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Les tâches de la IVe internationale en Europe
| Auteur·e(s) | Abraham Léon |
|---|---|
| Écriture | février 1942 |
Version originale en français disponible sur MIA
I. La guerre, essence même du capitalisme en décomposition[modifier le wikicode]
En l'espace de relativement peu de temps, le capitalisme a changé la face du monde. La soif illimitée de plus-value, principal moteur de l'activité capitaliste, a pour résultat objectif un développement sans précédent des forces productives. Unifier économiquement la terre, développer le machinisme, la science et l’intensité du travail jusqu’à un degré jamais atteint, tel était le rôle historique du capitalisme.
Dans les sociétés précapitalistes, la consommation est l'objectif direct de la production. Le régime capitaliste a été le premier dans l'histoire qui a érigé la production en objectif suprême de l'activité sociale. En mettant toute la société au service de la production, il prépare le développement d’une production au service d'une société sans classes.
Le capitalisme ne peut pas modifier son rôle historique, à savoir le développement des forces productives, où se réduit sans cesse la consommation des masses, par rapport à la production. Dans le même temps, la croissance de la production exige une augmentation continue de la consommation. La contradiction entre le caractère socialisé de la production et la propriété privée des moyens de production, entre le développement illimité des forces productives et les limites fixées par la consommation, a poussé le capitalisme à son extension au monde entier.
Le capitalisme a atteint son plein essor en devenant un système économique mondial. Mais cela signifie aussi le début de sa fin. Le capitalisme a été le seul système économique contraint de se répandre partout dans le monde. Mais c'est aussi le seul qui puisse fonctionner sans coexister avec d’autres formes économiques. La conquête du monde signifie pour le capitalisme la fin de son extension, synonyme de son existence. Le déclin irrémédiable du régime capitaliste, devenu dominant à la surface du globe, se traduit par une crise tendant de plus en plus à devenir chronique.
L'effondrement du capitalisme, la maturité de toutes les conditions objectives du socialisme, inscrivent, depuis des décennies, la révolution prolétarienne à l'ordre du jour. Mais le développement considérable du mouvement ouvrier à la fin du 19e siècle et au début du 20e n'a pas entraîné la destruction du régime capitaliste.
Les assauts des masses laborieuses ont certes pu remporter des victoires particulières, mais les positions acquises ont été éliminées une par une par la réaction triomphante. La crise aiguë du capitalisme va de pair avec de terribles défaites de la classe ouvrière, la seule force capable de détruire définitivement ce régime agonisant.
Ces défaites de la classe ouvrière surviennent au moment où toutes les conditions sont réunies pour son triomphe. Cela s'explique par la faiblesse des directions traditionnelles des organisations prolétariennes. La possibilité d'une telle catastrophe s'explique à son tour par la nature contradictoire des victoires du prolétariat.
À l'ère du déclin complet du capitalisme, les positions conquises par le prolétariat dans ce cadre, au cours d’une lutte durant depuis plus d'un siècle, ne peuvent objectivement constituer que des marches dans la lutte pour le socialisme. Mais ces victoires, qui ont toutes creusé des brèches dans le système capitaliste, ont également eu pour effet de corrompre une partie importante du prolétariat et de freiner son élan révolutionnaire. L'amélioration de la situation de la classe ouvrière, rendue possible par l'exploitation coloniale pour le compte des grands pays impérialistes, a jeté les bases matérielles du réformisme. Une bureaucratie corrompue est devenue l'expression de cette immobilisation du mouvement ouvrier.
C'est dans des pays capitalistes parmi les plus faibles que les luttes de la classe ouvrière, liée à celles des paysans, l’ont portée au pouvoir. Mais la victoire totale des travailleurs russes n’a été rien de plus qu'une victoire partielle face à la nécessité vitale de l’extension de la révolution socialiste à l’échelle mondiale. L'URSS s’est convertie en un bastion, la plus puissante forteresse de la révolution mondiale. L’échec qui a suivi, dû au poids du réformisme sur la classe ouvrière, a mis le premier État ouvrier dans des difficultés économiques et sociales presque insurmontables, accroissant considérablement le pouvoir de la bureaucratie. Le stalinisme est le fils légitime du bonapartisme. La bureaucratie stalinienne aussi bien que la bureaucratie réformiste a été le produit de victoires des travailleurs. Mais elles en expriment toutes les deux le côté négatif et conservateur.
Produit indirect du réformisme, le stalinisme est devenu son puissant allié dans le sabotage de la révolution prolétarienne. Tous deux ont essayé de "sauver" les conquêtes prolétariennes par un compromis avec le capitalisme. Mais l’existence de partis ouvriers, et l’existence de l’URSS, qui sont autant de tremplins pour la Révolution ouvrière, devient de plus en plus impossible dans les conditions d’un capitalisme en décomposition. Le capitalisme doit pointer ses armes sur eux, même si, des milliers de fois, ils l’assurent de l’intention de le servir.
Le ralentissement de l'offensive prolétarienne provoque l'offensive capitaliste. Sous prétexte de défendre ce qui a été acquis par le prolétariat, mais en évitant de l'utiliser pour permettre au prolétariat de remplir sa mission historique, les bureaucraties staliniennes et réformistes rendront inévitable la destruction de tous les instruments de lutte du prolétariat. La marche triomphale de la réaction capitaliste à notre époque n'est rien d'autre que l'expression négative de la maturité de toutes les conditions de la victoire des travailleurs.
La persistance du capitalisme, produit de l'absence d'un prolétariat accomplissant sa mission historique, signifie en même temps son déclin progressif. La crise aiguë du capitalisme s’exprime dans la lutte exacerbée des différents camps impérialistes. (The smallness of the sphere of influence of world capitalism is reflected in the narrowness of the "vital space" of each national capitalism.) L’étouffement du capitalisme mondial dans sa sphère d'influence globale est reflété par l'étroitesse de "l'espace vital" de chaque capitalisme national. Tous les facteurs progressistes du capitalisme, qui rendent l'instauration du socialisme inévitable, accélèrent sa pourriture. Les germes d'une organisation nationale intégrée des forces productives, les trusts, les cartels, etc., vont se convertir en instruments de l’organisation planifiée d'une économie de guerre. Le développement de la technique deviendra un développement de la technique scientifique de la mort et de la destruction.
Le marché de guerre devient de plus en plus l'essence du capitalisme. C'est le seul marché capable d'absorber le surplus de production. Une « solution » à la crise chronique subie par le capitalisme, devenu une forme de production mondialisée, n'est pas possible, en dehors de l'appropriation accélérée de tout le revenu national par le capitalisme, de son investissement massif dans l'appareil productif et d’un gaspillage insensé des richesses nationales. En l'absence d'autres sources de plus-value, le capitalisme commence à absorber ses propres moyens de subsistance. La guerre devient de plus en plus l'essence du capitalisme. La réorganisation économique de l'Allemagne et des États-Unis, la résorption du chômage, l'augmentation des prestations ne sont possibles que grâce aux énormes préparatifs de guerre, c'est-à-dire à un gaspillage sans précédent de la richesse nationale, à une réduction sans précédent du standard de vie des masses et à la contraction continue des bases de la production. Le capitalisme creuse donc sa propre tombe.
Alors que la première guerre mondiale impérialiste a eu lieu suite à une époque relativement prospère où le capitalisme venait de diviser le monde, la seconde guerre impérialiste a clôturé une période de crises redoutables où il n’y avait qu’elle en vue. La guerre, sa préparation et la "réparation" de ses ravages résument la phase actuelle du capitalisme, on peut légitimement l’appeler sa "phase de putréfaction".
Le fascisme est le régime politique qui correspond le mieux à la phase de pourriture du capitalisme. Les contradictions économiques et sociales inhérentes à l'état d'agonie du capitalisme sont particulièrement nettes. Cette netteté, dont la guerre est la manifestation la plus caractéristique, nécessite la mise en place d'une dictature implacable.
Balayer brutalement tous les organes de défense des classes opprimées pour jeter les bases du "renouveau" de la production capitaliste, "planifier" l'économie en vue de la guerre, telles sont les tâches principales du fascisme. Contrairement au socialisme qui utilisera tous les progrès économiques de l'ère du capitalisme pour le bien-être de la société, le fascisme mobilise toutes les ressources économiques aux fins de destruction.
Le fait que des pays "affamés" aient vu, les premiers, advenir le fascisme, ne reflète qu’un plus haut degré de tension dans leurs contradictions. Ils montrent la voie aux pays capitalistes les plus riches. De plus en plus, bien que sous des formes parfois très différentes, le fascisme s’installe dans tous les pays capitalistes.
Dans son stade progressiste, le capitalisme tendait à la création d’une économie mondiale unifiée. Mais une économie mondiale unifiée ne peut exister qu’à la condition d’échapper à sa forme capitaliste. Actuellement, le capitalisme a piteusement tendance à détruire son propre ouvrage. L'absurdité d'un monde divisé en "espaces vitaux" autarciques ne reflète que la démence d'un régime complètement pourri.
Le seul espace vital du capitalisme est celui de la guerre. La vie du capitalisme est maintenant synonyme de la mort pour des millions d'hommes, de destruction pour la civilisation. Partout dans le monde, les ressources vitales de l'humanité sont exploitées dans un objectif de destruction. L’annihilation des forces productives provoque une chute catastrophique des conditions de vie des masses. La deuxième guerre impérialiste mondiale prépare la plus gigantesque révolution sociale que l’humanité n’ait jamais connue.
II. La seconde guerre impérialiste[modifier le wikicode]
L'étroitesse de "l'espace vital" du capitalisme mondial est exprimée de la manière la plus aiguë par les capitalismes "affamés". Ils ont eu l'honneur de commencer le carnage impérialiste. Mais la responsabilité du crime, ils la partagent avec leurs cousins, les capitalismes "rassasiés".
L'infériorité des capitalismes "affamés" les oblige à établir en premier un régime de mobilisation de toutes les ressources pour la guerre, c’est-à-dire le fascisme. Là, leur infériorité devient supériorité.
Les victoires des impérialismes pauvres, pendant les deux premières années de la guerre, sont la manifestation de leur préparation supérieure à mener à bien la guerre, supériorité obtenue par l'organisation planifiée de toutes les ressources économiques et militaires. Alors que la faiblesse des pays "affamés" devient une force, la force des pays "riches" devient une "faiblesse". Les victoires des pays "affamés" leur ont donné d'immenses territoires et des ressources importantes en matières premières. Les deux premières années de la guerre ont conduit à un renforcement des impérialismes pauvres mais également à la mise en jeu de toutes les réserves des capitalismes "rassasiés".
Alors que se renforcent les équilibres impérialistes, la sortie de la guerre dans le cadre du capitalisme s’éloigne de plus en plus. Les défaites incessantes des pays riches les obligent à renforcer considérablement leur appareil militaire, à mobiliser toutes leurs ressources, à réprimer violemment les conflits sociaux. La marche triomphale du fascisme ne se fera plus, comme le croyaient les idéologues simplistes de la social-démocratie et du stalinisme, par la conquête du monde par Hitler. C'est au contraire la "résistance au fascisme" qui s'installe, sous différentes formes, dans le monde entier. La dictature la plus implacable, nécessaire pour mobiliser toutes les ressources pour la guerre, pour réprimer les mouvements de masse de défense des conditions de vie, s’impose d’autant plus aux impérialismes rassasiés que tremble la base de leur domination.
L'équilibre croissant des forces impérialistes se manifeste, pour les impérialismes affamés, en ce qu’ils mobilisent les matières premières nécessaires à une longue guerre, et pour les impérialistes rassasiés, sur la base des défaites subies qui les obligent à obtenir les armes économiques, militaires et politiques dont ils ont besoin.
L’issue de la guerre dans le cadre de l’impérialisme, par la victoire de l'un des deux camps, dépend de la rapidité du rythme de l'un de ces deux processus : d’une part, celui de "l'enrichissement" des pays pauvres et de l’autre la fascisation et la militarisation des pays riches. Les impérialismes affamés seront-ils capables de conquérir des bases économiques suffisantes avant que des impérialismes rassasiés puissent disposer de puissantes ressources militaires et politiques ? Les vastes empires anglo-saxons vont-ils s'effondrer sous les coups de l'impérialisme germano-japonais ? Il est clair qu’une réponse définitive ne peut être donnée à ces questions. Mais tout mène à ce que la réponse soit négative. En tout état de cause, les victoires des impérialismes affamés ont conduit à un équilibre des forces plus stable, et en conséquence à une prolongation de la guerre impérialiste. Le prolongement de la guerre impérialiste provoque pour les masses des cinq continents une croissance sans précédent de leurs souffrances.
Dans les pays riches, le formidable développement de l'industrie d’armement entraîne une réduction considérable du niveau de vie des masses.
La monstrueuse machine de guerre est une pompe suçant la vie. Les victoires des impérialismes affamés ne peuvent en aucune manière améliorer les conditions d'existence des masses. Toutes les ressources des pays conquis sont absorbées par la machine de guerre. Si la situation des masses des pays privilégiés est proche de celle des pays pauvres, les conditions d'existence dans ces derniers continuent de se dégrader. La destruction de l'économie mondiale et la mobilisation de toutes les ressources pour la guerre produisent misère et faim dans le monde.
La prolongation du monstrueux carnage et la mise en œuvre des instruments de destruction les plus pourris signifient le massacre d’une partie active de l’humanité. Plus la guerre durera, plus les résultats militaires montreront son impasse et plus ses conditions conduiront à un soulèvement mondial contre le capitalisme. Les masses des pays riches vont se rendre compte de la stupidité d'une guerre menée « contre le fascisme », car le fascisme est installé par leurs propres bourgeoisies. Les masses des pays "pauvres" constateront à quel point leur "enrichissement" leur sera peu bénéfique. La guerre où sont plongées les différentes races et nationalités commence à détruire lentement les préjugés "racistes" ou "nationalistes". L'impossibilité d'obtenir une issue décisive et la menace croissante de la révolution prolétarienne augmenteront les conflits et la désorganisation dans le camp capitaliste.
L'appauvrissement croissant dans tous les pays, la pénurie catastrophique des produits les plus indispensables, ont entraîné une lutte exacerbée pour l'existence et ont révélé tout l'amoralisme des classes dirigeantes vivant dans le luxe alors que les masses meurent de faim. La mystification de « l’union nationale » apparaît de plus en plus ouvertement et augmente la colère des masses populaires envers la bourgeoisie. La démagogie la plus puissante ne peut dissimuler le vol, le pillage et le favoritisme concret des classes dirigeantes et des cadres supérieurs des armées.
Le début de la destruction du grand empire britannique a créé la possibilité pour les peuples coloniaux de se libérer de l'entreprise de l'impérialisme anglo-saxon, mais il montre en même temps que la "libération nationale" est illusoire sans la révolution prolétarienne et la destruction de tous les impérialismes. L'impérialisme anglo-saxon est remplacé par un impérialisme plus acharné et affamé. Les masses opprimées des colonies apprendront, de la dure réalité de tous les jours, qu'une libération nationale sans révolution prolétarienne constitue un mythe. Le spectacle de la bourgeoisie nationale s’accordant avec l'un ou l'autre impérialisme et vendant ses prolétaires et ses paysans comme du vil métal sera un facteur puissant pour renforcer la conscience de classe. La libération des peuples opprimés des colonies deviendra un élément indissoluble de la libération du prolétariat mondial et de l’humanité laborieuse de la tyrannie capitaliste.
De même, la victoire probable ["improbable" dans le texte espagnol] de l'impérialisme américain ne résoudra pas par nature les problèmes inextricables du capitalisme. Dans la période actuelle de pourriture du capitalisme, aucun impérialisme ne peut profiter de sa "victoire" et reconstituer le monde entier à son avantage. L'humanité est entrée dans une ère de guerres et de révolutions.
Dans tout un monde, les facteurs précurseurs de la révolution prolétarienne se développent. L'amélioration du sort des masses laborieuses, les plus anciennes aspirations démocratiques, la récupération de ce qui avait été acquis par la civilisation sont impossibles sans le renversement du capitalisme qui se couvre de plus en plus, à travers le monde, des formes les plus odieuses du fascisme. La lutte contre le capitalisme pourri, dont la guerre devient l'essence centrale, se confond avec la lutte de l'humanité pour le droit à l'existence.
Les masses des cinq continents ne pourront prendre en charge cette lutte contre le capitalisme fauteur de guerre sous la direction [texte espagnol : "que sous la direction" !] d'une internationale qui a fait bloc avec l'un des impérialismes. Les masses prolétariennes du monde entier vont s’unir pour renverser le capitalisme sous la direction de la IVe Internationale.
III. La guerre germano-soviétique[modifier le wikicode]
Avec la Chine, l’Union soviétique est la seule puissance qui mène une guerre objectivement progressive de par sa position spécifique au cœur de la guerre impérialiste. L'Union soviétique ne mène pas une guerre de conquêtes, ne cherche pas de débouchés pour ses marchandises et ses capitaux, elle n'a pas besoin de marchés pour ses tanks et ses canons. Les ouvriers et les paysans soviétiques défendent leurs terres et leurs usines contre les assauts impérialistes.
De ce fait, le premier État ouvrier devient objectivement un puissant soutien de la lutte des masses opprimées contre le capitalisme. La guerre de défense du peuple soviétique peut être transformée en une puissante offensive anticapitaliste des travailleurs des cinq continents.
Mais la guerre de défense de l'Union soviétique a un double caractère. En même temps que les masses défendent les conquêtes d'octobre, la bureaucratie défend ses privilèges. Ses privilèges, la bureaucratie ne peut pas les défendre de manière révolutionnaire car la révolution serait la fin des privilèges. Une révolution mondiale lui fait plus peur que la réaction capitaliste. Sur la base de son attitude conservatrice, elle espère sauver ses privilèges en s'unissant étroitement à l'impérialisme anglo-saxon.
En conséquence, cette politique de défense de l'URSS, fondée uniquement sur des contradictions entre impérialismes, a complètement échoué. La "ruse" de Staline a eu pour résultat de réunir toutes les ressources de l'Europe entre les mains d'Hitler. La puissance militaire allemande s’est accrue, à la suite de cette politique bien avisée (sic) de l'URSS. La passivité du prolétariat européen est aussi le résultat des zigzags du Komintern.
Si la victoire des fascistes allemands est le résultat de la politique criminelle stalinienne, les piétinements des armées d’Hitler qui ont suivi sont imputables aux victoires économiques de l'URSS, à l'héritage d'octobre et à la force de sa structure sociale. Alors que le haut commandement russe a été purgé de ses éléments les plus capables et n’est plus composé que de laquais iniques de Staline, il est montré en tout point au-dessous de sa tâche. C’est l’héroïsme des ouvriers et des paysans soviétiques, pour défendre le patrimoine d’octobre, qui a réussi à arrêter l’offensive des armées allemandes. Mais pour que le coup porté à Hitler puisse être changé en victoire du prolétariat, une propagande révolutionnaire doit être menée dans l'armée allemande et à l'intérieur du pays. La bureaucratie a donné des garanties à ses alliés, les impérialistes anglo-saxons. La propagande chauvine de Staline renforce le front intérieur de la bourgeoisie allemande, empêche la dislocation de l'armée hitlérienne et prive le prolétariat de son principal atout dans la lutte. S'identifiant aux bandits capitalistes anglo-saxons, Staline apporte de l'eau au moulin de propagande démagogique de Hitler.
Cependant, en réalité, l'impérialisme anglo-saxon ne souhaite pas aider efficacement l'URSS. Il est en chemin dans son combat contre l'Allemagne, mais une victoire de l'URSS lui semble aussi dangereuse que celle de l'Allemagne. Il veut utiliser les deux armées l'une contre l'autre. Il veut dicter ses conditions à deux pays épuisés, en favorisant l'affaiblissement de l'Union soviétique et essayant d’y restaurer le capitalisme.
La politique criminelle de la bureaucratie stalinienne ne fournit aucune aide efficace à l'Union soviétique. En alliance avec les impérialismes anglo-saxons, couvrant leur guerre de banditisme, solidaires de leurs slogans trompeurs, la bureaucratie stalinienne renforce l'union sacrée dans tous les pays capitalistes et empêche le murissement de la crise révolutionnaire seule capable de sauver les conquêtes d'Octobre. La bureaucratie constitue donc un puissant obstacle à la révolution prolétarienne et donc à une défense efficace de l'URSS.
IV. La défense de l'URSS et la lutte contre la bureaucratie[modifier le wikicode]
La Quatrième Internationale est à la première place pour la défense de l'URSS contre l'impérialisme. Sa politique doit être déterminée par le double aspect de la défense de l'URSS. C'est une politique du front unique contre l'agression hitlérienne. Mais, pour autant, le front uni ne signifie pas une capitulation devant la bureaucratie stalinienne. Tout comme la nécessité du front uni en Allemagne ne signifiait pas l’entrée des communistes dans la social-démocratie, et le front uni contre Kornilov ne signifiait pas l’abdication devant Kerensky. Au contraire, le front unique en URSS implique une lutte contre et une critique implacable de la bureaucratie. Ce front unique vise à amener les masses à une politique révolutionnaire, la seule capable de vaincre l'hitlérisme.
Ce front unique a avant tout besoin de la lutte pour une véritable démocratie prolétarienne, pour le droit de la IVe Internationale à défendre son point de vue devant les masses. La propagande de la IVème Internationale doit être menée avec les slogans suivants :
1) Démocratie soviétique à l'arrière et à l'avant du front.
2) À bas les privilèges bureaucratiques. Des mêmes dangers à l'avant doivent découler les mêmes conditions de vie à l'arrière.
3) Déposez les généraux incapables. Remplacez-les par des officiers issus du prolétariat.
4) Pour une propagande révolutionnaire sur le front. Non à l'anéantissement de tous les Allemands, mais oui à une propagande hardie pour amener les travailleurs allemands et ceux du monde entier à la nécessité de collaborer avec nous pour la destruction du capitalisme.
5) Contre la capitulation devant le capitalisme anglo-saxon.
Mais la bureaucratie sera-t-elle aussi folle pour accepter une telle politique de front uni ? Vu le rapport des forces, Kérenski non plus n'était pas ravi de son alliance avec les bolcheviks. Plus les masses se sépareront de la bureaucratie, plus la nécessité de compter sur le prolétariat sera une nécessité vitale pour elle, et plus les chances de réaliser un tel front uni se développeront.
Il est clair que la politique de front unique exclut pour le moment une insurrection immédiate contre la bureaucratie, une insurrection qui, dans les conditions actuelles, alors que le stalinisme a encore d'importantes masses de travailleurs sous son contrôle, entraînerait le déclenchement d’une guerre civile qui pourrait favoriser une attaque hitlérienne Nous devons convaincre les masses de la nécessité de remplacer la politique stalinienne par une politique révolutionnaire. C’est dans une situation supérieure, où les masses prolétariennes auront été gagnées par notre politique, ou lorsque la situation deviendra telle que l’élimination de la bureaucratie deviendra une condition sine qua non de la poursuite de la lutte contre l’impérialisme, que deviendra une nécessité pratique la résolution du problème du remplacement du gouvernement stalinien par le gouvernement prolétarien.
La Quatrième Internationale se bat pour une guerre à outrance de l'Union soviétique contre l'impérialisme et s'oppose fermement à toute tentative de la bureaucratie de "préserver" ses privilèges dans une partie de la Russie en sacrifiant les travailleurs et les paysans d’autres régions occupées par un pays impérialiste dans le cadre d’un "armistice" ou d’une "paix" avec un régime de voleurs capitalistes.
En Allemagne et dans les pays occupés, la lutte pour la défense de l'URSS est étroitement liée à la lutte pour la révolution prolétarienne.
En Allemagne la Quatrième Internationale appelle les masses à saboter la machine de guerre par tous les moyens. Dans les pays occupés, elle limite le sabotage à la production en usine, s’exprimant résolument contre le terrorisme individuel. Un front unique pour la défense de l'URSS sur la base de la lutte de classe et de la rupture avec l'impérialisme anglo-saxon doit être proposé à toutes les factions de la classe ouvrière.
V. En Europe sous la botte nazie[modifier le wikicode]
La victoire éclair d'Hitler sur le front occidental, résultat de la supériorité de l'impérialisme allemand et de la peur de la révolution prolétarienne de la part de la bourgeoisie française, place l'Europe dans son ensemble sous le poids des bottes nazies.
Au lieu d'une dispersion de ses ennemis, la classe ouvrière s'est retrouvée face à un pouvoir hautement organisé, doté de moyens de répression extrêmement puissants. La place de nombreuses armées est prise par une armée nationale qui assure les fonctions de police dans les pays occupés. L'oppression capitaliste prend la forme d'une oppression nationale qui obscurcit la conscience de classe du prolétariat des pays occupés et des pays victorieux.
Le nationalisme des masses dans les pays occupés a créé un grand fossé entre elles et l'armée allemande et rendu plus difficile la fraternisation des soldats et des travailleurs dans ces pays, seule base pour une révolution victorieuse. Les victoires éclair de l'armée hitlérienne ont créé le mythe de son invincibilité et ont compliquent la lutte révolutionnaire en Allemagne. En résumé, la victoire de Hitler a eu lieu après des défaites répétées des travailleurs dans toute l'Europe, qui ont créé un état de démoralisation et de passivité parmi les masses. Ce sont ces conditions qui expliquent la relative faiblesse de la résistance des masses laborieuses et le manque de force de leur avant-garde après deux ans et demi de guerre.
Les facteurs défavorables à la lutte révolutionnaire sont constitués de facteurs antagonistes mais qui ne peuvent pas encore faire sentir tous leurs effets. La situation économique et financière devient catastrophique, les souffrances des masses ne cessent d’augmenter. L'unification de l'Europe par Hitler crée la base d’une lutte commune du prolétariat européen contre le capitalisme. La guerre est menée, avant tout, contre l'État ouvrier, ce qui a pour conséquence de priver la dictature fasciste de la plupart de ses prétextes pour la guerre. La résistance héroïque de l'armée rouge a détruit le mythe de l'invincibilité de l'armée hitlérienne et prolonge toujours plus une guerre qui devait être une guerre éclair. Dans l'Allemagne hitlérienne aujourd'hui les masses sont aujourd'hui beaucoup plus à même d’encaisser les rigueurs d’une défaite qu'en 1918 dans l'Allemagne "démocratique". L'expérience des révolutions russe et allemande y avait incontestablement joué un grand rôle dans la montée révolutionnaire. Il faut souligner que la propagande stalinienne doit aujourd’hui être considérée comme l'un des facteurs importants du retard de l'explosion révolutionnaire en Europe. Dans les pays occupés elle renforce le chauvinisme et l'union sacrée.
Jusqu'à présent, les facteurs NÉGATIFS dominaient de plus en plus la situation en Europe. Le prolétariat et l'armée allemande constituent la force DÉCISIVE en Europe. Pendant longtemps, la lutte des classes ne pourra pas ébranler l’Allemagne sans une désagrégation du front allemand. Dans tous les pays occupés une révolution n’aura que peu de chance de déboucher sur un succès. Cette révolution aura, selon toute probabilité, l’apparence d’un mouvement national et aura donc d’autant moins de chance de gagner la neutralité de l’armée allemande. Au contraire, toute agitation révolutionnaire en Allemagne sera le signe déclencheur de la révolution en Europe. Cependant, dans tous les pays occupés, les luttes de la classe ouvrière peuvent avoir un effet extrêmement important sur la radicalisation de l'armée allemande. Alors qu'une révolte nationale aurait pour effet de pousser les soldats allemands dans les bras de Hitler, une vague de grèves ouvrières dans les pays occupés peut bouleverser sérieusement la situation en Allemagne.
Ces considérations rapides montrent clairement que les tactiques de la IVe Internationale ne peuvent être les mêmes en Allemagne que dans le reste de l'Europe.
EN ALLEMAGNE : la prise du pouvoir par le prolétariat doit être posée comme une tâche immédiate. La formulation des revendications partielles seront directement transitoires.
Elles visent à opérer la transition vers la prise de pouvoir immédiate par le prolétariat. PAIX IMMÉDIATE, POUVOIR DES SOVIETS, SOCIALISATION DES MOYENS DE PRODUCTION, ces slogans doivent constituer l’axe de toute propagande révolutionnaire.
DANS LES PAYS OCCUPÉS : LA PRINCIPALE TÂCHE DE L’AVANT-GARDE OUVRIÈRE DANS LA SITUATION ACTUELLE EST DE DIRIGER LE COMBAT DÉFENSIF DES MASSES, d'organiser le prolétariat afin de préparer les combats décisifs ultérieurs. La Quatrième Internationale a le devoir de stimuler l'esprit de résistance et de combat de la classe ouvrière, de pousser à l'organisation, d'élargir les luttes de protestation, en expliquant que seule la révolution prolétarienne peut mettre fin aux souffrances engendrées par le capitalisme.
Elle doit combattre le chauvinisme avec la dernière énergie, en essayant d'exploiter les difficultés créées à l'impérialisme par le mouvement national et en reliant la solution de la question nationale à la révolution prolétarienne (les États-Unis socialistes d'Europe).
La tactique "défensive" sera remplacée par une tactique "transitoire" selon l'ampleur prise par la lutte de protestation des masses dans les pays occupés et le développement de la fermentation de l'armée et des masses allemandes.
VI. La situation en Allemagne[modifier le wikicode]
C'est l'idée de vengeance qui a porté Hitler au pouvoir. C'est la peur d'un nouveau Versailles, ressentie par de larges masses du peuple allemand, qui reste son meilleur soutien.
Le peuple allemand, au début de cette guerre, n'a pas affiché l’enthousiasme fébrile des jours d'août 1914. Des victoires éclatantes lui ont donné l'espoir d'une fin rapide de la guerre. L’amélioration de la situation due au pillage des pays conquis va modérer quelque temps l’acuité des tensions économiques et sociales.
La guerre de Hitler, incapable de marquer des points décisifs contre l'Angleterre, fut contrainte d'attaquer l'URSS, montrant toute la fragilité des espoirs qui nourrissaient de vastes secteurs de la population de la possibilité d'une "libération" de l'Allemagne après une guerre de courte durée faisant couler peu de sang. Toute la puissance démagogique du nazisme est incapable de persuader le peuple allemand de la nécessité de mener cette guerre contre l'Union soviétique. Les premiers coups portés à l'armée allemande, l'impréparation à l'hiver du haut commandement allemand, les millions de morts et de blessés, tout cela a contribué à saper rapidement la gloire acquise par Hitler sur le front occidental. La pénurie d'articles de consommation, les difficultés de communication, le manque de matières premières, les bombardements anglais, l'entrée des États-Unis dans la guerre, ont fait que les masses allemandes perdaient de plus en plus confiance en la victoire. La base sociale sur laquelle Hitler s'appuie s’est constamment amenuisée. Il s'agissait des milieux de l'industrie lourde et d'une bureaucratie très nombreuse dont les ressources ont été augmentées grâce à de multiples emplois ouverts en territoires occupés. Le reste de la population, les prolétaires dont le salaire continue de baisser, une petite bourgeoisie ruinée par une politique en faveur des cartels, les paysans opprimés par de multiples réglementations, aspirent tous à mettre fin à la guerre et à l'Hitlérisme. Des millions de femmes privées de leurs enfants et de leurs maris constituent un facteur éminemment explosif. La Wehrmacht est de plus en plus sujette à la démoralisation. Différentes cliques de la classe dirigeante s’opposent face aux difficultés croissantes de la situation.
PROJET DE PROGRAMME POUR L'ALLEMAGNE[modifier le wikicode]
La IVème Internationale se bat pour une république soviétique d'Allemagne, où la propriété privée des moyens de production sera supprimée, où la police et l'armée permanente seront complètement bannies et remplacées par l'armement général du prolétariat sous la forme d'une milice ouvrière, où toutes les fonctions devront être non seulement électives, mais révocables à tout moment par la volonté de la majorité des électeurs, le traitement de tous les fonctionnaires sans exception ne devant pas dépasser le salaire moyen d’un ouvrier, et le pouvoir législatif et exécutif devant être exercé par les soviets ouvriers.
La constitution de la République d'Allemagne doit garantir :
1) Socialisation des moyens de production : toutes les grandes entreprises industrielles, bancaires, agricoles et commerciales seront immédiatement socialisées et placées sous la direction des soviets.
2) Démocratie ouvrière : l'intégrité du pouvoir doit appartenir à l'État et aux représentants du prolétariat, élus par le prolétariat, révocables à tout moment et formant l'Assemblée des Soviets.
3) Grande autonomie locale : Autonomie des régions caractérisée par leurs propres coutumes et par une composition particulière de la population. Suppression de toutes les autorités locales et régionales désignées par l'État.
4) Inviolabilité de la personne et de l'adresse des travailleurs.
5) Liberté illimitée de conscience, de parole, de presse, de réunion et d'association pour les travailleurs.
6) Pleine égalité de tous les citoyens, sans distinction de sexe, de religion, de race ou de nationalité.
7) Élection par le prolétariat des juges, fonctionnaires et chefs militaires. Révocabilité de tous les élus en tout temps, à la volonté de la majorité des électeurs.
La IVe Internationale demande, dans l'intérêt de la protection de la classe ouvrière :[modifier le wikicode]
1) Limitation de la journée de travail à 6 heures. Journée de travail de 4 heures dans les industries malsaines.
2) Interdiction totale des heures de travail supplémentaires ainsi que du travail de nuit dans toutes les branches de l'économie, à l'exception de celles dans lesquelles le travail est absolument nécessaire pour des raisons techniques, à condition que ce travail de nuit ne doive pas dépasser 4 heures.
3) Interdiction d'utiliser le travail des enfants jusqu'à l'âge de 18 ans, limitation de la journée de travail des jeunes (de 18 à 20 ans) à 4 heures, interdiction du travail de nuit dans les mines ou dans les industries malsaines.
4) Vacances payées d’au moins un mois par an pour tous les travailleurs. Création de toutes les conditions permettant aux travailleurs d’en bénéficier.
5) Interdiction du travail des femmes dans les industries dans lesquelles le travail est malsain pour le corps de la femme. Interdiction du travail de nuit des femmes. Congés payés de 8 semaines avant et 8 semaines après l'accouchement. Traitement médical et médicaments gratuits.
6) Législation sanitaire visant à améliorer les conditions d'hygiène du travail.
7) Solution de la question du logement et abolition de la propriété foncière privée. Construction d'hébergements hygiéniques à un bas prix. Nouvelle distribution des logements existants.
8) Pensions de retraite égales aux salaires pour les travailleurs à l’âge de 50 ans, à 45 ans pour les mineurs et les travailleurs des industries malsaines.
SUR LE PLAN EXTÉRIEUR (projet pour l'Allemagne)[modifier le wikicode]
1) Conclusion d'une paix immédiate avec l'Union soviétique sur la base du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (autodétermination).
Proposition de paix avec l'Angleterre et les États-Unis et leur prolétariat, fondée sur le droit à l'autodétermination nationale.
Publication et dénonciation de tous les traités scélérats avec les « pays de l’Axe » et abolition de la diplomatie secrète.
Aide au prolétariat de tous les pays européens afin d'établir partout des républiques soviétiques. Organisation de corps d’armée rouges nécessaires à la défense du continent européen contre une éventuelle invasion anglo-américaine.
Accords avec les différentes républiques soviétiques européennes pour assurer conjointement cette défense. Établissement des États-Unis soviétiques d’Europe.
Soutien actif aux peuples coloniaux en révolte contre l'impérialisme anglo-saxon. L'effondrement de l'Empire britannique est la condition d'un approvisionnement suffisant en Europe et du rétablissement du niveau de vie des masses.
2) Accord économique et politique avec l'URSS.
Slogans transitoires[modifier le wikicode]
Désormais, la IVème Internationale devra toujours déployer son programme devant les ouvriers et soldats allemands. Seul ce programme peut montrer le mensonge de l’alternative : Hitler ou Versailles. Il faut démontrer que le soutien à Hitler signifie de manière certaine, par la défaite de l'Allemagne, un second Versailles. L'Allemagne ne peut échapper à un nouveau Versailles que par la révolution socialiste.
Cependant, cela ne signifie pas l'exclusion de certains slogans transitoires tels que :
1) Droits démocratiques : liberté d'expression, de presse et de réunion, de grève, etc.
2) Comités ouvriers et soldats.
3) À bas la dictature des nazis.
Il est clair que l'élaboration de ces slogans transitoires doit être laissée à la section allemande à l'écoute des masses.
De la même manière sera avancé un programme de revendications pour les paysans et la petite bourgeoisie.
VII. La situation dans les pays occupés[modifier le wikicode]
LA SITUATION ÉCONOMIQUE[modifier le wikicode]
Le blocus rigoureux de l'Europe, le coût du pillage par la Wehrmacht de produits indispensables à l'impérialisme allemand, ont entraîné un déclin catastrophique du niveau d'existence de masses populaires nombreuses. Le coût de la vie dû à la pénurie de produits, accompagné d'une émission croissante de papier-monnaie, génère une réelle inflation. Malgré toutes les dispositions prises, le marché noir, dans lequel passe une partie importante des produits, reflète cette situation économique. Le système de contrôle des prix et de rationnement n’est rien de plus qu’un système artificiel conçu pour permettre une stabilisation apparente des salaires nominaux, ce qui équivaut à une baisse catastrophique des salaires réels. Le rationnement constitue donc un système de famine organisé contre la classe ouvrière.
La tendance à la hausse inflationniste place les pays occupés devant la menace d'une formidable catastrophe économique. La pénurie de matières premières bloque l’approvisionnement en la plupart des articles de consommation courante. Par contre, les industries travaillant pour la guerre sont dans un état florissant. Il se produit un mouvement important de la main-d'œuvre industrielle vers l'industrie locale qui œuvrant pour la guerre et vers l'industrie de guerre en Allemagne.
LA SITUATION SOCIALE[modifier le wikicode]
La grande bourgeoisie[modifier le wikicode]
La grande majorité de la grande bourgeoisie bénéficie, au moins dans l’immédiat, de la situation créée par l'occupation allemande, l'industrie lourde étant surchargée de commandes pour l'armée allemande. L'exploitation féroce de la classe ouvrière augmente sans cesse les profits perçus.
La prospérité de l'industrie légère n’est qu’apparente. Là surtout, les stocks se négocient à des prix d’usure à l’origine d’importants profits capitalistes. La pénurie de matières premières due aux diverses réglementations réduit constamment les bénéfices. Mais la bourgeoisie échappe en grande partie à cela à travers le marché noir.
La petite bourgeoisie[modifier le wikicode]
La grande masse de la petite bourgeoisie commerciale et artisanale est ruinée par la situation actuelle.
Le poids de la lutte contre le "marché noir" est dirigé contre elle. La pénurie de marchandises, la baisse catastrophique du pouvoir d'achat des masses travailleuses, la placent devant la menace d’une ruine totale. Les petits rentiers sont ruinés par la hausse du coût de la vie.
Une partie de la petite bourgeoisie vivant du marché noir participe au festin bourgeois. Composée de "nouveaux riches", elle draine une partie de la fortune nationale qui était jusque-là principalement entre les mains de rentiers, de petits artisans, de petits commerçants et d'ouvriers.
Les paysans[modifier le wikicode]
Grâce à leur position de monopole, la plupart des paysans propriétaires de leur exploitation s’enrichissent.
Mais la situation actuelle profite principalement aux gros agriculteurs. Les agriculteurs moyens et petits sont écrasés par le poids des réglementations, des réquisitions et des taxes. Les ouvriers agricoles et les paysans les plus pauvres se retrouvent dans une grande misère et se retournent contre les nouveaux riches à la campagne.
Le prolétariat[modifier le wikicode]
C'est le prolétariat qui supporte naturellement le poids de la guerre. La seule catégorie de la classe ouvrière qui soit relativement favorisée est celle qui travaille pour la machine de guerre allemande.
En résumé, la situation économique et sociale dans les pays occupés se caractérise par une différenciation sociale rapide. D'un côté, l'immense majorité de la population est précipitée vers la misère, de l'autre côté, une minorité bourgeoise et les spéculateurs s'enrichissent continuellement. Les antagonismes de classe entre la ville et la campagne se développent rapidement.
Le mécontentement des masses et leur conscience de classe s’approfondissent constamment. Les couches politiquement les plus retardataires de la population se rebellent contre la situation actuelle. Les femmes citadines, qui supportent le poids de la misère, se radicalisent rapidement.
LA SITUATION POLITIQUE[modifier le wikicode]
La situation politique est principalement déterminée par le fait de l'occupation militaire. L'occupation dirige le mécontentement des masses sur la voie d'un nationalisme violent qui élargit le fossé entre les travailleurs allemands en armes et les masses affamées.
Le fait positif de l'antifascisme des masses qui rend impossible l'instauration d'un ordre nouveau et qui affaiblit la terreur de la Gestapo se combine à un chauvinisme anti-allemand qui compromet son efficacité révolutionnaire.
Mais le fossé, qui existait objectivement au début de l’occupation, entre l’armée allemande victorieuse et bien nourrie et les masses opprimées, tend lentement à se résorber. L'aggravation continue de la situation en Allemagne et les échecs sur le front russe permettent la fraternisation des masses opprimées des pays occupés et de la Wehrmacht. La déception des masses, attendant du côté anglais une libération rapide, contribue au même résultat.
Dans ce processus très important pour le succès d'une révolution prolétarienne en Europe, les millions de travailleurs étrangers travaillant en Allemagne doivent jouer un rôle considérable. Ils constituent un lien solide entre les masses opprimées des pays occupés et celles d’Allemagne.
L'inégalité des rythmes de radicalisation des masses allemandes et de celles des pays occupés et leur nationalisme constituent un puissant obstacle à la révolution prolétarienne. Cela fait longtemps que le front intérieur en Allemagne est en sommeil et une lutte directe pour la prise du pouvoir dans les pays occupés a peu de chance de réussir. D'autre part, une sérieuse amélioration de la situation du prolétariat des pays occupés est inconcevable sans la destruction du capitalisme et la fin de la guerre.
Est-ce que cela signifie qu’il faudrait conseiller aux travailleurs l'attente et la résignation ? Une telle conception ne peut être défendue que par des fatalistes, qui font une caricature de la nécessité d'évaluer à chaque situation le rapport des forces et ne comprennent pas l'interdépendance des facteurs objectifs et subjectifs.
1. Il est nécessaire d'organiser la lutte du prolétariat parce que ce n’est que dans la lutte contre l'exploitation capitaliste que la classe ouvrière prendra conscience de son rôle et de sa force et comprendra la nécessité de forger les instruments de son l'émancipation : le parti et les soviets. Une armée confrontée à des conditions défavorables, n'abandonne pas la lutte contre son terrible ennemi. Elle refuse naturellement de s’engager dans une bataille décisive dans des conditions peu propices au succès, une bataille qui pourrait conduire à sa destruction. Mais ce n'est que dans la lutte contre l'exploitation croissante du capital que le prolétariat peut conquérir l'esprit combatif qui lui permettra de passer à l'offensive dans des conditions plus favorables. Prêcher l'inertie, c'est prêcher la capitulation et la capitulation sans combat est beaucoup plus grave qu'une défaite dans la lutte.
2. Les succès partiels dans une lutte défensive sont possibles. Le capitalisme allemand doit compter sur une partie importante de la classe ouvrière dont le travail est indispensable à la continuation de la guerre. Une grève générale des mineurs, et donc la menace d’une privation de charbon, forcera les capitalistes à améliorer la situation de ceux-ci. L’expérience belge montre que la seule augmentation de salaire obtenue l’a été en résultat de la grève de Liège.
L'impérialisme allemand craint les mouvements sociaux susceptibles de compromettre la cohésion de son armée.
3. S'il est exact que la révolution européenne dépend aujourd'hui en grande partie de l'attitude des travailleurs, s'il est certain que le mouvement nationaliste et terroriste dans les pays occupés renforce l’hitlérisme, le mouvement prolétarien dans les pays occupés aura au contraire une influence dissolvante sur la Wehrmacht. L'ouvrier allemand ne pourra que sympathiser avec les ouvriers opprimés luttant contre la bourgeoisie et l'impérialisme.
La lutte de la classe ouvrière, même dans sa phase offensive, se déroulera sur la base d'un programme de revendications immédiates. Les slogans, les exigences immédiates, importantes dans la phase actuelle de la lutte, ne perdront pas leur valeur puisque les conditions mettront à l'ordre du jour la prise du pouvoir par le prolétariat. Les revendications immédiates seront transformées en revendications transitoires.
REVENDICATIONS IMMÉDIATES[modifier le wikicode]
I) DOUBLE RATION POUR TOUS LES TRAVAILLEURS.
Les capitalistes se fournissent en abondance sur les marchandises du marché noir et la pénurie de produits sur le marché officiel provoque la famine dans la majorité de la population. Il est nécessaire de lutter contre la fausse égalité de rationnement qui traite de la même manière les capitalistes vivant dans l’abondance et les travailleurs qui manquent des nécessités de base.
2) CONTRÔLE DE L'OFFRE PAR LES TRAVAILLEURS.
La faillite du système de rationnement et de la lutte contre le marché noir sont apparus depuis longtemps aux yeux de tous. Les travailleurs doivent être appelés à prendre en mains le contrôle, à confisquer les biens des riches, etc.
3) ÉCHELLE MOBILE DES SALAIRES ET DES PENSIONS
La hausse du coût de la vie fait de ce slogan l’axe d’une agitation de masse.
ORGANISATION
L'organisation de la classe ouvrière constitue l'un des objectifs les plus importants de la campagne d'agitation. La carence des syndicats fascistes ouvre la voie à une propagande autour de la formation de comités d'usine en tant qu'organes de combat. La faiblesse du système de rationnement rend nécessaire la formation de comités d'approvisionnement (femmes au foyer). Une lutte sans relâche doit être menée contre les syndicats fascistes en y envoyant des militants pour la propagande interne.
PROPAGANDE EXPLICATIVE[modifier le wikicode]
Outre les revendications immédiates, il faut exposer tous les événements pour expliquer aux masses le sens de la guerre impérialiste, les responsabilités de tous les capitalismes, l'impossibilité d'améliorer sérieusement les conditions d'existence des masses sans la révolution prolétarienne. Il est nécessaire d'éditer des brochures et de petits journaux populaires consacrés à cet effort.
REVENDICATIONS IMMÉDIATES POUR LA PETITE BOURGEOISIE[modifier le wikicode]
Distribution équitable des produits et des matières premières des petits commerçants et des petits industriels. Contre les faveurs accordées aux grandes entreprises, organisation de ceci en commun avec les comités de travailleurs.
À bas le contrôle par des fonctionnaires corrompus. Augmentation des prix officiels afin de permettre aux commerçants de disposer d'une marge bénéficiaire supportable.
La situation actuelle, où les prix officiels sont extrêmement bas, entraîne du fait de l’augmentation constante des matières premières, la vente d’une part croissante des produits sur le marché noir. Le blocage des salaires des travailleurs leur interdit de s'approvisionner sur le marché noir et ils ne trouvent rien sur le marché officiel. Une augmentation des prix officiels combinée à une échelle mobile des salaires permettrait aux petits marchands et artisans de pouvoir renoncer au marché noir, aux travailleurs de recevoir une part plus importante de la marchandise. Contrôle des commerçants et des paysans par les comités de consommateurs.
LIBÉRATION IMMÉDIATE ET PROGRAMME TRANSITOIRE[modifier le wikicode]
La situation actuelle doit être caractérisée comme une situation de défense et de réorganisation des forces de la classe ouvrière.
Le réveil du prolétariat allemand et l’amplification des luttes dans les pays occupés mettent à l’ordre du jour le passage de la défensive à l’offensive. Aux revendications immédiates de la période défensive seront jointes des revendications transitoires.
Ces demandes seront en général les mêmes que celles exposées dans le programme pour l’Allemagne.
REVENDICATIONS TRANSITOIRES[modifier le wikicode]
Il est extrêmement important de les lier à la situation particulière créée par la guerre. De cette manière :
1) (Pour lutter contre la spéculation capitaliste qui engendre le coût élevé de la vie et la pénurie de produits) SOCIALISATION DES GRANDES BANQUES, DES SOCIÉTÉS INDUSTRIELLES, AGRICOLES ET COMMERCIALES.
Les petites et moyennes entreprises seront placées sous le contrôle de comités de travailleurs.
Établissement d'un impôt progressif sur le revenu et sur l'héritage.
2) Mettre fin à l'exploitation honteuse des masses populaires, au marché noir, par la création dans chaque centre important de COMITÉS DU PEUPLE TRAVAILLEUR, chargés de prendre en main l'organisation d'un approvisionnement équitable, de réquisitionner les biens des riches, etc.
3) Pour lutter contre la spéculation au bénéfice de la ville, formation de COMITÉS DE PAYSANS PAUVRES ET DE JOURNALIERS qui collaboreront avec les COMITÉS des villes pour assurer l'approvisionnement de la population. Lutte contre les paysans riches.
4) Remplacement de la police et de la gendarmerie au service du capitalisme par une milice ouvrière.
5) Remplacement des fonctionnaires corrompus par des agents révocables à tout moment, selon la volonté de la majorité des électeurs.
6) Gouvernement ouvrier. L’intégralité du pouvoir doit appartenir à l’État des représentants du prolétariat, élus par le prolétariat, révocables à tout moment et organisés en Assemblée des Soviets.
Démocratie ouvrière, liberté illimitée de conscience, de parole, de presse, de réunion et d’association pour tous les travailleurs.
Désormais, tout en poussant les travailleurs à se battre pour les revendications immédiates, la IVème Internationale doit expliquer aux travailleurs la nécessité, pour sortir de la situation actuelle, d'appliquer le programme de transition au socialisme, la nécessité pour la classe ouvrière de prendre le pouvoir.
VIII. La question nationale dans les pays occupés.[modifier le wikicode]
Pour un observateur superficiel, les différentes classes des pays occupés semblent unies sous la même colère contre l'étranger. En réalité, le nationalisme dissimule les intérêts contradictoires des différentes classes.
1. Le nationalisme de la grande bourgeoisie[modifier le wikicode]
1) La victoire de l'Allemagne subordonne les intérêts de la grande bourgeoisie des pays occupés aux intérêts de la bourgeoisie allemande. Une menace pèse sur les possessions coloniales. Mais la victoire des Anglo-Saxons n'est pas une garantie du retour des colonies aux bourgeoisies défaites. La grande bourgeoisie s'efforce alors de prendre des assurances des deux côtés. Des "collaborateurs" tels que les anglophiles sont nécessaires à la résolution de ce problème. Les sentiments de la grande bourgeoisie vis-à-vis de chacun des camps impérialistes changent avec les changements dans les rapports de forces.
2) La grande bourgeoisie attend l'heure de la libération en se nourrissant de grosses miettes tombées de la table d’Hitler. C'est surtout l'industrie lourde qui profite de la situation actuelle, sur le terrain de ses intérêts immédiats. Les problèmes des matières premières, des taxes, etc. sont causes de frictions entre la bourgeoisie des pays occupés et l'impérialisme allemand.
3) Tant que les troupes anglo-saxonnes ne débarquent pas, Hitler reste le policier de l'Europe. Tout mouvement populaire, même sous la forme d'une révolte nationale, deviendrait dangereux pour la bourgeoisie.
En bref, le "nationalisme" de la grande bourgeoisie est très conditionnel. C'est avant tout une spéculation sur les chances de victoire de l'impérialisme anglo-saxon. La grande bourgeoisie soutient le mouvement national dans les pays occupés en tant qu'instrument de l'impérialisme anglo-saxon. Mais elle sera la première à s'opposer à une révolte contre l'impérialisme allemand pouvant devenir une révolution prolétarienne.
Par ailleurs, le "nationalisme" cache sa collaboration avec l'impérialisme allemand, le fait qu'ensemble, ils font mourir de faim et pillent la population active. La grande bourgeoisie essaie de détourner la haine sociale des larges masses du peuple contre les "Boches".
2. Le nationalisme de la petite bourgeoisie[modifier le wikicode]
C'est la grande masse des petits bourgeois, opprimés de diverses manières par l'impérialisme étranger, qui constitue l'armée du nationalisme. L'impérialisme allemand opprime les professions libérales, les enseignants, les avocats, etc. Il les prive de leur influence sur l'État, opprime leurs idéaux les chers, etc.
L'impérialisme ruine la masse des petits commerçants, petits industriels, artisans, par des règlements draconiens, par une politique qui favorise les grandes entreprises et les intérêts du capitalisme allemand. Il est vrai que la question sociale est étroitement liée au problème national. Sous un gouvernement national, dans des conditions similaires, la situation de la petite bourgeoisie ne serait pas sensiblement différente. Il suffit de considérer l'exemple de l'Allemagne. Mais précisément en Allemagne, la petite bourgeoisie, ruinée par le gouvernement hitlérien, reçoit une grande compensation par l'occupation de nombreux territoires et de nouveaux emplois. D'autre part, le gouvernement hitlérien doit tenir compte dans une certaine mesure de la petite bourgeoisie, qui reste un support appréciable pour son régime.
Dans les pays occupés, même ces facteurs ne stoppent pas la course vers la ruine des classes moyennes citadines. La paysannerie est également en butte à une série de mesures vexatoires.
Mais la classe moyenne n'est pas en mesure de comprendre que sa condition est davantage à attribuer au déclin du capitalisme. En tant que facteur économique et social indépendant, elle ne se considère d’ordinaire pas comme en concurrence avec pouvoir public. Mais ce pouvoir public étranger lui est beaucoup plus dommageable que l'État national.
Cette façon de considérer les problèmes apparaît le plus clairement parmi les couches supérieures et intellectuelles véritablement sacrifiées aux intérêts de l'impérialisme allemand.
Les couches inférieures, qui vivent près des masses laborieuses, perçoivent très facilement l’aspect social de la situation. Leur haine contre les riches et les spéculateurs repus va de pair avec la phobie des Allemands, l'action de la classe prolétarienne a toutes leurs sympathies.
3. Le "nationalisme du prolétariat"[modifier le wikicode]
En tant que classe le prolétariat n'a aucun intérêt national. Il ne souffre pas de l'oppression nationale mais de l'oppression capitaliste. Le travailleur allemand souffre du "même mal" que le travailleur français ou belge.
Les différences existantes entre les conditions de vie des travailleurs des différents pays ne peuvent servir de base à une divergence des intérêts nationaux entre eux.
Mais l'aggravation de la situation des travailleurs sous l'occupation allemande amène une partie importante du prolétariat à voir dans l'impérialisme allemand son seul ennemi et à l'entraîner dans le sillage du nationalisme petit-bourgeois. Ce "nationalisme ouvrier" n'est rien d'autre que le reflet déformé de la révolte croissante des masses laborieuses contre à l'oppression capitaliste.
Se plaçant à la remorque de la petite bourgeoisie, cette partie de la classe ouvrière retarde son émancipation qui n'est possible que par l'action internationale du prolétariat et principalement en collaboration avec les travailleurs allemands sous l’uniforme gris.
POSITION DE LA IVe INTERNATIONALE SUR LE NATIONALISME[modifier le wikicode]
La IVème Internationale doit combattre de toutes ses forces le nationalisme de la grande et de la petite bourgeoisie qui constitue objectivement un simple instrument aux mains de l'impérialisme anglo-saxon. L'union ou un front uni avec le mouvement national bourgeois signifierait enchaîner la classe ouvrière au champ de l'impérialisme anglo-saxon et renforcer le nationalisme allemand.
Cependant, au cours de la lutte, la IVème Internationale peut conclure des accords concrets avec des organisations nationalistes. Par exemple, les travailleurs sabotant la machine de guerre impérialiste peuvent conclure des accords pratiques avec des organisations nationalistes poursuivant des objectifs similaires.
La IVème Internationale lutte idéologiquement contre le nationalisme des masses populaires et ouvrières. Le nationalisme exprime de manière déformée la révolte des masses contre la guerre et l'oppression capitaliste. En luttant contre ce nationalisme nuisible car entraînant les masses dans le champ de l'impérialisme anglo-saxon, la IVe Internationale doit en rechercher le contenu progressif et anticapitaliste. Au travailleur qui se révolte contre l'oppression allemande, il faut montrer que le coupable n'est pas le travailleur allemand, mais le capitalisme de tous les pays.
La Quatrième Internationale doit soutenir tous les mouvements de résistance contre l'impérialisme allemand, participer à des actions de sabotage, etc., mais à chaque fois avec ses propres drapeaux et slogans socialistes.
Il n’est pas juste de s'abstenir de participer aux manifestations de masse contre l'impérialisme allemand, sous prétexte que ces manifestations sont au service de l'impérialisme anglais. Mais il faut chaque fois démontrer que l'impérialisme anglais n'est pas "meilleur" que l'impérialisme allemand, que la vraie lutte contre l'impérialisme allemand doit s'accompagner d'une lutte contre tout impérialisme.
La Quatrième Internationale doit défendre le slogan du droit à l'autodétermination, mais elle doit également montrer que ce droit n'est réalisable que par l'instauration des États-Unis Soviétiques d'Europe. La satisfaction des revendications nationales implique donc la révolution prolétarienne et cette révolution ne sera possible qu'avec la collaboration avec la classe ouvrière allemande. Le chauvinisme est donc l'obstacle le plus puissant à la réalisation des désirs nationaux. La IVe Internationale lance le slogan des républiques soviétiques.
Ces principes constituent la base de la tactique de la IVème Internationale dans la question nationale. Soutenir simplement le mouvement national signifie se mettre à la traîne de la bourgeoisie et de l'impérialisme. Déserter ce terrain sous prétexte d’éviter les dangers qu’impliquent une telle tactique, signifie s’isoler des masses.
Dans les conditions actuelles, où les masses s’attendent une victoire proche de l'impérialisme anglo-saxon, seuls les éléments les plus conscients peuvent s’approcher de nous. Mais l'aggravation continue des conditions d'existence de la population, la déception qui suivra les "victoires" britanniques, l'effondrement du front intérieur et la démoralisation continue de l'armée allemande montreront aux masses qu'il n'y a pas d'autre solution que la révolution prolétarienne.
Dans le cas probable d'une victoire rapide de l'impérialisme anglo-saxon, les masses apprendront de leur propre expérience que cette victoire ne peut résoudre aucun problème fondamental.
LA IVème INTERNATIONALE ET SES PARTIS[modifier le wikicode]
1) Le parti ouvrier international et ses groupements nationaux représentent les travailleurs conscients de leur intérêt de classe. C’est l’ÉTAT-MAJOR de l’armée prolétarienne, qui élabore la tactique et la stratégie qui lui permettent d’obtenir la victoire. Dans l’histoire, toute classe a du former son parti, c’est-à-dire la fraction consciente de ses intérêts et œuvrant en fonction de la satisfaction de ses aspirations.
L'internationale est le parti international qui exprime l'unité indestructible des intérêts du prolétariat mondial.
2) La faiblesse de la IIème et de la IIIème Internationale signifie que ces deux organisations n'expriment plus les intérêts du prolétariat, qu'elles ne sont pas ses partis. Constater ce fait équivaut à prendre en compte la nécessité de l'existence d’un parti de la classe ouvrière.
3) Même les plus grandes défaites de la classe ouvrière ne peuvent aboutir à la liquidation de ses partis. L’état-major d'une armée vaincue ne se dissout pas mais se prépare, au contraire, de manière plus intense que jamais, pour une revanche future. Les défaites de la classe ouvrière, les coups portés à son état-major peuvent mettre en péril l'influence d'un parti révolutionnaire, mais ne peuvent pas entraîner la nécessité de sa liquidation.
4) Dire que la création de la IVe Internationale a eu du sens, c'est dire que son programme a été capable de résister à l'épreuve des événements.
5) Tout montre que la crise actuelle de la IVe Internationale n'est pas due à l'insuffisance de son programme. Les bases fondamentales de son programme ont été entièrement confirmées par l'actualité. La crise de la IVème Internationale s'explique par les assauts de la réaction, qui a désarmé pour quelque temps le prolétariat et abattu ses meilleurs militants (cf. Trotsky).
6) En conséquence, l'existence de la IVème Internationale et de ses partis ne peut être mise en cause. Sa faiblesse organisationnelle ne constitue qu'un argument pour la nécessité de la renforcer.
7) De la même façon qu’un état-major militaire ne doit pas être improvisé au moment de la bataille, il est absurde de prétendre que la IVe Internationale sera créée au moment de la montée révolutionnaire. C'est précisément avant la révolution que les instruments de la victoire prolétarienne doivent être préparés.
8) Il est nécessaire d'organiser les cadres de la IVe Internationale en Europe, en créant un appareil centralisé pour porter la propagande dans tous les pays qui se trouvent sous la houlette des nazis. Un particularisme des sections nationales de la IVe Internationale se justifie moins que jamais dans les conditions actuelles.
9) Toutes les sections de la IVe Internationale en Europe prendront le nom de "Parti communiste révolutionnaire".
LES TÂCHES DU SECRÉTARIAT EUROPEEN[modifier le wikicode]
I) Réorganiser une section allemande le plus rapidement possible
II) Rapport des sections suisse, néerlandaise, polonaise et grecque.
III) Reprendre la publication du magazine « IVe Internationale ».
IV) Reprendre des contacts réguliers avec le S.I.
LES ORGANISMES DISSIDENTS[modifier le wikicode]
Le changement de la situation générale en Europe provoqué par la guerre impérialiste et les nouvelles tâches qui se pose à l'avant-garde révolutionnaire, préparent le terrain pour une approche des divers courants qui se reconnaissent dans le programme de la IVème Internationale.
Une conférence sera convoquée, regroupant les sections officielles de la IVe Internationale et des groupes dissidents se situant sur le terrain de la IVème Internationale, tels que le PCI, le RSAP, « Contre le courant », le POUM. Ceci pour faire face à l’une des tâches de l’avant-garde dans la situation actuelle : examiner la possibilité d’un rapprochement.