Le Super-Borgia du Kremlin

De Marxists-fr
Aller à la navigation Aller à la recherche


Politiquement, Staline et moi avons longtemps été dans des camps opposés et irréconciliables. Mais c’est devenu, dans certains cercles, la règle de parler de ma « haine » de Staline et d’assumer a priori que tout ce que j’écris, non seulement sur le dictateur de Moscou, mais sur l’Union soviétique, est inspiré par ce sentiment. Pendant les dix années de mon présent exil, les agents littéraires du Kremlin se sont systématiquement déchargés de la nécessité de répondre pertinemment à ce que j’écris sur l’U.R.S.S. par une allusion trop commode à ma « haine » de Staline. Freud désapprouverait hautement cette variété de psychanalyse de pacotille. La haine, après tout, est une sorte de lien personnel. Or Staline et moi avons été séparés par des événements qui ont anéanti et réduit en cendres tout ce qu’il pouvait y avoir de personnel entre nous, sans laisser de résidu d’aucune sorte. Il y a un élément d’envie dans la haine. Mais pour moi, en esprit et en sentiment, l’ascension sans précédent de Staline représente la chute la plus profonde. Staline est mon ennemi. Mais Hitler aussi est mon ennemi, et de même Mussolini et bien d’autres. Aujourd’hui je porte aussi peu de haine à Staline qu’à Hitler, à Franco, ou au Mikado. Avant tout, je m’efforce de les comprendre de façon à être mieux équipé pour les combattre. D’une manière générale, dans les questions d’importance historique, la haine personnelle est un sentiment médiocre et méprisable. Il n’est pas seulement dégradant, il rend aveugle. Eh bien, à la lumière des événements qui se sont récemment déroulés, dans le monde comme en U.R.S.S., nombre de nos adversaires eux-mêmes se sont convaincus que je n’étais pas tellement aveugle : celles de mes prédictions qui semblaient le moins plausibles se sont montrées justes.

Ces lignes d’introduction pro domo sua sont d’autant plus nécessaires que je vais aborder maintenant un thème particulièrement pénible. Je me suis efforcé de dégager les caractéristiques générales de Staline sur la base d’une observation attentive et d’une étude minutieuse de sa biographie. Je ne nie pas que le portrait qui en résulte ne soit sombre et même sinistre. Mais je défie quiconque d’essayer de lui en substituer un autre, de trouver une figure plus humaine derrière ces faits qui ont choqué l’imagination des hommes pendant ces dernières années — les « purges » massives, les accusations sans précédent, les procès fantastiques, l’extermination d’une génération entière de révolutionnaires et finalement les récentes machinations dans le domaine international.

Je vais maintenant présenter des faits plutôt exceptionnels, ainsi que des pensées et suspicions qui s’y rattachent sur ce sujet : comment un révolutionnaire provincial est devenu le dictateur d’un grand pays. Ces pensées et suspicions ne me sont pas venues d’un coup. Elles ont mûri lentement et, toutes les fois qu’elles me venaient à l’esprit dans le passé, je les rejetais comme le produit d’une méfiance excessive. Mais les « procès de Moscou » — qui révélèrent un essaim diabolique d’intrigues, de faux, de falsifications, d’empoisonnements et de meurtres, issu du dictateur du Kremlin — ont projeté une lueur sinistre sur les années antérieures. Je commençai alors à me demander avec de plus en plus d’insistance : « Quel a été le rôle réel de Staline au temps de la maladie de Lénine ? Le “ disciple ” n’a-t-il rien fait pour hâter la mort de son “ maître ” ? »

Mieux que quiconque, je me rends compte du caractère monstrueux d’un tel soupçon. Mais qu’y faire, quand il découle de circonstances, de faits et du caractère de Staline lui-même ?

En 1922, l’appréhension de Lénine l’avait conduit à donner cet avertissement : « Ce cuisinier ne nous préparera que des plats épicés, » Ils se trouvèrent être non seulement épicés, mais empoisonnés, et pas seulement au sens figuré, mais littéralement. En 1937, je notai par écrit, pour la première fois, des faits qui, en leur temps (1923-1924), ne furent connus que de sept ou huit personnes, et alors seulement partiellement. De ce nombre, en dehors de moi-même, seuls Staline et Molotov sont encore parmi les vivants. Mais ces deux derniers — en admettant que Molotov fût parmi les initiés, ce dont je ne suis pas certain — n’ont aucune raison d’avouer ce que je vais exposer maintenant. Je dois ajouter que chacun des faits que je mentionne, chaque référence, chaque citation, peuvent être confirmés, soit par des publications soviétiques officielles, soit par des documents conservés dans mes archives. J’ai eu l’occasion de fournir des explications, orales et écrites, devant la commission d’enquête sur les « procès de Moscou » présidée par John Dewey, et pas une seule des centaines de ces références et citations que j’ai présentées n’a jamais été contestée.

L’iconographie, riche en quantité (pour ne rien dire de sa qualité), constituée pendant les dernières années, montre invariablement Lénine en compagnie de Staline. Ils sont assis côte à côte, prennent conseil l’un de l’autre, se regardent amicalement. Cet envahissant motif, répété en peinture, en sculpture, sur l’écran, est dicté par le désir de faire oublier le fait que la dernière période de la vie de Lénine a été dominée par un conflit violent entre lui et Staline, lequel s’acheva par une rupture totale. Comme toujours, il n’y avait absolument rien de personnel dans l’hostilité de Lénine à l’égard de Staline. Il est certain qu’il appréciait hautement certains traits de Staline, sa fermeté de caractère, son opiniâtreté, même sa dureté et sa ruse, attributs indispensables dans les batailles et par conséquent utiles au quartier général du parti. Mais, avec le temps, Staline prit de plus en plus avantage des possibilités que lui offrait son poste pour recruter des hommes qui lui étaient dévoués personnellement et se venger de ses adversaires. Ayant reçu en 1918 la direction du commissariat de l’Inspection ouvrière et paysanne, Staline la transforma progressivement en un instrument de favoritisme et d’intrigues. Il fit du secrétariat générât du parti une source inépuisable de faveurs et de prébendes. Il avait mésusé, de la même façon, à des fins personnelles, de sa position de membre du bureau d’organisation et du bureau politique. On pouvait discerner un motif personnel dans toutes ses actions. Lénine se convainquit peu à peu que certains traits de Staline, multipliés par l’appareil du parti, étaient directement nuisibles. C’est ainsi que mûrit la décision d’écarter Staline de l’appareil et de le replacer dans la position de simple membre du comité central du parti. Les lettres de Lénine de cette époque sont ce qu’il y a de plus inaccessible en Union soviétique aujourd’hui. Heureusement, des copies et des photostats d’un certain nombre d’entre elles sont dans mes archives ; j’en ai déjà publié quelques-unes.

La santé de Lénine s’aggrava soudain vers la fin de 1921. La première attaque le frappa en mai de l’année suivante. Pendant deux mois, il fut incapable de se mouvoir, de parler ou d’écrire. II entra lentement en convalescence au début de juillet. Quand il put retourner au Kremlin, en octobre, et reprendre son travail, il fut littéralement épouvanté par le développement de la bureaucratie, de l’arbitraire et des intrigues dans les institutions du parti et du gouvernement. En décembre, il ouvrit le feu contre Staline à propos des persécutions exercées contre les nationalistes, spécialement contre la politique qu’il imposait en Géorgie où l’autorité du secrétaire général était ouvertement défiée. Il attaqua Staline sur la question du monopole du commerce extérieur et préparait pour le congrès suivant du parti un discours que ses secrétaires, citant ses propres termes, désignaient comme « une bombe contre Staline ». Le 23 janvier, au grand effroi du secrétaire général, il soumit un projet de création d’une commission ouvrière de contrôle qui devait mettre un terme à la toute-puissance de la bureaucratie. « Parlons franchement, écrivait Lénine le 2 mars, le commissariat de l’Inspection ouvrière et paysanne ne jouit pas aujourd’hui de la plus légère autorité […] Il n’y a pas d’institution pire, chez nous, que notre commissariat de l’Inspection ». Or c’était Staline qui dirigeait cette Inspection. Il comprit ce que signifiait ce langage.

A la mi-décembre 1922, la santé de Lénine empire de nouveau. Il dut s’abstenir d’assister aux conférences, restant cependant en contact avec le comité central au moyen de notes et de messages téléphonés. Staline agit immédiatement pour tirer profit de la situation en cachant à Lénine une grande partie des informations qui étaient centralisées au secrétariat du parti.

Il s’efforçait de l’isoler, d’écarter ceux qui étaient les plus proches de lui, tandis que Kroupskaia faisait tout ce qu’elle pouvait pour défendre le malade contre ces manœuvres hostiles. Mais Lénine était capable de reconstituer une vue d’ensemble de la situation sur la base d’indications fortuites à peine perceptibles. Les médecins insistaient : « Protégez-le contre tout souci. » C’était plus facile à dire qu’à faire. Immobilisé dans son lit, isolé du monde extérieur, Lénine était en proie à l’inquiétude et à l’indignation. La cause principale en était Staline, dont la conduite se fit plus impudente à mesure que les bulletins de santé des médecins se firent moins favorables. En ces jours, Staline était sombre : la pipe serrée entre les dents, une lueur sinistre dans ses yeux jaunes, grognant en guise de réponse. C’était son destin qui était en jeu. Il était résolu à surmonter tous les obstacles. C’est alors que se produisit la rupture entre Lénine et lui.

L’ancien diplomate Dmitrievsky, toujours très amical à l’égard de Staline, rapporte ce qu’on disait dans l’entourage du secrétaire général sur ce dramatique épisode : « Comme Kroupskaia, dont les constants tourments l’agaçaient, lui téléphonait une fois de plus pour obtenir de lui quelque information, Staline […] lui répondit dans un langage outrageant. Kroupskaia, en larmes, alla immédiatement se plaindre à Lénine. Celui-ci, dont les nerfs étaient déjà tendus à l’extrême par les intrigues, ne put se contenir plus longtemps. Kroupskaia expédia aussitôt la lettre de rupture à Staline. « Mais vous connaissez Vladimir Ilitch, dit triomphalement Kroupskaia à Kamenev, il ne serait jamais allé jusqu’à rompre des relations personnelles s’il n’avait pensé nécessaire d’écraser politiquement Staline. »

Kroupskaia dit réellement ce qui est rapporté ici, mais pas du tout sur un ton de triomphe; au contraire, cette femme, toujours sincère et sensible, était pleine d’appréhension, de craintes et de soucis. Il n’est pas vrai qu’elle alla « se plaindre » de Staline ; elle était toujours disposée, dans la mesure du possible, à jouer le rôle de tampon. Mais, en réponse aux questions pressantes de Lénine, elle ne pouvait lui en dire plus que ce que le secrétariat voulait bien lui communiquer, et Staline dissimulait les informations les plus importantes. La lettre de rupture, ou plutôt la note de quelques lignes, dictée le 6 mars à une sténographe de confiance, annonçait sèchement la rupture de toute « relation personnelle et de camarade avec Staline ». Cette note, le dernier texte de Lénine, est en même temps la conclusion définitive de ses relations avec Staline. L’attaque la plus sévère surgit alors et avec elle la perte de la parole.

Une année plus tard, alors que Lénine était déjà embaumé dans son mausolée, la responsabilité de la rupture, comme il apparaît nettement du récit de Dmitrievsky, était ouvertement attribuée à Kroupskaia. Staline l’accusait d’« intrigues » contre lui. Iaroslavsky, qui faisait habituellement les commissions douteuses de Staline, dit en juillet 1926, à une séance du comité central : « Ils tombèrent si bas qu’ils osèrent tourmenter Lénine malade avec leurs jérémiades, se plaignant d’avoir été blessés par Staline. Quelle honte d’avoir mêlé des affaires personnelles à des questions politiques de la plus haute importance! » — « Ils », c’était Kroupskaia. On se vengeait ainsi contre elle des affronts que Staline avait dû subir de Lénine. De son côté, Kroupskaia me parla à plusieurs reprises de la profonde méfiance de Lénine à l’égard de Staline, durant les derniers mois de sa vie. « Volodia me disait : “ Il (Kroupskaia ne le désignait pas par son nom, mais tournait la tête vers l’appartement de Staline) est dépourvu de l’honnêteté la plus élémentaire, de la plus simple honnêteté humaine »

Le « testament » de Lénine — c’est-à-dire ses ultimes conseils sur l’aménagement de la direction du parti — fut écrit en deux fois durant sa seconde maladie : le 25 décembre 1922 et le 4 janvier 1923. « Le camarade Staline, devenu secrétaire général, déclare le testament, a concentré entre ses mains un pouvoir illimité, et je ne suis pas sûr qu’il puisse toujours s’en servir avec assez de circonspection. » Dix jours plus tard, cette formule réservée sembla insuffisante à Lénine et il ajouta un post-scriptum : « Je propose aux camarades d’étudier un moyen pour démettre Staline de ce poste et pour nommer à sa place une autre personne qui n’aurait en toutes choses sur le camarade Staline qu’un seul avantage, celui d’être plus tolérant, plus loyal, plus poli et plus attentif envers les camarades, d’humeur moins capricieuse, etc. » Lénine s’efforçait d’exprimer son appréciation de Staline en termes aussi peu offensants que possible, mais il insistait sur la nécessité de l’éloigner du seul poste qui pouvait lui donner son exceptionnel pouvoir.

Après ce qui s’était passé durant les mois précédents, le « testament » ne pouvait être une surprise pour Staline. Il le ressentit néanmoins comme un coup cruel. Quand il en lut le texte pour la première fois — Kroupskaia le lui avait transmis pour le congrès du parti qui allait se réunir — en présence de son secrétaire, Mekhlis, plus tard chef politique de l’Armée rouge et du dirigeant soviétique Syrtsov, qui a disparu de la scène, il éclata en exclamations grossières et vulgaires qui donnaient la mesure de ses vrais sentiments à l’égard de son « maître ». Bajanov, un autre ex-secrétaire de Staline, a décrit la séance du comité central à laquelle Kamenev lut le « testament » :

« Une gêne terrible paralysa tous les présents. Staline, assis sur les marches de la tribune, se sentait petit et misérable. Je l’examinai attentivement ; malgré son sang-froid et son affectation de calme, il était évident qu’il sentait que son destin était en jeu… » Radek, assis près de moi à cette séance mémorable, se pencha vers moi et dit : « Maintenant, ils n’oseront plus rien contre vous. » Il songeait à deux passages du testament, l’un qui me caractérisait comme « l’homme le plus capable de l’actuel comité central» et l’autre, qui demandait l’éloignement de Staline de son poste de secrétaire à cause de sa grossièreté, de sa déloyauté et de sa tendance à abuser de son pouvoir. Je répondis à Radek : « Au contraire, ils voudront maintenant aller jusqu’au bout et aussi rapidement que possible. » En fait, non seulement le testament ne réussit pas à mettre un terme à la lutte interne — ce que Lénine avait voulu —, mais il l’aggrava au suprême degré. Staline ne pouvait plus douter que le retour de Lénine à l’activité signifierait la mort politique du secrétaire général. Et, inversement, seule la mort de Lénine pouvait laisser la voie libre à Staline.

Pendant la deuxième maladie de Lénine, vers la fin de février 1923, au cours d’une réunion du bureau politique à laquelle participaient Zinoviev, Kamenev et l’auteur de ces lignes, Staline nous informa, après le départ du secrétaire, que Lénine l’avait soudain fait appeler et lui avait demandé du poison. Lénine avait de nouveau perdu l’usage de la parole, il considérait que son état était désespéré, s’attendait prochainement à une nouvelle attaque, n’avait pas confiance en ses médecins, dont il avait relevé les contradictions. Il avait l’esprit tout à fait clair, mais ses souffrances étaient intolérables. J’étais en mesure de suivre le développement de la maladie de Lénine jour après jour grâce au Dr Gétié, notre commun médecin, qui était aussi un ami de notre famille.

« Est-il possible que ce soit la fin, Fedor Alexandrovitch ? demandions-nous anxieusement.

— Absolument impossible de le dire. Il peut encore s’en sortir; il a une robuste constitution.

— Et ses facultés mentales ?

— Essentiellement, elles resteront intactes. Chaque note n’aura peut-être pas sa pureté antérieure, mais le virtuose restera un virtuose. »

Nous continuions à espérer et tout d’un coup je me trouvais inopinément devant la révélation que Lénine, incarnation même de la volonté de vivre, cherchait à se procurer du poison. Par quelles luttes intérieures avait-il dû passer?

Je me souviens à quel point l’expression du visage de Staline me sembla extraordinaire, énigmatique, peu en accord avec les circonstances. La requête qu’il nous transmettait était tragique ; pourtant un sourire malsain errait sur son visage comme sur un masque. Nous n’ignorions pas la contradiction qu’il pouvait y avoir entre ses traits et ses paroles. Mais cette fois, c’était absolument insupportable; le côté odieux en était accru par le fait que Staline s’abstenait de formuler son opinion, comme s’il attendait de savoir ce qu’allaient dire les autres : voulait-il d’abord voir notre réaction, sans s’engager? Ou avait-il quelques arrière-pensées personnelles?… Je vois devant moi Kamenev, pâle et silencieux — il aimait sincèrement Lénine — et Zinoviev, égaré, comme toujours dans les moments difficiles. Savaient-ils quelque chose avant la séance ? Ou Staline lançait-il sa sinistre information comme une surprise sur ses alliés du triumvirat aussi bien que sur moi?

« Naturellement, nous ne pouvons même pas songer à accueillir cette requête ! m’exclamai-je. Gétié n’a pas perdu espoir. Lénine peut encore se rétablir…

— Je lui ai dit tout cela, répondit Staline, non sans une marque d’ennui, mais il n’a rien voulu entendre. Le Vieux souffre. Il doit avoir du poison à porté de la main… Il ne l’utiliserait que quand il serait convaincu que son état est désespéré.

— En tout cas, c’est absolument hors de question, insistai-je, et je crois que cette fois Zinoviev m’appuya. Il pourrait succomber à une crise passagère et prendre la décision irrévocable.

— Le Vieux souffre », répéta Staline, le regard vague, au-delà de nous et, comme précédemment, sans rien dire dans un sens ou dans l’autre. Sa pensée suivait de toute évidence une ligne parallèle à l’entretien, mais pas entièrement conforme.

Il est sans doute possible que des événements ultérieurs aient influencé certains détails de mes souvenirs bien qu’en général je sache que je peux me fier à ma mémoire. Cependant cette scène est de celles qui ont laissé en moi une empreinte indélébile. A mon retour chez moi, je l’ai décrite en détail à ma femme. Et toujours, depuis, chaque fois que je la revois en pensée, je ne puis m’empêcher de dire : la conduite de Staline, toute son attitude étaient déconcertantes et sinistres. Que voulait cet homme ? Et pourquoi gardait-il toujours sur son visage ce sourire insidieux?… On ne décida rien, puisqu’il s’agissait d’une conversation privée hors séance, mais nous nous séparâmes sur l’accord implicite que nous ne pouvions même pas retenir l’idée de procurer du poison à Lénine.

Ici, naturellement, une question se pose : comment et pourquoi Lénine qui, à ce moment, se méfiait beaucoup de Staline, s’adressa-t-il à lui pour une telle requête, qui, en elle-même, présupposait le plus haut degré de confiance personnelle ? Un mois auparavant, Lénine avait écrit l’impitoyable post-scriptum à son testament. Et c’est quelques jours après qu’il rompit toutes relations personnelles avec lui. Staline n’avait pu manquer de se poser à lui-même la question : pourquoi est-ce justement à moi que Lénine s’adresse? La réponse est simple : Lénine voyait en Staline le seul homme capable de lui apporter du poison, parce qu’il avait à le faire un intérêt direct. Avec son instinct infaillible, le malade devinait ce qui se passait au Kremlin et en dehors et il connaissait les véritables sentiments de Staline à son égard. Lénine n’avait même pas besoin de faire le tour de ses camarades les plus proches pour se convaincre que pas un, sauf Staline, ne lui consentirait cette « faveur ». En même temps, il est possible qu’il ait voulu éprouver Staline, savoir jusqu’à quel point ce « cuisinier de plats épicés » serait avide de profiter de cette occasion ? En ces jours, Lénine ne songeait pas seulement à sa mort, mais au destin du parti ; son nerf révolutionnaire fut incontestablement le dernier à céder.

Quand il était encore un tout jeune homme, en prison, Koba, hypocritement, excitait des Caucasiens fougueux contre ses propres adversaires ; cela finissait habituellement par un pugilat et cela finit même une fois par un meurtre. Avec le temps, il perfectionna sa technique. L’appareil tout-puissant du parti, combiné avec la machine totalitaire de l’État, lui ouvrit des possibilités que même un de ses prédécesseurs, comme César Borgia, n’aurait pu imaginer. Le bureau dans lequel les juges d’instruction du G.P.U. procèdent à leurs interrogatoires est relié par un micro au bureau de Staline. L’invisible Iossif Djougachvili, la pipe entre les dents, suit avidement le dialogue qu’il a lui-même préparé et rit silencieusement. Plus de dix ans avant les désormais célèbres « procès de Moscou », il avait avoué à Kamenev et Dzerjinsky, dans une libre conversation, un soir d’été en vacances, que sa plus grande joie dans la vie était de choisir un ennemi, de tout préparer minutieusement, d’assouvir une vengeance implacable puis d’aller se coucher. Il devait plus tard se venger d’une génération entière de bolcheviks! Il est inutile de revenir ici sur les complots policiers et judiciaires de Moscou : le jugement qu’on a porté sur eux en leur temps a été à la fois autorisé et définitif. Mais, pour comprendre le vrai Staline et sa conduite pendant les jours de la maladie et de la mort de Lénine, il est nécessaire d’éclairer certains épisodes du dernier de ces grands procès, monté en mars 1938.

Une place spéciale dans le box des accusés était occupée par Henrikh lagoda ; il avait travaillé à la Tchéka, puis au G.P.U., pendant seize ans, d’abord en qualité de chef-adjoint, puis en qualité de chef, en contact étroit avec le secrétaire général, qui eut en lui le plus sûr de ses collaborateurs dans la lutte contre l’Opposition. Le système qui aboutissait à faire avouer des crimes qui n’avaient pas été commis, c’est le travail de lagoda, même si la conception ne lui en revient pas. Staline le récompensa en 1933 en le décorant de l’ordre de Lénine et, en 1935, l’éleva au rang de commissaire général à la défense de l’État, c’est-à-dire maréchal de la police politique, deux jours seulement après que le brillant Toukhatchevsky ait été promu au rang de maréchal de l’Armée rouge. En la personne de lagoda, une médiocrité avait été récompensée, connue de tous comme telle et méprisée par tous ; les vieux révolutionnaires ont dû, alors, échanger des regards d’indignation. Même au sein du bureau politique, il y eut une tentative pour s’y opposer. Mais Staline était lié à lagoda par quelques secrets et, semblait-il, pour toujours. Et pourtant, ce lien mystérieux a été mystérieusement brisé. Pendant la grande « purge », Staline a décidé de liquider en même temps son complice qui en savait trop. En avril 1937, lagoda a été arrêté. Comme toujours, Staline gagnait ainsi sur plusieurs tableaux : en échange de la promesse d’un pardon, lagoda assuma au procès la responsabilité personnelle de crimes que la rumeur publique avait attribués à Staline. Naturellement, la promesse n’a pas été tenue et lagoda a été exécuté, afin de donner la preuve la meilleure de l’incompatibilité foncière entre Staline et la morale. Mais des circonstances hautement révélatrices ont été rendues publiques au cours de ce procès. Selon le témoignage de son secrétaire et confident Boulanov, lagoda avait une armoire spéciale pour des poisons, de laquelle, quand c’était nécessaire, il extrayait des fioles précieuses qu’il confiait à ses agents avec les instructions appropriées. Le chef du G.P.U., qui était précisément pharmacien de profession, témoignait d’un exceptionnel intérêt pour les poisons ; il avait à sa disposition plusieurs toxicologistes pour lesquels il avait organisé un laboratoire spécial, disposant de moyens exceptionnels illimités et sans contrôle. Il est naturellement hors de question que lagoda ait pu fonder une telle entreprise pour ses seuls besoins personnels. Loin s’en faut : dans ce cas comme dans les autres, il exerçait ses fonctions officielles. En tant qu’empoisonneur, il était simplement instrumentent regni, de même que Locuste, la vieille empoisonneuse à la cour de Néron — avec cette différence qu’il dépassait de loin son ignorant prédécesseur en matière de technique.

Aux côtés de Iagoda, dans le box des accusés, se trouvaient quatre médecins du Kremlin accusés du meurtre de Maksim Gorky et de deux ministres soviétiques. « J’avoue que […] j’ai ordonné des drogues contre-indiquées pour une maladie donnée. » Ainsi, « j’ai été responsable de la mort prématurée de Gorky et de Kouibytchev ». Pendant le procès dont le fond consistait en mensonges, les accusations, aussi bien que les aveux, d’avoir empoisonné l’écrivain âgé et malade, tout cela me sembla fantastique. Des informations ultérieures et une analyse plus attentive des circonstances m’obligèrent à modifier ce jugement. Tout n’était pas mensonger dans ce procès. Il y avait bien des empoisonnés et des empoisonneurs, et tous les empoisonneurs n’étaient pas dans le box des accusés. Le principal d’entre eux dirigeait le procès par téléphone.

Gorky n’était ni un conspirateur ni un politique : c’était un vieil homme tendre, un défenseur des faibles, un protestataire sentimental. Tel avait été son rôle dans les premiers jours de la révolution d’Octobre. Pendant la famine, des deux premiers plans quinquennaux, le mécontentement était très grand et la répression dépassa toutes les limites. Les courtisans protestaient. Même la femme de Staline, Allilouieva, protesta. Dans une telle atmosphère, Gorky constituait un sérieux danger. Il correspondait avec des écrivains européens, recevait des visites d’étrangers; les victimes s’adressaient à lui, il façonnait l’opinion publique. Mais ce qui dominait, c’est qu’il lui aurait été impossible de consentir à l’extermination, que Staline préparait, des vieux-bolcheviks qu’il avait connus intimement pendant des années. Une protestation publique de Gorky contre les « complots » policiers aurait immédiatement « rompu le charme » de la justice de Staline aux yeux du monde entier.

Le réduire alors au silence, on n’y pouvait songer; l’arrêter, l’exiler, pour ne pas parler de l’exécuter, était moins concevable encore. L’idée de hâter sa fin par l’intermédiaire de Iagoda, « sans verser du sang », a dû apparaître au dictateur du Kremlin comme l’unique issue possible dans les circonstances données. L’esprit de Staline est ainsi fait que semblables décisions lui sont imposées par la force de simples réflexes. Ayant accepté la tâche, Iagoda se tourna vers ses « propres » médecins. Il ne risquait rien. Un refus, selon les mots même du Dr Lévine, « notre perte, la mienne et celle de ma famille ». En outre, « on n’échappe pas à Iagoda. Iagoda ne reculera devant rien. Il vous tirera de de sous terre ».

Mais pourquoi les médecins autorisés et respectés du Kremlin ne se plaignaient-ils pas aux membres du gouvernement qu’ils connaissaient tous très bien, puisqu’ils étaient leurs propres patients? Sur la liste du seul Dr Lévine, figuraient vingt-quatre officiels de haut rang, dont des membres du bureau politique et du conseil des commissaires du peuple. La réponse est que le Dr Lévine — comme tout familier du Kremlin — savait pertinemment de qui Iagoda était l’agent. Le Dr Lévine s’inclinait devant Iagoda parce qu’il était impuissant devant Staline.

Quant au mécontentement de Gorky, à ses efforts pour partir à l’étranger, au refus de Staline de lui accorder un passeport — on le savait et on en discutait à voix basse. Tout de suite après la mort du grand écrivain, on se demanda si Staline n’avait pas quelque peu aidé les forces destructrices de la nature… Une des raisons du procès de Iagoda était de dégager nettement Staline de cette suspicion. D’où les déclarations répétées de Iagoda, des médecins et des autres accusés, selon lesquelles Gorky était « un ami intime de Staline », « un ami sûr », un « stalinien », qu’il approuvait pleinement la politique du « chef », parlait « avec un enthousiasme exceptionnel » du rôle de Staline. Si la moitié seulement de tout cela avait été vrai, Iagoda n’aurait pas pris sur lui d’assassiner Gorky et moins encore osé charger d’une telle opération un médecin du Kremlin, qui pouvait se débarrasser de lui simplement par un coup de téléphone à Staline.

C’était là un simple « détail », pris dans un seul procès. Il y a eu beaucoup de procès et de multiples « détails ». Tous portent l’empreinte indélébile de Staline. Cette œuvre est fondamentalement sienne. Allant et venant dans son bureau, il étudie divers plans au moyen desquels il pourra réduire quiconque lui déplaît au degré le plus bas de l’humiliation, les dénonciations mensongères de ses amis les plus chers, la trahison de soi la plus horrible. Pour celui qui résiste en dépit de tout, il y a toujours la petite fiole. Ce n’est que Iagoda qui a disparu ; son armoire aux poisons est restée.

Au procès de 1938, Staline accusa Boukharine, au passage, d’avoir en 1918 préparé un attentat contre la vie de Lénine. Le naïf et ardent Boukharine vénérait Lénine, l’aimait de l’amour d’un enfant pour sa mère et, quand il polémiquait avec lui, il gardait toujours l’attitude déférente d’un disciple. Si, avant l’ère stalinienne, quelqu’un avait prédit qu’un jour viendrait où Boukharine serait accusé d’un attentat contre la vie de Lénine, chacun de nous, et Lénine le premier, aurait éclaté de rire et aurait suggéré d’envoyer le prophète dans un asile d’aliénés. Pourquoi donc Staline a-t-il recouru à une accusation aussi évidemment absurde? La supposition la plus vraisemblable est que c’était là sa réponse aux soupçons de Boukharine, imprudemment exprimés, en direction de Staline lui-même. De façon générale, toutes les accusations sont taillées sur ce patron. Les éléments essentiels des complots policiers de Staline ne sont pas les produits de la pure fantaisie : ils sont empruntés à la réalité — le plus souvent à des actes ou des desseins du « cuisinier » lui-même. Le même « réflexe stalinien » de défensive-offensive, révélé si clairement dans le cas de la mort de Gorky, se montre également dans toute sa force dans le cas de la mort de Lénine. Dans le premier cas, c’est Iagoda qui paie de sa vie, dans le second, c’est Boukharine.

J’imagine que les choses se passèrent à peu près de la sorte. Lénine demanda du poison à la fin de février 1923. Au début de mars, il était encore paralysé. Le diagnostic médical était à ce moment prudemment défavorable. Se sentant plus sûr de lui, Staline commença à agir comme si Lénine était mort. Mais le malade le trompa : son organisme robuste, soutenu par son inflexible volonté, l’emporta. Vers l’hiver, l’état de Lénine commença à s’améliorer lentement, lui permit de se mouvoir plus librement, d'écouter des lectures et de lire lui-même, l’usage de la parole revenait. Les observations des médecins devinrent progressivement plus encourageantes. Le rétablissement de Lénine n’aurait pas pu, naturellement, empêcher la réaction bureaucratique de supplanter la révolution ; Kroupskaia avait de bonnes raisons de dire en 1926 : « Si Volodia était en vie, il serait maintenant en prison. ».

Pour Staline, il ne s’agissait pas du cours général de la révolution, mais de son destin personnel : ou bien il pourrait manœuvrer tout de suite, le jour même, afin de devenir le maître de l’appareil politique et, par là, du parti et du pays, ou bien il serait relégué à un rôle de troisième plan pour le reste de sa vie. Staline voulait le pouvoir, tout le pouvoir, à tout prix. Il le tenait déjà d’une main ferme, le but était proche, mais le danger provenant de Lénine était plus proche encore. En ces jours, Staline a dû prendre la résolution qu’il était impératif d’agir sans délai. Il avait partout des complices dont le destin était totalement lié au sien. A côté de lui, il y avait le pharmacien Iagoda Si Staline envoya le poison à Lénine après que les médecins eurent laissé entendre à demi-mot qu’il n’y avait plus d’espoir, ou s’il eut recours à des moyens plus directs, je l’ignore. Mais je suis fermement convaincu que Staline n’aurait pas pu attendre passivement, alors que son destin était en jeu et que la décision dépendait d’un petit, tout petit geste de sa main.

Quelques jours après la mi-janvier 1924, je partis pour Soukhoum au Caucase, afin d’essayer de me débarrasser d’une mystérieuse et tenace infection dont la nature est restée un mystère pour les médecins. La nouvelle de la mort de Lénine m’atteignit en cours de route. Selon une version très répandue, j’ai perdu le pouvoir parce que je n’étais pas présent aux funérailles de Lénine. Cette explication ne peut guère être sérieusement retenue. Mais le fait que j'étais absent à ces cérémonies provoqua chez beaucoup de mes amis de graves pressentiments. Dans la lettre de mon fils aîné — il allait vers ses dix-huit ans — il y avait une note de juvénile désespoir : j’aurais dû venir à tout prix ! Telle était bien mon intention. Le télégramme chiffré annonçant la mort de Lénine nous arriva, à ma femme et à moi, en gare de Tiflis. J’envoyai tout de suite une note chiffrée au Kremlin : « J’estime nécessaire de rentrer à Moscou. Quand les funérailles auront-elles lieu? » La réponse de Moscou me parvint une heure plus tard : « Les funérailles auront lieu samedi ; vous ne pourriez revenir à temps. Le bureau politique estime qu'à cause de votre état de santé, vous devez poursuivre votre voyage jusqu'à Soukhoum — Staline. »

Je ne crus pas devoir demander l’ajournement des funérailles pour ma seule convenance. Ce n’est qu’à Soukhoum, enveloppé de couvertures sous la véranda d’un sanatorium, que j’appris que les funérailles avaient été reportées au dimanche. Les circonstances en liaison avec la fixation des funérailles et le changement ultérieur de leur date sont si compliquées qu’on ne peut les clarifier en quelques lignes. Staline a manœuvré, non seulement me trompant moi, mais, à ce qu’il apparaît, trompant aussi ses alliés du triumvirat. A la différence de Zinoviev, qui considérait chaque question du point de vue de son efficacité immédiate pour l’agitation, Staline était guidé, dans ses manœuvres risquées, par des considérations plus tangibles. Il a pu avoir redouté que j’opère un rapprochement entre la mort de Lénine et notre conversation de l’année précédente sur le poison, que j’interroge les docteurs pour savoir s’il pouvait être question d’empoisonnement et que je demande une autopsie spéciale, il était par conséquent plus sûr, à tous points de vue, de me tenir éloigné jusqu’à l’embaumement du corps, puisque, une fois les viscères brûlés, un examen post mortem n’était plus possible.

Quand j’interrogeai plus tard les médecins, à Moscou, sur les causes immédiates de la mort de Lénine, qui les prit par surprise, ils ne savaient que dire. Je ne voulus pas tourmenter Kroupskaia, qui m’avait envoyé à Soukhoum une lettre très chaleureuse, avec des questions sur un tel sujet. Je ne renouai de relations personnelles avec Zinoviev et Kamenev que deux ans plus tard, après leur rupture avec Staline. Ils évitaient ostensiblement toute discussion concernant les circonstances de la mort de Lénine, répondant par monosyllabes et évitant mon regard. Savaient-ils quelque chose ou n’avaient-ils que des soupçons? En tout cas, ils avaient été si intimement liés à Staline, au cours des trois années précédentes, qu’ils ne pouvaient s’empêcher d’être inquiets, craignant que l’ombre du soupçon ne s’étendît également sur eux.

Devant le cercueil de Lénine, Staline lut sur une feuille de papier son serment de fidélité aux commandements de son maître, rédigé dans le style des homélies qu’il avait étudiées au séminaire de Tiflis. Ce serment fut, à l’époque, à peine remarqué ; aujourd’hui, il est dans tous les manuels scolaires, où il a remplacé les Dix Commandements.

Les noms de Néron et de César Borgia ont été plus d’une fois mentionnés, à l’occasion des « procès de Moscou » et des derniers événements sur la scène internationale. Puisqu’on a évoqué ces vieux fantômes, il me semble qu’il convient de parler désormais d’un super-Néron et d’un super-Borgia, tellement les crimes de ces époques nous apparaissent modestes et presque naïfs, en comparaison avec les exploits de notre temps. Il est cependant possible de discerner une signification historique plus profonde dans ces analogies purement personnelles. Les coutumes de l’Empire romain à son déclin s’établirent durant la transition de l’esclavage au féodalisme, du paganisme à la chrétienté. L’époque de la Renaissance marqua la transition de la société féodale à la société bourgeoise, du catholicisme au protestantisme et au libéralisme. Dans les deux cas, la vieille morale s’est dissipée avant que la nouvelle se soit formée.

Nous vivons de nouveau la transition d’un système à un autre dans une époque de crise sociale exceptionnelle, laquelle, comme toujours, s’accompagne d’une crise dans le domaine de la morale. L’ancienne a été ébranlée jusque dans ses fondements. La nouvelle commence à peine à émerger. Quand le toit s’est effondré, quand les portes et les fenêtres sont sorties de leurs gonds, la maison est triste et la vie y est dure. Aujourd’hui, des rafales balaient la planète tout entière. Tous les principes traditionnels sont de plus en plus avilis et pas seulement ceux que bafouent les pratiques staliniennes.

Mais une explication historique n’est pas une justification : Néron, lui aussi, fut un produit de son temps. Néanmoins, après qu’il eut disparu, ses statues furent brisées et son nom partout effacé. La vengeance de l’histoire est plus terrible que celle du secrétaire général le plus puissant. J’ose penser que c’est consolant.