Les sources de Manouilsky et Cie

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Auteur·e(s) Léon Trotski
Écriture juin 1930

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Manouilsky fait maintenant grand tapage au sujet des tendances "bonapartistes" de Trotsky. La troupe de bohème bon marché de New Masses ou autres publications du même type se sont également emparés du thème. Pour eux, le bonapartisme est une expression de traits de caractère individuels et pas un régime qui découle des rapports de classe, de la politique des virages entre les classes. Où faut-il avoir les yeux pour découvrir le bonapartisme dans l'Opposition maintenant, alors que tous les préparatifs pour le XVI° congrès représentent la répétition générale du bonapartisme sur le plan du parti ?

Mais nous ne voulons pas soulever de questions générales, plutôt apporter quelques faits historiques sur la source d'inspiration spirituelle de Manouilsky et de ses élèves, américains ou autres.

Il est paru en Allemagne en 1923 un livre d'Oskar Blum décrivant les caractéristiques personnelles des dirigeants de la révolution. Ce livre est le premier à avoir découvert en Trotsky les signes d'un "nouveau corse". Avant de parler du livre, il faut dire quelques mots sur l'auteur.

A l'époque de la première révolution, Oskar Blum était considéré comme un social-démocrate et un marxiste, partisan de Plekhanov. Dans les années de réaction, il fut soupçonné d'avoir des relations policières. Arrivé à Vienne, de Riga, il demanda à Trotsky de rétablir sa réputation de révolutionnaire.

Sur la base de ce qu'il disait lui-même, Trotsky en vint à la conclusion qu'on ne pouvait pas tolérer Blum dans les rangs révolutionnaires. Après la révolution de 1917 , on trouva des documents qui prouvaient de façon irréfutable que Blum avait travaillé pour la police à Riga. Blum fut arrêté, puis relâché, par négligence. Il s'enfuit alors à l'étranger et publia son livre sur les dirigeants de la révolution. Le caractère général du livre peut être suffisamment déterminé par le caractère de l'auteur : c'est un libelle ordurier. Un compte-rendu du livre de Blum est paru dans la revue du bureau d'histoire du parti, Proletarskaïa Revolutsia en 1923, quand la campagne des épigones contre Trotsky était déjà largement lancée. Néanmoins, à cette période, les cerveaux du parti et de l'I.C. n'étaient pas encore pleins des tonnes de ragots et de calomnies et en général de toutes sortes d'ordures et les publications officielles utilisaient encore le langage qu'elles avaient utilisé du temps de Lenine. L'auteur de l'article dans Proletarskaïa Revolutsia, ne sachant pas que Blum avait des raisons personnelles suffisantes pour être mécontent de Trotsky, observa avec ahurissement sa méchanceté particulière en ce qui concernait Trotsky.

"L'auteur" - est-il écrit dans le compte rendu - "s'en prend à Trotsky. Il tire tout son bagage des mensonges, calomnies et du charlatanisme le plus impossible. Dans le visage, la barbe, les lèvres, partout, il cherche confirmation de ses propos calomnieux. Avant tout le pouvoir : "il voulait la révolution", écrit le livre "pour ses objectifs personnels. D'autres parlent de la prise du pouvoir parce qu'ils considèrent que le moment historique est mûr pour la passage du pouvoir à la dernière classe. Lui parlait de la prise du pouvoir parce qu'il se considérait comme prêt à s'emparer du pouvoir" (p.83). Dans le bâtiment où "le ministère de Trotsky était installé, prévalaient ordre et propreté exemplaires. Ah ah ! C'est le secret du pouvoir personnel de Trotsky". Dans l'ordre militaire et le style militaire chez Trotsky, on voit - ah ah! - "les signes du nouveau Corse" . Et on voit une réplique de la garde du palais et de la garde du corps - il est vrai, pas en livrée dorée - dans le simple uniforme du Garde Roug e! Le livre se termine par une insinuation transparente: "Le pouvoir matériel est entre ses mains. Et ensuite ?" (Proletarskaïa Revolutsia 23 novembre 1923, p. 247-248).

Prenons maintenant l'article de Manouilsky sur l'autobiographie de Trotsky. Prenez la revue des New Masses et le reste de cette presse qui rampe. En quoi diffèrent-ils d'Oskar Blum ? En rien. Qu'ont-ils ajouté à ces révélations ? Rien. Leurs écrits sont un plagiat direct d'une personne sur la feuille de paie de la police de Riga. N'est-ce pas parce que ces messieurs eux-mêmes ont la psychologie de gens sur une feuille de paie, ce qui est inconciliable avec la psychologie de révolutionnaires.

En tout cas, la source de l'inspiration de Manouilsky est tout à fait évidente. Ce n'est pas cependant l'unique exemple. Il en existe un plus important, qui a déjà, soit dit en passant, été cité par l'Opposition, mais que nous présentons de nouveau parce qu'il constitue une preuve irréfutable. On sait que toute la campagne contre le "trotskysme" a commencé autour de la question de la paysannerie: contrairement à Lenine, Trotsky est censé avoir sous-estimé la paysannerie en général et le paysan moyen en particulier. Les épigones ont oublié la source de cette légende. Elle a pourtant ses racines dans l'agitation des Gardes blancs chez les paysans pendant la guerre civile. Lenine s'empara de la première occasion pour dissiper cette légende. Voici ses propres paroles:

"Izvestia du 2 février a publié une lettre d'un paysan, G. Goulov, qui pose une question sur l'attitude de notre Gouvernement ouvrier et paysan à l'égard de la paysannerie moyenne et parle de rumeurs selon lesquelles Lenine et Trotsky ne sont pas d'accord et selon lesquelles il y a des divergences importantes entre eux sur cette question même du paysan moyen.
Le camarade Trotsky a déjà répondu dans sa "Lettre aux paysans moyens" qui est parue dans Izvestia du 7 février. Dans cette lettre, le camarade Trotsky dit que les rumeurs de divergences entre lui et moi sont le mensonge le plus monstrueux et honteux, répandu par les grands propriétaires et les capitalistes avec leurs complices conscients ou inconscients. Pour ma part, je confirme totalement la déclaration du camarade Trotsky. Il n'y a pas de divergences entre nous et en ce qui concerne les paysans moyens, il n'y a pas de divergences ni entre nous ni en général dans le parti communiste dont nous sommes tous les deux membres.
Dans sa lettre, le camarade Trotsky a expliqué clairement et en détail pourquoi le parti communiste et l'actuel gouvernement ouvrier et paysan, élu par les soviets et appartenant à ce parti, ne considèrent pas que les paysans moyens sont leurs ennemis. Je souscris entièrement à ce qu'a dit le camarade Trotsky" ("Réponse à une question d'un paysan", 14 février 1919, Sotch., 36)

Telle est la façon dont les épigones et leurs fonctionnaires, y compris les prétendus Amis de l'Union soviétique, répètent simplement à travers les années ce que Lenine qualifiait en 1919 de grands mensonges "répandus par les propriétaires et les capitalistes avec leurs complices conscients ou inconscients".

Tel est maintenant le triste état de choses. Et pas par hasard. Le centrisme n'est pas très inventif. Il manque d'idées et a la mémoire courte. Quand ce courant intermédiaire, mal assuré, sans principes, mène la lutte contre une aile révolutionnaire, il doit nécessairement recourir aux conclusions de la droite. Il n'en a pas, et par sa nature même, ne peut pas en avoir. Et par la logique de la lutte, le centrisme est obligé d'approfondir ses accusations contre le "trotskysme". Il est ainsi obligé d'emprunter aux sources les plus boueuses. Cette route est arrivée au point où Manouilsky et compagnie plagient Oskar Blum, agent de l'Okhana. Et maintenant ?