Le plan d’extermination physique des bolcheviks-léninistes

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Auteur·e(s) Léon Trotski
Écriture 25 mars 1936

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Biulleten Oppositsii, n° 50, mai 1956. Traduit du russe.


Le numéro de la Pravda du 15 mars reproduit une directive officieuse émanant d'une source haut placée, de toute évidence Staline, au sujet de la façon de traiter les exclus du parti. Ce n'est pas une question simple : il suffit de rappeler que, depuis le milieu de l'année dernière, jusqu'à présent, plus de 300 000 personnes ont été exclues, et peut‑être même un demi-million. Le pourcentage d'exclus le plus faible est de 7 %, mais dans plusieurs cas, plus du tiers des membres du parti ont été exclus. Aujourd'hui, cette purge continue sous le couvert de l' « échange des cartes » au cours duquel, comme l'indique la directive de Staline, le parti se débarrasse des « trotskystes, zinoviévistes, Gardes‑blancs et autres ordures ». Cette liste, ainsi que l'ordre d'énumération des catégories d'exclus sont désormais rigoureusement établis, et, de plus, dans toutes les listes, locales et générales, ce sont « les trotskystes » qui occupent toujours la première place. Cela veut dire que c'est contre eux que sont dirigés les coups les plus rudes.

La directive de Staline ne laisse là‑dessus aucun doute. En apparence, elle semble destinée à contrer le zèle excessif des organisations locales qui privent de travail tous les exclus. Staline, avec un jésuitisme bureaucratique sans exemple, intervient en faveur de certaines catégories d'exclus. Ainsi, cette directive relève que certains communistes ont été exclus en tant qu'éléments passifs, ou pour des infractions à la discipline ou à la morale du parti. Elle ne recommande pas la sévérité à leur égard. S'ils sont trop compromis pour conserver leur ancien travail, il faut leur en donner un nouveau. Il ne faut pas sans nécessité se faire des ennemis : « Malheureusement, cette simple vérité n'est pas partout comprise. » Un homme qui a commis « quelque infraction grave à l'éthique du parti » peut néanmoins rester « utile à notre pays socialiste ». A une seule condition : qu'il ne soit pas un « ennemi », c'est‑à‑dire un ennemi de la bureaucratie. Un homme qui a volé, qui a corrompu ou qui s'est laissé corrompre, qui a frappé un subordonné, violé une fille, bref, « commis une infraction grave à l'éthique du parti », mais, dans l'intervalle, est resté fidèle aux autorités, est un « homme utile » à qui l'on peut donner un autre travail. La qualité principale que la directive exige des dirigeants du parti, c'est leur « capacité à distinguer entre l'ennemi et celui qui ne l'est pas ». On ne recommande la rigueur que contre les opposants politiques. Un fonctionnaire véreux, mais docile, n'est pas un ennemi. L'ennemi mortel, c'est l'oppositionnel honnête qu'il faut priver de tout travail.

La bureaucratie est en U.R.S.S. l'unique employeur. Cette directive de Staline signifie pratiquement la condamnation des dizaines de milliers d'oppositionnels aux tourments du chômage et du manque d'abri, même sur les lieux de déportation. Cela se faisait assurément avant, mais pas dans tous les cas. Maintenant, on l'érige en système. Cette directive de Staline, intitulée « De la vigilance bolchevique », doit être portée à l'attention des ouvriers du monde entier. Il ne faut laisser passer aucune occasion propice pour poser cette question dans les réunions ouvrières. Partout où c'est possible, il faut pénétrer dans la presse syndicale. Il faut tout faire pour empêcher Staline d'exterminer physiquement des centaines de milliers de jeunes combattants irréprochables[1].

  1. En fait cette extermination était déjà largement commencée. Depuis cinq ans, plusieurs militants fort connus de l'Opposition de gauche étaient morts tuberculeux, parmi lesquels Koté M. Tsintsadzé, Aleksandr Rosanov, Helena Tsulukidzé, Boris Zelnitchenko. On savait que Vasso Donadzé, Moussia Magid, Iossif Eltsine, souffraient également de tuberculose. On savait que Boris M. Eltsine, E.B. Solntsev, L. Doumbadzé, étaient également gravement malades. Pourtant l'extermination par les conditions de vie procédait trop lentement encore aux yeux de Staline qui était en train de mettre au point d'autres méthodes.