Le mouvement ouvrier à l'étranger (SR 09)

De Archives militantes
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Du 25 au 31 mars s'est tenu à Vienne le 4e congrès du Parti social-démocrate autrichien. 133 délégués de tous les pays de l'empire y ont participé. La lutte qui fait rage depuis un an en Autriche pour le droit de vote confère à ce congrès une importance hors du commun. C'est l'un des moments les plus importants avant la bataille que cette branche de la grande armée mondiale du prolétariat devra sans doute livrer contre les ennemis du peuple.


Le rapport général du comité directeur du parti montre les progrès rapides de la social-démocratie en Autriche. Malgré les persécutions sauvages du gouvernement, en particulier en Galicie et en Bohême, la prise de conscience des travailleurs progresse à grands pas.

Le parti peut se targuer d'avoir créé une organisation partisane, ce qui est difficile dans le contexte autrichien, où l'État se compose de plusieurs pays et d'une douzaine de nationalités. Aujourd'hui, les principes sont établis : unité du programme, accord commun sur la tactique à adopter dans chaque cas, autonomie des organisations locales.

La bonne santé financière du parti, qui montre que la direction centrale disposait d'une somme de 12 000 rs, est une preuve évidente de son développement réussi. Ce n'est qu'un dixième de la somme totale que les ouvriers versent à la cause avec leur argent durement gagné, car la plus grande partie des fonds est utilisée pour les dépenses des organisations locales. On peut donc supposer sans risque de se tromper que 120 000 rs ont été collectées au cours de l'année pour les besoins du prolétariat, malgré les obstacles que les autorités dressent à chaque étape à la collecte des cotisations.

La question la plus importante que le congrès devait examiner et juger était celle du suffrage universel et de la grève générale. C'est donc sur ce point que s'est concentré tout le travail des délégués.

Les numéros 2, 5 et 6 de notre journal ont informé les lecteurs du déroulement des événements concernant la réforme du droit de vote. Nous récapitulerons ici les faits les plus importants afin de faciliter la compréhension de la situation.

Jusqu'à présent, le droit de vote au Parlement autrichien n'est accordé qu'à un tiers de la population, la plus riche.

Au printemps 1893, le parti radical petit-bourgeois des Jeunes Tchèques a présenté au Parlement un projet de loi sur le suffrage universel. Naturellement, la proposition a été rejetée par le gouvernement. Cependant, les esprits étaient en ébullition et la social-démocratie n'a pas manqué de profiter de l'occasion pour redoubler ses efforts en faveur du droit de vote. Entre le 1er mai et le 15 septembre, 439 réunions ouvrières ont eu lieu, dont plusieurs ont rassemblé des dizaines de milliers de travailleurs. Lors de toutes ces réunions, le droit de vote universel a été réclamé sans aucune restriction.

À Prague et à Brno, des affrontements sanglants avec la police ont eu lieu, par la faute du gouvernement. Mais les ouvriers, par leur prudence et leur calme, ont empêché de nouvelles attaques. Sous une telle pression, le président du Conseil Taafe, qui pendant 15 ans avait esquivé toutes les difficultés politiques comme un anguille et qui pendant 15 ans n'avait fait que promulguer des lois contre les ouvriers, a finalement décidé de présenter une proposition de réforme électorale. Ce premier projet de loi favorable aux ouvriers a été rejeté par le ministre prestidigitateur. Tous les partis bourgeois et nobles se sont levés comme un seul homme contre la proposition et le gouvernement, obéissant comme toujours aux classes dominantes, a démis le ministère Taafe.

À la tête du gouvernement se trouvait un ministère composé des ennemis les plus acharnés de la classe ouvrière, de nos chers compatriotes, les magnats galiciens, les grands propriétaires allemands et les courtiers viennois. À la tête de cette belle compagnie se trouvait un homme digne d'elle, le prince Windisch-Grätz, fils de l'ancien général et gouverneur de Vienne, hyène à forme humaine, célèbre pour le massacre des révolutionnaires de 1848.

Dès lors, il était clair que la question de la réforme électorale serait enterrée si les ouvriers ne se lançaient pas de toutes leurs forces dans la lutte.

En effet, après cinq mois, le nouveau ministère a présenté un autre projet de réforme qui n'est qu'une moquerie flagrante des revendications des travailleurs, car il ne change pratiquement rien aux conditions actuelles.

Telle est la situation actuelle. Face à cela, le congrès des travailleurs a décidé que la social-démocratie autrichienne ne laisserait pas le projet du ministère devenir loi.

De quels moyens dispose le parti pour mettre en œuvre cette décision ?

Elle dispose d'une arme redoutable : la grève générale.

Lorsque les travailleurs cessent massivement le travail, la bourgeoisie doit céder. Cette arme frappe les ennemis du peuple là où ça fait le plus mal : dans leur portefeuille. Les capitalistes sont prêts à tout pour ne pas perdre leur argent, pour ne pas perdre leur capacité d'exploitation à long terme.

Mais la grève générale est aussi une arme dangereuse. N'oublions pas que les rangs de la social-démocratie ne comptent qu'une partie de la classe ouvrière, qu'un grand nombre d'ouvriers, notamment en Autriche, sont ignorants et donc indifférents à la politique. Si les masses ouvrières ne sont pas solidaires du parti, si elles ont peur de la lutte, si une partie d'entre elles se laisse séduire par les promesses et les tromperies de la bourgeoisie, qui ne manquera pas d'en faire, la cause ouvrière subira une perte énorme. Ensuite, le chômage des grandes masses menace toujours de provoquer des affrontements sanglants avec le gouvernement, qui guette chaque occasion de commettre un massacre. Un tel massacre pourrait, au lieu d'une victoire, entraîner une terrible défaite pour les ouvriers. La grève générale met donc en jeu les fruits d'un long travail d'organisation et des sacrifices considérables consentis par le parti. C'est pourquoi les représentants du parti n'ont pas pris une décision aussi importante à la légère. Pendant deux jours, on a travaillé dix heures par jour pour clarifier la situation , 103 discours ont tour à tour examiné tous les arguments pour et contre la grève, et ce n'est qu'alors qu'il a été convenu de recourir à une grève générale en dernier recours.

Malheureusement, imaginer cette grève comme si, en un seul jour, tous les ouvriers sans exception devaient abandonner leur travail. Ce serait certainement la meilleure solution, mais elle est impossible à mettre en œuvre pour l'instant. Si tel était le cas, si l'on pouvait compter sur tous les ouvriers sans exception, il ne serait pas nécessaire de faire grève, car les ouvriers seraient alors maîtres de leur situation et obtiendraient bien plus que le suffrage universel. Il suffirait que les grands secteurs de production, les plus importants pour la vie quotidienne, tels que les mines, les chemins de fer, les gazeries, etc. suspendent leur travail. Dans les autres secteurs, où une grève pourrait même être à l'avantage des industriels à un moment donné, les ouvriers devraient au contraire continuer à travailler.


Ce n'est pas la première fois que les ouvriers recourent à la grève pour obtenir des droits politiques. La première grève de ce type a eu lieu en Angleterre en 1842, lorsque les ouvriers réclamaient également le suffrage universel , mais elle a été vaincue. La deuxième a eu lieu l'année dernière en Belgique, toujours pour le suffrage universel, et a été couronnée de succès. Cependant, la grève en Autriche devra surmonter des difficultés encore plus grandes qu'ailleurs. En effet, ce pays est moins industrialisé et dispose d'une armée beaucoup plus importante, qui peut être utilisée contre les ouvriers s'ils ne font pas preuve de toute la prudence nécessaire dans de tels cas.  De plus, en Angleterre comme en Belgique, la grève a été précédée de plusieurs années de démolition et d'agitation, qui ont mobilisé toute la population. Dans les deux cas, au moment où la grève a éclaté, deux partis bourgeois se sont affrontés au parlement, ce qui a facilité la victoire des ouvriers . Nos camarades autrichiens se lancent seuls dans la lutte contre toute la classe dominante, unie en une masse compacte sous la pression du prolétariat.

Cependant, ces difficultés n'ont pas découragé les sociaux-démocrates. Ils comptent sur leurs forces, sur l'énergie des travailleurs, sur l'énorme pouvoir du sacrifice qui vaincra toutes les difficultés , et ils se lancent hardiment dans la bataille, où ils luttent véritablement pour le bien de la classe ouvrière du monde entier.

La résolution adoptée à l'unanimité (à l'exception d'une voix) par le congrès stipule littéralement :

« Nous rejetons avec indignation la proposition du gouvernement visant à réformer le droit de vote, car elle constitue une moquerie à l'égard de la classe ouvrière. Le congrès du parti déclare qu'il utilisera tous les moyens possibles pour que la classe ouvrière obtienne le droit de vote universel, égal et direct ; parmi ces moyens, outre ceux utilisés jusqu'à présent, à savoir l'agitation et l'organisation, figure la grève de masse. Il est donc recommandé au comité directeur du parti et aux comités directeurs nationaux de prendre toutes les dispositions nécessaires pour que, si la résistance du gouvernement et des partis bourgeois contraint les travailleurs à recourir à des mesures extrêmes, ils puissent, le moment venu, se mettre en grève en tant que mesure ultime.

«Indépendamment de la lutte pour le droit de vote, il faut mener la lutte pour la journée de huit heures et, à cette fin, concentrer tous les efforts sur les points où cette revendication est la plus facile à réaliser .

«Le congrès du parti déclare que si les mineurs organisés estiment que le moment est venu de lutter pour la journée de travail de huit heures, l'ensemble des travailleurs d'Autriche ayant une conscience de classe soutiendra leur lutte par tous les moyens."

La direction du parti est tenue de mettre en œuvre les présentes dispositions.

En ce qui concerne la fête du 1er mai, il a été décidé, comme les années précédentes, de manifester en cessant le travail. Lors des réunions, des revendications seront présentées afin que le gouvernement autrichien propose un projet de loi internationale limitant la journée de travail à huit heures. En outre, la fête du travail sera cette année, comme jusqu'à présent, l'expression de la lutte pour le droit de vote universel. Nos frères autrichiens, qui sont les plus proches de nous en Europe par leur situation politique, comprennent que l'obtention de la liberté politique est l'étape et la condition indispensables à l'amélioration des conditions de vie des travailleurs et à l'accélération du socialisme salvateur.