Le 20 juin 1981 : 20 ans après

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Radio International : La perception commune est que la République Islamique est une conséquence de la révolution de 1979. Pourtant, tu as déclaré que, comme la plupart des révolutions, la révolution iranienne de 1979 a été brisée par une répression brutale. Explique cela.

Mansoor Hekmat : N’importe quel observateur indépendant qui étudie cette histoire verra que le peuple s’est soulevé contre une monarchie dictatoriale, sa police secrète, ses prisons et ses tortures (ceux qui n’ont pas fait directement l’expérience de cette période devraient sérieusement revoir cette histoire). Dans cette société, il n’y avait pas de liberté d’expression, de presse et d’organisation. Les syndicats et les activités socialistes étaient inexistants. Il n’y avait pas de liberté pour l’activité politique. C’était un pouvoir despotique, d’un seul homme, dépendant de la police, de l’armée et des services de renseignements. L’inégalité économique était flagrante, avec un développement de la misère à côté d’énormes richesses. Le peuple s’est levé contre ça, pour l’égalité et la libération de la répression politique et de l’exploitation économique. C’est ce qui est connu comme la révolution de 1979 (1357).

Lorsqu’il était devenu évident que le régime du Shah était incapable de réprimer ce mouvement révolutionnaire, le mouvement islamiste a commencé à lever la tête. Ce mouvement réactionnaire, qui appartenait au passé et avait continué à exister dans les marges de la société iranienne, était contre la civilisation, la modernisation sociale, les droits des femmes et le développement. Une des personnalité de ce mouvement, Khomeiny, qui était en exil en Irak, fut envoyé à Paris et placé sous les projecteurs. A partir de ce moment, les gouvernements et les médias occidentaux ont largement fait la promotion de ce mouvement islamiste comme l’alternative qui pourrait et devrait remplacer le gouvernement du Shah. Finalement, le Général Robert Huyser, l’envoyé spécial du gouvernement des États-Unis en Iran, a discuté avec l’armée et a assuré son allégeance à Khomeiny. Une large section de l’opposition traditionnelle et nationale de cette époque, comme le Front National, le Parti Tudeh, etc., ont déclaré leur allégeance au mouvement islamiste. En conséquence, le courant islamiste fut poussé aux premières lignes du mouvement anti-monarchiste. Contrairement à la volonté du courant islamiste, le peuple s’est soulevé (connu comme l’insurrection du 22 Bahman, 11 février 1979) et a entraîné la défaite de l’armée du Shah lors d’une confrontation armée. Il en est sorti la formation d’un gouvernement sous la direction et le contrôle du courant islamiste.

Pendant les deux années et demi entre le 11 février 1979 (13 Bahman 1357) et le 20 juin 1981 (30 Khordad 1360), il y avait toujours des possibilités d’expression malgré le pouvoir islamiste. C’était une période d’activité politique relativement ouverte que l’Etat était incapable de réprimer massivement, malgré l’existence de brutes et de l’islamisme. A cette époque, Khalkhali (l’infâme juge des pendaisons) était le bourreau du régime, mais malgré tout, le régime n’avait pas la force de réprimer complètement et de neutraliser le développement du mouvement populaire. Les partis politiques fleurissaient, les livres de Marx et Lénine étaient en vente partout, les organisations communistes publiaient des journaux, des conseils ouvriers se constituaient, différentes organisations de femmes étaient formées, et la vague des protestation continuait de monter, jusqu’à ce qu’au coup d’Etat islamiste contre-révolutionnaire qui eu lieu le 20 juin 1981 (30 Khordad 1360). Ils ont agressé et exécuté entre 300 et 500 personnes par jour à la prison Evin et à travers tout le pays, fermé les journaux et écrasé l’opposition. C’est ça qui a permis à la République Islamique d’exister aujourd’hui. Le moment de l’établissement de la République Islamique fut le 20 juin 1981 (30 Khordad), pas le 11 février 1979 (22 Bahman). Le 11 février (22 Bahman) fut la révolution du peuple. Du 8 septembre 1978 (17 Shahrivar 1357, jour où l’armée du Shah massacra les manifestants Place Jaleh à Téhéran) au 20 juin 1981, les forces de droite et les gouvernements cherchaient à entraver la révolution du peuple. Le 20 juin est le stade final de la répression.

La liste des exécutions par le gouvernement islamiste était en fait basé sur la liste de ceux qui avaient été emprisonnés sous la monarchie. Une personne qui avait été condamnée à deux mois de prison par le gouvernement du Shah était exécutée par le régime islamique. Ils ont attaqué et assassiné exactement les mêmes gens que ceux que le régime du Shah voulait réprimer mais qu’il n’avait pu faire.

Radio International : La République Islamique a réprimé la révolution que le régime du Shah n’a pas réussi à réprimer ; en fait, ce fut une revanche contre le peuple qui s’était révolté contre le Shah. Comment cela a-t-il été possible ? Avant le 20 juin 1981, il y avait des journaux de gauche, des manifestations et, malgré les arrestations et les combats de rue avec les brutes, il y avait de la liberté. Que s’est-il passé le 20 juin (30 Khordad) qui a établit le gouvernement islamique et provoqué la défaite du mouvement révolutionnaire ?

Mansoor Hekmat : C’était un violent coup d’Etat auquel ont succédé un développement d’exécutions et de meurtres. Ce n’était pas comme aujourd’hui lorsqu’ils ferment seize journaux dirigés par leurs amis (« opposants internes ») et les accusent devant des tribunaux où ils sont toujours appelés « Monsieur », etc. Ils occupaient les rues et arrêtaient quiconque n’avait pas l’air musulman. Si quelqu’un avait du sel et du poivre dans ses poches, ils l’accusaient de vouloir le jeter dans les yeux des Gardes Révolutionnaires. Ils arrêtaient quiconque avait récité un poème, était connu comme socialiste ou sympathisant des droits des femmes, toute femme qui n’était pas voilée et quiconque avait l’air d’être de gauche et les exécutaient la nuit même. Des statistiques, des documents et des témoins prouvent l’ampleur de ces atrocités. Un jour viendra où le peuple d’Iran et du monde observera les procès de ceux qui ont commis ces crimes. Ce jour-là, le monde pleurera les centaines de milliers de victimes du 20 juin (30 Khordad 1360) et d’après, en particulier celles de 1988 (1367).

Ce fut un des plus grands crimes du 20ème siècle, comparable à l’Allemagne nazie, au génocide en Indonésie et au Ruanda, et encore bien plus brutal que celui a qui a eu lieu au Chili. C’est une des plus grandes catastrophes et tragédies humaines du 20ème siècle. Ils ont agressé, réprimé, assassiné et enterré dans des tombes sans noms d’innombrables personnes. Ils ont massacré les gens les meilleurs, les plus passionnés et les plus progressistes pour rester au pouvoir.

Radio International : Les dirigeants de la République Islamique sont maintenant divisés en deux fractions rivales, nommées la droite et le 2 Khordad (aussi appelée Réformistes) qui étaient à cette époque responsables de la répression. Pour nommer quelques personnalités de l’actuel « 2 Khordad », Behzad Nabavi était le porte-parole du gouvernement, Hajarian un des architectes du terrifiant service de renseignement et Khatami lui-même était, par exemple, au gouvernement de cette époque. Comment ont-ils pu être unis après le 20 juin (30 Khordad) et s’affronter aujourd’hui entre eux ?

Mansoor Hekmat : Les fractions étaient présentes alors dans la République Islamique, mais ce n’était pas les mêmes fractions qu’aujourd’hui. Les Moudjahdin-e Enghelab-e Eslami, le Parti Républicain Islamique et le groupement Khat-e Imam (La ligne de l’Imam) étaient, par exemple, aux premiers postes du gouvernement. Le Mouvement de la Liberté, qui est maintenant membre du 2 Khordad, était une des victimes du groupement Khat-e Imam, qui appartient maintenant aussi au 2 Khordad. A l’époque, le gouvernement, je veux dire le cabinet ministériel, était entre les main du groupement Khat-e Imam. Ce phénomène du 2 Khordad, qui a été créé plus tard, comprend ceux qui était des dirigeants de la répression de cette époque. Nombreux parmi ceux qui sont maintenant étudiants de Voltaire, sont devenus des démocrates et s’appellent eux-mêmes journalistes, étaient alors des Gardes Révolutionnaires, des interrogateurs, des tortionnaires et étaient responsables d’exécutions. Aussi, le 30 Khordad (20 juin) est une expérience commune des deux fractions. Ceux du 2 Khordad sont autant responsables de la répression du 30 Khordad (20 juin) que Lajvari, Gilani, Khomeiny et Khamenei. C’était leur gouvernement. Khomeiny, dont le nom doit resté dans l’histoire comme celui d’un bourreau réactionnaire et d’un criminel contre l’humanité, était à la tête de cet effort, était suivi par de nombreux d’entre eux.

Je pense qu’il est extrêmement important que le peuple d’Iran étudie cette histoire et le passé de ces gens pendant ces vingt et quelques dernières années et qu’il soit conscient de la nature des différences entre eux aujourd’hui.

Lors du 30 Khordad (20 juin 1981), il n’y avait aucune différence entre eux pour maintenir le régime islamique par des exécutions et des meurtres de masse. Voilà ce qu’ils ont fait. Maintenant, ils cherchent à faire la même chose dans des circonstances différentes. Ils veulent maintenir l’Etat islamique contre le peuple.

Radio International : Peut-on, cependant, dire que ceux du 2 Khordad regrettent leur politique du 30 Khordad (20 juin) et pensent qu’ils auraient dû agir différemment ?

Mansoor Hekmat : Pas du tout. Les personnalités du 2 Khordad vous direz très fièrement qu’ils sont exactement les mêmes personnalités que celles du 30 Khordad (20 juin). Ils ne regrettent pas le 30 Khordad (20 juin). Bien sûr, plus tard, lors de leurs procès, ils diront qu’ils regrettent, mais pas maintenant. Actuellement, ils ne feront rien qui puisse remettre en cause leur statut « d’opposants internes ». Le 30 Kordad (20 juin) est le critère suprême qui séparent ceux qui sont « à l’intérieur » du régime de tous les autres. Ceux de « l’intérieur » sont ceux qui ont défendu le « système » contre ses opposants. Le 30 Khordad (20 juin) est le moment qui donne la meilleure définition ; c’est la date de naissance de la République Islamique. Et ceux qui s’opposeraient au 30 Khordad (20 juin) seraient jetté hors du cercle de « l’intérieur ».

Tôt ou tard, et plus tôt qu’ils ne le pensent, commenceront des procès publics et libres qui enquêteront sur leurs crimes contre l’humanité. Ils ne sont pas le genre de types qui peuvent prendre leur argent et aller à Los Angeles. La plupart d’entre eux feront face aux tribunaux du peuple. Un des sujets qui sera traité sera le 30 Khordad (20 juin), ceux qu’ils savent de cette période et le rôle qu’ils y ont joué, et leur exposition au public pour réduire les souffrances de la société suite à cette date.

Radio International : Le Parti Communiste-Ouvrier d’Iran a lancé une campagne sur le 30 Khordad 1360 (20 juin 1981) pour exposer ses réalités et en mémoire de celles et ceux qui y ont perdu la vie. Quels sont les buts du PCOI dans cette campagne ?

Mansoor Hekmat : 60 à 70%de la population ne se souvient pas du 30 Khordad 1360 (20 juin 1981), mais c’est un moment important dans la fondation de la République Islamique. Nous voulons rappeler à la génération iranienne d’aujourd’hui et au monde que la République Islamique, qui est aujourd’hui au pouvoir, est le résultat d’un immense crime contre l’humanité. Cela doit être clairement rappelé, noté, déclaré, exposé et ne doit pas être oublié.

Deuxièmement, ces gens sont toujours là. Les mêmes qui ont organisé les meurtres et les exécutions du 30 Khordad 1360 (20 juin 1981) font toujours partie des politiciens de ce pays. Ils sont membres du parlement, ils sont dans les ministères, et sont des dirigeants et à la direction de la justice, de l’armée et des Gardes Révolutionnaires. La lutte contre eux continue. Les crimes qu’ils ont commis n’ont pas encore été jugés, y compris les accusations de leurs crimes du 30 Khordad (20 juin). C’est un des terrain de la lutte contre le gouvernement islamique, ses bases et ses personnalités, de Khomeiny, Beheshti à Khatami, Khamenei, Rafsanjani, Gilani et tous ceux qui ont joué un rôle à ce moment. Cela fait partie de notre combat contre la République Islamique.