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Special pages :
La voie sûre
| Auteur·e(s) | Trotsky |
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| Écriture | 27 mai 1927 |
Le correspondant de Shanghai du Daily Express communique :
« Les paysans de la province du Honan occupent le pays et exécutent les grands propriétaires terriens qui résistent le plus obstinément. Partout le contrôle se trouve entre les mains des communistes. Des conseils ouvriers locaux sont créés auxquels appartient le pouvoir administratif. » (Pravda du 11 mai 1927.)
Nous ne savons pas dans quelle mesure est juste le télégramme qui caractérise le milieu, en traits aussi nets. Nous n'avons pas d'autres nouvelles que ce télégramme. Quelle est l'ampleur réelle du mouvement ? N'est-il pas exagéré sciemment afin d'influencer l'imagination de MM. MacDonald, Thomas, Purcell et Hicks, dans l'intention de les rendre plus souples pour la politique de Chamberlain ? Nous ne le savons pas, mais cela n'a pas, dans ce cas, une importance décisive.
Les paysans se saisissent de la terre et exterminent les grands propriétaires terriens les plus contre-révolutionnaires. Des conseils ouvriers locaux sont créés auxquels appartient le pouvoir administratif. C'est ce qu'un correspondant d'un journal réactionnaire nous fait savoir. La rédaction de la Pravda a considéré ce communiqué comme suffisamment important pour le mettre à la première page, le sommaire qui donne les événements journaliers les plus considérables du monde entier.
Nous sommes aussi d'avis que cela est juste. Mais il serait évidemment très prématuré de prétendre que la Révolution chinoise est déjà, après le coup d'État d'avril de la contre-révolution bourgeoise, entrée dans un stade nouveau et supérieur. Après une grande défaite, il arrive fréquemment qu'une partie de la masse qui n'a pas été contrainte de supporter des coups directs déferle, au stade suivant du mouvement, et dépasse provisoirement les détachements de tête qui ont déjà souffert d'une façon particulièrement forte de la défaite. Si nous avions affaire à un phénomène de ce genre, les soviets du Honan disparaîtraient bientôt, balayés provisoirement par le reflux révolutionnaire général.
Mais il n'y a pas la moindre raison d'affirmer que nous avons affaire uniquement à des chocs violents de l'arrière-garde de la Révolution qui refluent pour une longue période. Bien que la défaite d'avril n'ait pas été un épisode partiel, mais une étape très importante dans le développement de la contre-révolution ; malgré la cruelle saignée qu'ont subie les détachements d'avant-garde de la classe ouvrière, il n'y a pas la moindre raison d'affirmer que la Révolution chinoise est battue pour des années.
Comme le mouvement agraire est plus disséminé, il est moins exposé à l'action immédiate des bourreaux de la contre-révolution. La possibilité n'est pas exclue de voir l'accroissement ultérieur du mouvement agraire donner au prolétariat la possibilité de se redresser déjà, dans un avenir relativement proche, et de passer de nouveau à l'attaque. Évidemment, des prophéties exactes sont impossibles sur ce point, en particulier à une grande distance. Le parti communiste chinois devra suivre attentivement le cours réel des événements et les groupements de classe afin d'adapter le moment actuel à une nouvelle vague d'offensive.
La possibilité d'une nouvelle offensive ne dépendra pas seulement du développement du mouvement agraire, mais dépendra aussi du côté où, dans la prochaine période, se développeront les larges masses petites-bourgeoises des villes. Le coup d'État de Chang-Kaï-Chek ne signifie pas seulement (moins peut-être) le renforcement de la puissance de la bourgeoisie chinoise, mais aussi la restauration et l'affermissement des positions du capital étranger en Chine, avec toutes les conséquences qui en découlent. De là résulte le caractère vraisemblable, peut-être même le caractère inévitable, et cela dans un avenir assez proche, d'une volte-face des masses petites-bourgeoises contre Chang-Kaï-Chek. La petite bourgeoisie, qui ne doit pas seulement supporter de lourdes souffrances du fait du capital étranger, mais aussi du fait de l'alliance de la bourgeoisie chinoise nationale avec lui, ne peut moins faire, après telles ou telles hésitations, que de se tourner contre la contre-révolution bourgeoise. C'est précisément en ceci que consiste un des phénomènes les plus importants pour nous de la mécanique des classes dans la Révolution nationale démocratique.
Enfin le jeune prolétariat chinois est tellement habitué, par toutes les conditions de son existence, aux privations et aux sacrifices, il a appris, avec tout le peuple chinois opprimé, dans une telle mesure à regarder la mort dans les yeux, que l'on a le droit d'attendre des ouvriers chinois, une fois qu'ils seront justement éveillés par la Révolution, une abnégation dans la lutte tout à fait exceptionnelle.
Tout cela donne entièrement le droit de compter que la nouvelle vague de la Révolution chinoise ne sera pas séparée par de longues années, mais par quelques mois courts, de la vague qui s'est terminée par la défaite d'avril du prolétariat. Naturellement, personne ne peut fixer une date sur ce point. Mais nous serions des révolutionnaires sans aucune valeur si nous n'orientions pas notre cours sur un nouvel élan, si nous n'élaborions pas, en effet, un programme d'action, une voie politique, et des formes d'organisation.
La défaite d'avril ne fut pas un épisode, ce fut une sévère défaite de classe ; nous renonçons ici à l'analyse des causes de cette défaite. Nous voulons, dans cet article, parler de demain et non d'hier. La sévérité de la défaite d'avril ne consiste pas seulement dans le fait qu'un coup sanglant a été porté aux centres prolétariens. La sévérité de la défaite consiste dans le fait que les ouvriers ont été abattus par un de ceux qui, jusqu'ici, se tenaient à leur tête. Une si violente volte-face ne peut moins faire que de désorganiser physiquement et de troubler politiquement les rangs du prolétariat. Ce trouble, qui est plus dangereux pour la Révolution que la défaite même, on ne peut s'en rendre maître que par une ligne révolutionnaire claire, précise, pour demain.
En ce sens, le télégramme du correspondant de Shanghai du journal anglais réactionnaire prend une importance tout à fait spéciale. Il montre quelles voies la Révolution peut suivre en Chine si elle réussit à atteindre, dans la période prochaine, un stade supérieur.
Nous avons dit plus haut aussi que la liquidation, à la paysanne, des grands propriétaires terriens dans le Honan, ainsi que la création de conseils ouvriers, peuvent être aussi la fin accentuée d'une dernière vague et le commencement d'une nouvelle vague, étant donné qu'on considère la chose de loin. Cette opposition entre les deux vagues peut perdre son importance si l'intervalle entre elles est long, c'est-à-dire de quelques semaines ou même de quelques mois. Mais quel que soit l'état des choses, la signification symptomatique des événements du Honan est tout à fait claire et indiscutable, indépendamment de son ampleur et de son impulsion.
Les paysans et les ouvriers du Honan montrent quelle voie leur mouvement peut suivre, une fois que les lourdes chaînes de leur bloc avec la bourgeoisie et les grands propriétaires terriens sont rompues. Il serait méprisable et petit-bourgeois de croire que la question agraire et la question ouvrière peuvent, dans le processus de cette Révolution gigantesque par les tâches et par les masses qu'elle entraîne, être réglées par des décrets venus d'en haut et par des commissions d'arbitrage. L'ouvrier veut, lui-même, rompre l'épine dorsale de la bourgeoisie réactionnaire et apprendre aux fabricants à respecter le prolétaire, sa personnalité et ses droits. Le paysan veut lui-même trancher les nœuds de sa dépendance à l'égard des grands propriétaires terriens qui le dépouillent par l'usure et le tiennent en esclavage. L'impérialisme qui entrave, par la violence, au moyen de sa politique douanière, financière et militaire, le développement économique de la Chine, condamne les ouvriers à la mendicité et les paysans à l'esclavage le plus cruel. La lutte contre le grand propriétaire terrien, la lutte contre l'usurier, la lutte contre le capitaliste pour de meilleures conditions de travail, s'élèvent par cela même à la lutte pour l'indépendance nationale de la Chine, pour la libération de ses forces productives des liens et des chaînes de l'impérialisme étranger.
C'est l'ennemi principal et le plus puissant. Il est puissant non seulement par ses vaisseaux de guerre, mais aussi directement par la liaison indissoluble des chefs des banques, des usuriers, des bureaucrates et des militaires, de la bourgeoisie chinoise et par les rapports indirects, mais qui n'en sont pas moins étroits, de la grande bourgeoisie commerciale et industrielle avec lui.
Tous ces faits témoignent que la pression de l'impérialisme n'est nullement une pression extérieure, mécanique, qui soude toutes les classes. Non, c'est un facteur très profond de réaction intérieure qui attise la lutte de classes. La bourgeoisie chinoise, commerciale et industrielle, à chaque choc sérieux avec le prolétariat y ajoute la force du capital étranger et des baïonnettes étrangères. Les maîtres de ces capitaux et de ces baïonnettes jouent le rôle d'agitateurs éprouvés et habiles, qui inscrivent aussi le sang des ouvriers chinois dans leurs comptes, exactement comme le caoutchouc brut et l'opium. Si l'on veut expulser l'impérialisme étranger, si l'on veut vaincre cet ennemi, il faut lui rendre impossible en Chine son travail de bourreau et de brigand « pacifique », « normal ».
On ne peut évidemment y arriver sur la voie du compromis de la bourgeoisie avec l'impérialisme étranger. Un tel compromis peut augmenter de quelques pour cent la part de la bourgeoisie chinoise sur les produits du travail des ouvriers et des paysans chinois. Mais cela signifiera la pénétration plus profonde de l'impérialisme étranger dans la vie économique et politique de la Chine, l'esclavage plus profond des ouvriers et paysans chinois. La victoire sur l'impérialisme étranger ne peut être acquise que par son éviction des villes et des champs par les travailleurs. Il faut pour cela que des millions et des millions de travailleurs se soulèvent réellement. Ils ne peuvent se soulever sous le simple mot d'ordre de la libération nationale, mais seulement dans la lutte directe contre le gros propriétaire terrien, le satrape militaire, l'usurier, le brigand capitaliste. Dans cette lutte, les masses se soulèvent déjà, se cuirassent, s'arment. Il n'y a pas d'autre voie d'éducation révolutionnaire.
La direction grande-bourgeoise du Kuomintang (la bande de Chang-Kaï-Chek) s'est opposée par tous les moyens à cette voie. C'est seulement de l'intérieur, par la voie de décrets et d'interdictions, et comme la discipline du Kuomintang n'y suffisait pas, à l'aide des mitrailleuses. La direction petite-bourgeoise du Kuomintang hésite par crainte d'un développement trop tumultueux du mouvement des masses. D'après tout leur passé, les radicaux petits-bourgeois sont habitués à regarder plutôt en haut, à chercher des combinaisons de toutes sortes de groupes nationaux, plutôt qu'à regarder en bas, vers la lutte véritable des millions de travailleurs.
Mais si les hésitations et si le manque de résolution sont dangereux dans toutes choses, ils sont néfastes dans la Révolution. Les ouvriers et les paysans du Honan montrent l'issue pour sortir des hésitations et par conséquent, la voie pour sauver la Révolution.
Il n'est pas nécessaire d'expliquer que seul ce chemin, c'est-à-dire l'élan le plus profond des masses, le plus grand radicalisme social du programme, le drapeau levé des Conseils ouvriers et paysans, peuvent empêcher sérieusement la Révolution d'être abattue militairement de l'extérieur. Nous le savons par notre propre expérience. Seule une Révolution, sur le drapeau de laquelle les travailleurs et les exploités inscrivent clairement leurs propres revendications, est capable de saisir les soldats du capitalisme par leurs sentiments vivants. Nous avons expérimenté et éprouvé cela dans les eaux d'Arkhangelsk, d'Odessa, et en d'autres lieux. La direction, pleine de compromis et de traîtrise, n'a pas gardé Nankin de la destruction et a ouvert aux vaisseaux ennemis l'accès sur le Yang-Tsé. Une direction révolutionnaire, étant donné l'élan social puissant du mouvement, peut faire en sorte que les eaux du Yang-Tsé deviennent trop brûlantes pour les vaisseaux de Lloyd George, Chamberlain et de MacDonald. En tout cas, la Révolution ne peut chercher et trouver sa défense que dans cette voie.
De plus, nous avons dit plus haut à deux reprises que le mouvement agraire et la création des soviets peuvent signifier la fin d'hier et le commencement de demain. Mais cela ne dépend pas seulement des conditions objectives. Une importance énorme, peut-être décisive, est constituée, dans les circonstances actuelles, par le facteur subjectif : la fixation exacte des tâches, la direction ferme et claire. Si un mouvement comme celui qui a commencé au Honan est abandonné à lui-même, il sera irrémédiablement étouffé. La confiance des masses qui se soulèvent se décuplera dès qu'elles sentiront une direction ferme et plus de cohésion. Une direction claire, qui généralise les choses sur le terrain politique et qui les lie sur le terrain d'organisation, est seule capable de garder plus ou moins le mouvement de sursauts imprudents et prématurés, et de ce qu'on appelle les « excès » sans lesquels, d'ailleurs, ainsi que le prouve l'expérience de l'histoire, n'aboutit aucun réel mouvement révolutionnaire de masses.
La tâche consiste à donner au mouvement agraire et aux conseils ouvriers un programme clair d'action pratique, de la cohésion interne et un but politique de caractère général. C'est seulement sur cette base qu'une collaboration réellement révolutionnaire du prolétariat avec la petite bourgeoisie peut se former et se développer, une réelle alliance combattive du parti communiste avec le Kuomintang de gauche. Les cadres de ce dernier ne peuvent se former et se cuirasser réellement que lorsqu'ils se formeront en connexion des plus étroites avec la lutte révolutionnaire des paysans et de la population pauvre de la ville. Le mouvement agraire, conduit par des conseils paysans et ouvriers, mettra les gens du Kuomintang de gauche devant la nécessité de choisir définitivement entre le camp de Chang-Kaï-Chek et de la bourgeoisie et le camp des ouvriers et des paysans. Poser ouvertement les questions de classes fondamentales, c'est, dans les conditions actuelles, le seul moyen d'en finir avec les hésitations des radicaux petits-bourgeois et de les contraindre à suivre la voie qui seule mène à la victoire. Seul, notre parti chinois peut réaliser cela avec l'aide de toute l'Internationale communiste.