La tromperie officielle et la vérité

De Marxists-fr
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En janvier de cette année, le dirigeant du Caucase du Nord, membre du comité central, Andreïev, a confirmé dans une réunion sur la collectivisation que le mouvement en direction des kolkhozes "s'est développé si inflexiblement, s'est déroulé si puissamment dans tout le pays mais surtout dans le Nord du Caucase que maintenant ce mouvement va franchir tous les obstacles sur sa route".

Dans le même discours, Andreïev s'est plaint que la vente rapace de l'équipement, des bêtes, et même des semences "avant d'entrer dans le kolkhoze revête des dimensions directement menaçantes"…"Il nous faut, poursuit-il, arrêter cela à tout prix".

Deux "éléments" apparaissent devant nous: le mouvement irrésistible vers les kolkhozes et l'anéantissement rapace de leurs futures bases de production. Est-il possible de révéler plus nettement les mortelles contradictions de la collectivisation actuelle ? Andreïev ne le souhaite pas, et il caractérise la psychologie d'une large couche de paysans collectivisés avec les paroles d'un chant sans joie "Ma voiture a disparu/ Ses quatre roues". Ce n'est pas là la psychologie de la construction socialiste.

Comme pour mieux éclairer le tableau, Andreïev confirme et, à cette occasion à bon escient que si l'on faisait voter les koulaks dans tout le Caucase du Nord, "la majorité se prononceraient pour rejoindre les kolkhozes". Et là, il anticipe: "Mais cela ne veut pas dire que le koulak est un partisan de la collectivisation. Il n'a pas d'endroit où aller. Il entre dans le kolkhoze. Il entre dans le kolkhoze pour le saboter de l'intérieur" (Pravda, 15 janvier). C'est certainement exact. Mais malheureusement ce n'est pas vrai seulement pour le koulak. Les statistiques officielles indiquent de 5 à 6% pour le nombre de fermes de koulaks au Caucase. Les gros paysans moyens les suivent et sont suivis, avec moins de vigueur par les paysans moyens ordinaires et ainsi de suite". Si la situation est telle que le koulak est prêt à voter pour le kolkhoze en même temps que le paysan moyen, alors il est possible de distinguer le koulak du paysan moyen statistiquement, mais pas politiquement. Quelles sont exactement les genres de méthodes qu'Andreïev et ses enseignants utilisent pour déterminer si les paysans moyens entrent dans le kolkhoze "de tout leur cœur" ou juste parce "qu'ils n'ont pas d'endroit où aller" ? En réalité, ce même paysan moyen qui, selon Andreïev balaie tous les obstacles sur la route vers le socialisme s'embarque sur cette route en liquidant son inventaire et prépare ainsi en fait le naufrage du kolkhoze.

Pour arrêter la destruction de l'équipement rural, Andreïev propose: "Il faut traiter ces fermes (celles qui vendent leur bétail, etc. de la même façon que les fermes des koulaks". Ainsi Andreïev met-il un signe égal entre le désir du paysan moyen pour le socialisme et le sabotage du koulak. Pas étonnant, si après quelques semaines, nous lirons dans la même Pravda que les "maladroits" locaux ont offensé les paysans moyens, les ont privés du droit de disposer de leur propriété, les ont expropriés, leur ont enlevé le droit de vote, etc. Mais quel autre moyen existe-t-il d'exécuter les directives d'Andreïev qui à son tour, ne fait qu'exécuter celles de Staline ?

Andreïev résume ainsi l'ensemble du tableau: "Le développement victorieux de la révolution socialiste dans l'agriculture est si rapide qu'il bouleverse nos perspectives les plus hardies concernant la collectivisation". C'est dit un mois et demi après que le diagnosticien général ait identifié les symptômes du "vertige du succès".

Et maintenant, en avril, le Caucase du Nord présente le tableau d'un ensemencement de printemps insuffisant, de la panique administrative, des clameurs sur les excès, des appels interminables "pour ne pas oublier le ferme paysanne individuelle", celle-là même que le diligent Andreïev, sans recourir à la raison, a déclaré dès janvier, qu'elle était liquidée.