de Mao Tsé-Toung et de son parti sont évidemment Staline (qu'il revendique d'ailleurs comme tel) et ses collaborateurs, M. Khrouchtchev inclus.
  2. Je considère l'actuel régime chinois, de même que le régime russe ou tout autre bâti sur le modèle de celui-ci, aussi éloigné du marxisme et de la révolution prolétarienne que celui de Franco en Espagne.
  3. La terreur policière et les calomnies de Staline n'étaient que l'aspect politique d'une lutte à mort contre la révolution, menée par l'ensemble de la bureaucratie. On ne peut donc attendre le rétablissement de toute la vérité que de l'anéantissement de cette bureaucratie par la classe ouvrière qu'elle a réduite à l'esclavage. Je n'espère rien du parti russe ni de ses imitateurs foncièrement anticommunistes; toute déstalinisation s'avérera un leurre, si elle ne va pas jusqu'à la prise du pouvoir par le prolétariat et la dissolution des institutions policières, politiques, militaires et économiques, bases de la contre-révolution qui a établi le capitalisme d'État stalinien.

Recevez, Monsieur le Directeur, mes salutations.