Le travail du Parti au sein de l’armée

De Archives militantes
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En complément des questions relatives aux commissaires et à l’action politique, les réflexions de Rakovsky sur « Le Travail du Parti dans l’armée » méritent toute notre attention. Elles permettent de dégager non seulement les orientations politiques de la propagande au sein de l’armée soviétique, mais aussi la différence fondamentale qui oppose la force armée prolétarienne à la force armée capitaliste. Le texte de Rakovsky met également en lumière la fonction dévolue à la force armée prolétarienne : une fonction éminemment éducative, formatrice, d’élévation morale et de conviction. Cette vocation doit constituer la nouvelle caractéristique d’une discipline authentique, qui ne procède ni de la contrainte ni du compromis, mais de l’éveil des consciences. Car, comme le dit Rakovsky, le service dans l’Armée rouge n’est pas une imposition, mais l’accomplissement d’un devoir social.

Les règlements de l’armée de Koltchak interdisent à tout militaire et à tout employé de l’administration de se mêler de politique, d’appartenir à un parti ou de participer à des manifestations politiques. En réalité, ces ordres ne s’appliquent qu’aux simples soldats de l’Armée blanche, les officiers restant libres de s’engager dans la vie politique.

Ce règlement souligne la différence profonde entre les constitutions des armées rouge et blanche. Loin d’être tenue à l’écart de la vie politique du pays, l’Armée rouge y participe activement : ses membres assistent à des assemblées politiques, à des meetings, contribuent à la presse. Le gouvernement socialiste a en outre créé une institution spéciale, l’ « Administration politique de la République », chargée de la vie politique de l’Armée.[1]

Le gouvernement des Soviets s’efforce par tous les moyens de développer l’intérêt des soldats pour les questions politiques et sociales. Dans l’État bourgeois, où l’armée doit servir à consolider et à étendre le pouvoir des capitalistes et des propriétaires, les soldats doivent être tenus à l’écart de la vie politique ; sans quoi, ils ne pourraient servir les intérêts d’une minorité contre ceux de leur propre classe. En revanche, dans l’État socialiste, il n’existe aucune contradiction entre les intérêts de l’armée et ceux des masses populaires, ouvrières et paysannes. Le gouvernement des ouvriers et des paysans assure non seulement l’éducation politique du soldat, mais il associe également les ouvriers et les paysans à l’organisation même de l’Armée. En ce sens, l’Armée rouge est unique au monde, et c’est en cela que réside le gage de l’invincibilité du gouvernement ouvrier et paysan.

Les soldats de l’Armée rouge adhèrent au Parti communiste ; c’est parmi les Gardes rouges les plus conscients que sont recrutés les organisateurs politiques, les commissaires et le commandement. Toutes les voies leur sont ouvertes pour mieux mettre en valeur leurs capacités. Tous les soldats ont la possibilité, par le biais de commissions économiques et de tribunaux qu’ils élisent eux-mêmes, de surveiller la vie économique, la discipline et l’honneur de leurs compagnies. Par ailleurs, les organisateurs politiques de l’Armée rouge constituent des institutions – sections de la Direction politique, clubs de Gardes rouges, théâtres, comités révolutionnaires – qui deviennent autant de foyers d’organisation et d’agitation, rassemblant autour d’eux les masses ouvrières et paysannes.

L’organisateur politique communiste dispose d’un vaste champ d’action, mais il doit aussi répondre à de nombreuses exigences : il doit connaîêtre l’armée, son organisation, celle de la Direction politique et de ses détachements. Il doit maîêtriser la législation soviétique et les décrets qui pourvoient aux besoins des familles des Gardes rouges, le programme du Parti communiste et son histoire, ainsi que l’histoire du mouvement ouvrier international. Il doit être en mesure de répondre à toutes les questions que peut lui poser un soldat de l’Armée rouge.

L’organisateur politique ne doit pas se contenter d’informer le soldat ; il doit être un modèle d’honnêteté, de fermeté et de courage, afin d’élever le niveau moral des Gardes rouges. Éducateur et pédagogue, il doit chercher à agir sur l’âme de ses subordonnés, sans jamais oublier d’être aussi leur ami, de partager leurs joies et leurs peines, et de rejeter tout privilège. Il doit vivre dans les mêmes conditions que les soldats de l’Armée rouge – point sur lequel les responsables des détachements politiques doivent veiller scrupuleusement. Il doit être non seulement un membre discipliné du Parti, mais aussi un soldat discipliné.

Nous sommes entrés dans la phase la plus aigueë de la lutte contre l’adversaire, mais nous ne devons pas oublier que les ressources humaines ne sont pas inépuisables et que les moyens matériels de la République sont rares. La Russie des Soviets ne peut attendre d’aide de l’extérieur et ne doit compter que sur ses propres forces. Préserver ces forces, les utiliser de la manière la plus économique possible : telle doit être la mission de notre action au sein de l’armée.

Nous devons désormais perfectionner les qualités individuelles du garde rouge : élever sa conscience, sa discipline, ses connaissances militaires et techniques. Notre Armée ne doit compter ni analphabètes, ni d’ignorants de ce que sont le gouvernement des Soviets et le Parti communiste, ni de personnes pour qui le service dans l’Armée rouge est une contrainte et non l’accomplissement d’un devoir social. Dans notre Armée, il ne devrait y avoir ni déserteurs, ni lâches, ni gaspillage des biens de l’État.

L’Armée rouge doit constituer une force militaire souple et mobile, exécutant promptement les ordres de ses chefs. La lenteur dans l’exécution des ordres, due aux difficultés techniques et à l’inertie propre au caractère russe, nous fait perdre des batailles ou les remporter avec des pertes plus lourdes qu’un travail plus intense et plus rigoureux n’en aurait occasionné.

L’organisateur politique, et surtout le commissaire politique, est également en relation avec le Commandement. Il doit veiller à ce que celui-ci accomplisse loyalement son devoir et fasse preuve de fidélité politique. Les commissaires doivent faire preuve d’un grand tact pour attirer les ex-officiers du côté de l’Armée rouge, sans les rejeter et ainsi faciliter la tâche de l’adversaire.

L’organisateur politique doit aussi œuvrer au sein des populations. Notre armée est une armée libératrice ; notre présence dans le pays ne doit susciter ni protestations ni plaintes, au contraire, l’armée doit être un soutien pour la population civile. En Ukraine, cependant, nous avons parfois provoqué le mécontentement des paysans par des réquisitions et certains abus commis par certains de nos détachements. L’armée est déjà, par elle-même, un lourd fardeau pour la population. Les paysans lui donnent leurs fils, qu’ils retirent au travail pacifique ; nous ne devons donc pas aggraver cette situation et oublier que l’Armée rouge est le soutien des ouvriers, des paysans pauvres et de toute la population civile qui, honnêtement et loyalement, se range aux côtés du gouvernement des Soviets.

  1. Administration politique de la République ( Politicheskoye upravleniye Respubliki , PUR.). La mission essentielle de cette institution était de transformer les troupes soviétiques en un tout homogène à travers l’éducation politique des ouvriers et paysans servant dans l’Armée rouge.