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Special pages :
Les voies de l'édification du socialisme
| Auteur·e(s) | Nadejda Kroupskaïa |
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| Écriture | novembre 1927 |
Il y eut un temps où nous nous représentions assez naïvement l'avènement du socialisme de la façon suivante : « l'heure de mort du capitalisme sonnera ; les expropriés exproprieront, etc. » et c'est tout. Si nous nous reportons en pensée à la période d'avant Octobre ; nous nous rappelons les doutes de certains camarades : y aura-t-il et doit-il y avoir, en général, une période de transition du capitalisme au socialisme ?
Voici dix ans déjà que nous vivons cette période de transition d'édification. Nous avons beaucoup appris. Nous avons appris que tout ne dépend pas de nos désirs, de notre énergie, de nos résolutions. Nous avons appris que pour marcher de l'avant, il faut tenir compte d'un grand nombre de facteurs, savoir combiner un grand nombre de mesures dans les domaines les plus différents et qu'ainsi seulement on arrive à quelque chose. Pendant les premières années qui suivirent Octobre, nous avons abordé beaucoup de questions d'une façon trop simpliste. Prenons la question de la grande et de la petite industrie. Comment la considérions-nous ? Nous disions que la petite industrie, l'artisanat, ne nous intéressait pas, qu'il fallait développer la grande industrie pendant les premières années : nous avons appliqué vis-à-vis de l'industrie artisane une politique très cruelle. L'industrie artisane a décliné et la grande industrie ne s'est pas développée. Voilà pourquoi Ilitch disait, déjà en mai 1921 : « Notre principale tâche est de rétablir la grande industrie. Mais, pour commencer plus ou moins sérieusement sa reconstruction, nous devons rétablir la petite industrie ».
Pourquoi Ilitch parlait-il ainsi ? Avait-il donc cessé de comprendre l'importance de la grande industrie ? Evidemment non. Ces paroles montrent seulement qu'il tenait compte des conditions concrètes. Je me souviens d'une conversation avec Ilitch. Lorsqu'ont commencé à paraître ses œuvres complètes, je luis dis un jour qu'à ta lecture des tomes déjà parus, il sautait aux yeux que, au cours des années, la même idée prenait chez lui des aspects différents selon les conditions concrètes de la lutte. Il me semblait qu'il était très important de signaler ce fait aux camarades étrangers (je travaillais à cette époque à la commission du camarade Kuusinen, la commission d'agitation et de propagande de l'Internationale). Ilitch m'ordonna alors (il était déjà malade) de trouver un camarade capable de faire ce travail. « Qui travaille chez vous à l'école soviétique-communiste ? demanda-t-il. — Qui la dirige ? C'est ce camarade qui doit être chargé de ce travail ».
Ilitch s'est toujours distingué par sa faculté de comprendre les conditions concrètes, de toucher du doigt les tâches immédiates. En août 1921, il conviait « au travail pratique, répondant à la particularité du moment actuel et à ses tâches. Ce ne sont pas des phrases, mais du travail qu'il nous fait. Il nous faut envisager froidement cette particularité ainsi que les forces de classes réelles et non imaginaires ».
Un an après, en avril 1922, Ilitch déclarait au XIe Congrès du parti : « L'essentiel, c'est d'aller maintenant de l'avant avec une masse incomparablement plus large et plus puissante, c'est-à-dire avec le paysan, en lui démontrant par l'activité, par la pratique, par l'expérience que nous nous appliquons et que nous apprenons à l'aider et à le conduire de l'avant. Cette tâche, en raison de la situation internationale, en raison de l'état actuel des forces productrices de la Russie, ne peut être résolue que très lentement, prudemment, avec du sens pratique, en vérifiant chaque pas mille fois et dans la pratique ».
Cinq ans et demi se sont écoulés depuis le XIe Congrès. Pendant ces années, le parti a suivi le chemin indiqué par Lénine, consistant à rendre bien plus substantiel tout le travail du pouvoir soviétique, à rapprocher les éléments dirigeants de la politique économique des éléments qui sont à sa base, à entraîner plus complètement les masses dans l'œuvre d'édification du socialisme.
Voyons où nous en sommes au moment du XVe Congrès du parti. Récemment a eu lieu le congrès fédéral des ouvrières et paysannes, membres des soviets urbains et ruraux et des comités exécutifs cantonaux.
Ce Congrès a permis de vérifier, premièrement, combien notre travail est devenu substantiel ; deuxièmement, combien nous avons réussi à attirer les grandes masses à la création de l'ordre nouveau.
De quoi parlent les ouvrières et les paysannes ? Je traiterai d'abord de Leningrad. Je n'y ai assisté qu'à une seule réunion s'occupant de choses pratiques. La question de l'ordre du jour était d'améliorer la qualité du travail. Des déléguées se plaignaient que « l'initiative n'est pas secourue », qu'il n'y a pas de directives précises, de bonnes instructions, que l'appareil lui-même est incapable de donner des instructions, qu'il faut des publications, que « l'appareil renvoie les personnes aux organisateurs féminins qui, à leur tour, ne sont pas versés dans tous les domaines, que les secrétaires ne savant à quel travail affecter les déléguées, etc., que, les choses étant ainsi, nous ne servons pas à grand chose. C'est en vain que le gouvernement dépense de l'argent pour nous, nous ne voulons pas qu'on nous élise pour « devenir une collection », nous sommes prêtes à faire vingt kilomètres pour aller à une réunion, etc. » Une ouvrière (de la fabrique Tréougolnik) s'étant plainte de n'avoir pas été convoquée à temps, de n'avoir pas reçu d'instructions, une vague d'indignation s'éleva : « C'est honteux, on travaille à l'usine où nous sommes 17.000, on attend en vain une convocation, on ne sait pas comment s'en tirer, c'est scandaleux, camarades. Nous, ouvrières des fabriques et des usines, nous devons aider les paysans, il faut exiger du travail pratique, il ne faut pas seulement travailler soi-même, mais aussi entraîner les autres à en faire autant, etc. »
Il résulte des débats que les rapports entre les organes de base et les paysannes se sont améliorés, que « l'on a davantage de courage à travailler dans le soviet, que l'activité devient plus satisfaisante ; naturellement, il est souvent difficile de travailler, mais il faut se souvenir que seule la révolution mondiale affranchira entièrement la paysanne ».
Les mêmes notes ont été entendues au congrès fédéral des femmes : une villageoise de la Russie Blanche dit qu'il faut donner l'exemple par l'action. D'autres exigent des conseils pour le travail pratique. On se plaint de l'inconscience de « nos camarades, les maris ». On souligne que « les paysannes ne peuvent pas arriver à l'égalité parce qu'elles ne sont pas aussi bien organisées que les ouvrières ». On raconte que les paysannes vont aux réunions électorales avec leurs gosses : nous voulons aider à édifier l'Etat, proclament-elles.
Les déléguées sont nombreuses, mais seules les paysannes pauvres et les servantes de ferme prennent la parole. La femme de koulak n'ose parler. Elle sait que tous les assistants, que le pouvoir soviétique sont contre les koulaks. Elle envoie seulement au Bureau de la réunion un petit billet avec ces mots : « Il faudrait ne pas employer les mots « koulaks » et « pauvres », car ils font beaucoup de mal. »
En octobre, le pouvoir soviétique n'a été proclamé, établi que dans ce qu'il a d'essentiel. On n'avait fixé que le but : « Organiser autour des soviets toute la masse des travailleurs, l'entraîner tout entière, par les soviets, dans l'édification de l'ordre nouveau ». Mais il a fallu des années et des années pour aborder de près la question de la participation intégrale des masses au travail d'édification des soviets.
Ces derniers temps, il s'avère que les sections (ou commissions) des soviets deviennent de plus en plus les organes de cette attraction. Une déléguée de Sibérie a signalé que les koulaks empêchent le fonctionnement des sections. Les koulaks font de la propagande pour que les ouvrières pauvres et moyennes n'aillent pas dans les sections, qu'elles n'y travaillent pas. D'autres déléguées ont signalé qu'il est difficile aux paysannes pauvres de travailler dans les sections, car elles n'en ont pas le temps. Ce sont des choses auxquelles il faut encore réfléchir.
Il est difficile qu'une camarade ayant assisté au Congrès puisse douter de l'attitude de toute la masse des déléguées envers le parti.
Je voudrais m'arrêter encore à une question : l'appréciation du travail culturel. La question se pose avec une grande acuité. Parmi les ouvrières et les paysannes, il y a une grande poussée dans ce sens. Elles sont mécontentes du petit nombre d'établissements d'enseignement politique, elles se plaignent de la fermeture des salles de lecture ; elles veulent passionnément étudier, construire des écoles ; elles sont mécontentes que beaucoup d'institutions aient encore gardé un relent du vieil esprit, elles veulent une véritable préparation révolutionnaire des instituteurs et s'émeuvent des défauts des écoles. Elles sont mécontentes que l'on ne soutient pas efficacement l'éducation scolaire des orphelins, des enfants de paysans pauvres, de ce que les écoles de second degré soient payantes. Elles se plaignent de l'absence de dortoirs dans les écoles. Les besoins culturels sont loin d'être satisfaits et, tout ce qu'écrivait Ilitch sur la révolution culturelle revient à l'esprit. Incontestablement, c'est là notre point malade, c'est là que l'intervention du parti, du gouvernement est nécessaire.
Enfin, voici une petite illustration de ce qui arrive avec notre industrialisation, si on ne tient pas compte des conditions locales. Une déléguée de Saratov raconte que, chez elle, à la place des pressoirs à huile, on a installé un élévateur. Les pressoirs ont été fermés et il faut maintenant porter les graines oléagineuses au loin, jusqu'à l'élévateur ; or, là-bas il faut faire queue pendant trois jours. L'élévateur a frappé le paysan pauvre, le prix de l'huile de tournesol est monté de 14 kopecks à 40, grâce à l'élévateur. C'est un petit fait, mais il est très significatif ; il montre comment les mesures les plus importantes atteignent parfois des résultats contraires à ceux que l'on attendait si on les applique à la légère.
Pourquoi donc écrire tout cela ?
Il me semble que ce que nous avons dit plus haut donne une réponse à cette question : notre édification est-elle devenue plus substantielle ? Avons-nous réussi à y attirer les masses, à les organiser autour du parti et des soviets.
Oui, nous y avons réussi. Le congrès des ouvrières et des paysannes a reflété la vie du pays.
Les mots d'ordre ont pénétré jusqu'aux masses, les conquêtes d'Octobre sont devenues les leurs.
C'est en cela que réside la force du pouvoir soviétique, la force du parti communiste.
« Le pouvoir soviétique n'est rien d'autre que la forme organisée de la dictature du prolétariat, de la dictature de la classe avancée, qui s'élève à une nouvelle démocratie, à la participation, à la gestion de l'Etat. Des dizaines et des dizaines de millions de travailleurs et d'exploités apprennent par leur propre expérience à voir dans l'avant-garde consciente et disciplinée du prolétariat le guide le plus sûr. » Voilà ce qu'écrivait Ilitch.
Peu importe que le nombre de koulaks ait augmenté de 1 ou 2%. Ce qui importe, c'est leur influence infime dans la vie politique du pays.
Peu importe qu'une faute ait été commise çà et là ; le travail sur une si grande échelle est impossible autrement. Avec la masse, en nous appuyant sur elle, nous réparons les erreurs, nous rendons notre édification encore plus « substantielle », nous unissons plus étroitement tous ses aspects.