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Special pages :
La scission dans la social-démocratie polonaise
| Auteur·e(s) | Lénine |
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| Écriture | 12 janvier 1913 |
La scission actuelle dans la social-démocratie polonaise est le fruit du conflit qui a pris naissance il y a déja quelques années. En 1908, au VI-ème Congrès du parti, il s'est manifesté entre la Direction centrale d'une part et les organisations de Varsovie et du district Domhrowski de l'autre, une contradiction si grave que le congrès repoussa la proposition tendant à exprimer la confiance à la Direction centrale. Bien que portant. sur l'organisation, le conflit avait une grande importance politique. La périphérie revendiquait la possibilité d'influer sur la position politique du parti, elle demandait que les organisations puissent largement discuter de toutes ses initiatives.
La Direction centrale restait cependant aux mains des mêmes hommes. Et la majorité dirigée par un certain Tyszka n'a pas changé sa tactique, profitant de l'affaiblissement du parti, des arrestations et des conditions créées par la contre-révolution. Tyszka faisait la loi dans. le P.O.S.D.B., il intriguait au nom de la social-démocratie de Pologne et de Lettonie sans s'informer le moins du monde de la volonté de cette dernière. Dans la politique du parti commença une ère du non-respect des principes, de vacillements, par exemple sur la question des syndicats, des rapports avec le Parti socialiste polonais, de la tactique de la social-démocratie polonaise à l'intérieur du P.O.S.D.B. Les camarades qui signalaient les contradictions dans la politique de Ia Direction centrale, qui réclamaient une ligne conséquente et respectueuse des principes, se voyaient cloner le bec par la Direction centrale qui ne permettait pas la discussion dans la presse et qui, chose pire, promettait constamment d'ouvrir la discussion "sous peu" et, à ce moment-là, de publier en même temps les protestations des camarades contre cette tactique. Les adversaires de Tyszka au sein de la Direction centrale, de vieux militants bien connus de tous dans le parti, étaient évincés l'un après l`autre. L'un refusait de se faire réélire au Vle Congrès, déclarant qu`il était impossible de travailler avec Tyszka, l'autre était éliminé en 1909, le troisième refusait d`être membre de la Direction centrale en 1911.
Mais, au début de 1911, à mesure que le mouvement prenait de l'essor et s`animait, le mécontentement commença à se manifester à l'échelon local. L'organisation de Varsovie prit la tête de la "révolte"; c'était l'organisation la plus forte, la plus importante et surtout la plus éprouvée dans la bataille révolutionnaire et qui, de 1905 å ce jour, a occupé l`aile gauche de la social-démocratie polonaise. La Direction centrale, bien sûr, s'alarma et s'apprêta à "couper court". La conférence inter-districts de Varsovie (décembre 1911) servit de signal d'attaque. Elle eut le front d'exiger que le «territoire" soit mieux représenté à la prochaine conférence du parti, c'est-à-dire - idée impie - que soit affaiblie l'influence de la Direction centrale à la conférence. Cette exigence seule eût été un demi-mal, car la conférence de Lodz avait adopté une résolution similaire. Varsovie agit de manière plus criminelle encore: elle indiqua qu'elle ne réclamait pas cela sans raison, mais dans un but politique. Elle adopta de plus quelques résolutions politiques qui déplurent à Tyszka: entre autres, elle se déclara mécontente du fait que la Direction centrale ne lui eût pas présenté de compte rendu d'activité, et elle exigea que cette Direction centrale tînt le parti au courant de son activité à l'intérieur du P.0.S.D.R. et qu'elle ne fit pas une politique «russe ›› en cachette des ouvriers polonais, etc.
Une lutte ouverte s'engagea. Tyszka se répandit en une foule de "circulaires" et d' "explications". ll "expliquait" 1) que l'organisation de Varsovie foulait au pied les statuts du Parti et marchait vers la scission; 2) que ses résolutions étaient une manifestation du boycottage, d'otzovisme et d'anarchisme; 3) qu'elle n`avait aucune divergence idéologique avec la Direction centrale, donc que la scis- sion était privée de toute base politique; 4) que l`organisation de Varsovie n'existait pas; la conférence était fictive et, par conséquent, il n`y avait pas eu de scission; 5) que l'organisation de Varsovie n'avait pas été capable de publier un seul tract par ses propres moyens et qu`elle laissait tout le travail littéraire à la Direction centrale; qu'elle avait mis illégalement sur pied des moyens tech- niques servant la scission et qu'elle publiait des tracts. De même, il dénonçait personnellement, en fournissant des détails sur leur vie privée, deux "intellectuels chicaneurs" de Varsovie et expliquait que c'étaient eux qui avaient fait la scission alors qu'ils n'avaient jamais milité dans l'organisation.
Enfin, voyant que l' organisation de Varsovie n'en démordait pas, Tyszka décida d'employer... les moyens "héroïques". ll décida de convoquer une conférence fictive à laquelle ne serait pas conviée l'opposition, c'est-à-dire l'immense majorité des camarades militant dans le territoire. A cet effet, Tyszka déclara "dissoute" la plus puissante organisation, celle de Varsovie, et chargea deux à trois de ses agents de fonder une "organisation de Varsovie" séparée, donc scissionniste.
Mais la chose la plus scandaleuse, ce furent les "motifs" que donna Tyszka pour "dissoudre" l'organisation de Varsovie. Tyszka déclara que cette organisation indocile n'était rien d'autre que l'instrument d'une provocation policière. Tyszka n'a toujours pas cité le moindre fait sérieux, même le plus petit, qui confirmerait cette parole. Il n`a jamais publié le moindre nom, ne fût-ce que d'un seul suspect. Bien plus, afin de se ménager une voie de retraite, Tyszkza a écrit lâchement dans une déclaration au Bureau international, que Varsovie, comme toute organisation militant dans les circonstances actuelles, pouvait très aisément abriter une provocation.
Toutefois, Tyszka reconnut que c`était un bien de "dissoudre" l'organisation de Varsovie et même de la déclarer en dehors du P.0.S.D.R. Comme le lecteur le constate, ce n'est déjà plus de la lutte fractionnelle, c'est tout simple- ment une affaire sentant le crime.
On conçoit qu'en passant la mesure, Tyszka ait suscité une indignation décuplée. La commission, qu'il avait désignée lui-même pour dépister la provocation, intervint contre lui. Tyszka riposta en excluant du parti trois do ses membres, vieux militants de la social-démocratie polonaise et jouissant de la confiance générale. Quarante quatre vieux militants publièrent la protestation la plus ardente contre les actes de la "Direction centrale" qui humiliaient tous les révolutionnaires. Dans le territoire comme à l'étranger, partout, on demande des comptes à la "Direction centrale". L'organisation de Varsovie ne s`est pas dissoute, naturellement, pour faire plaisir à Tyszka, mais poursuit son activité, si difficile dans les conditions actuelles. C'est justement l'"opposition" qui a mené de façon brillante les élections à la curie ouvrière à Varsovie. Ces élections ont donné aux social-démocrates la majorité absolue sur tous les autres partis. Sur 34 délégués social-démocrates, 31 sont partisans de l'opposition, deux hésitent, et un seul est partisan de Tyszka. Par contre, dans la province où le « travail ›› est assuré par la Direction centrale et ses partisans, la campagne électorale a partout été perdue.
Il faut espérer que les chicanoe mesquines et indignes provoquées par la conduite de Tyszka seront bientôt refoulées dans le passé et que les différends de principe se dessineront de manière plus nette. Le désir des ouvriers social-démocrates polonais de se lier plus étroitement sur le plan organisationnel avec les camarades russes s'exprimera de manière plus concrète. Le comportement de Tyszka dans le P.O.S.D.R. a conduit la Direction centrale a se couper complètement de la vie de l'ensemble du Parti, à n'avoir aucun allié dans le P.0.S.D.R., ou les deux parties (liquidateurs et antiliquidateurs) considèrent en haussant pareillement les épaules la "tactique" bizarre et dépourvue de principes de Tyszka et de sa "Direction centrale". La social-démocratie polonaise traverse une époque difficile. Mais l'issue est déjà tracée. Tous les éléments sains de Ia social-démocratie polonaise se regroupent et le temps est proche où la social-démocratie polonaise sera l'organisation des ouvriers social-démocrates dotés de principes et d'une tactique bien à eux, où ils cesseront d'être un jouet entre les mains d'un intrigant dépourvu de principes.
***
Nous jugeons utile de compléter notre information sur la scission à l'intérieur de la social-démocratie polonaise en citant quelques indications relatives à la suite donnée à l'accusation de "provocation". Voici ce qu'on nous a dit a ce sujet: Rosa Luxembourg (membre du Bureau Socialiste International, où elle représente la social-démocratie polonaise) a écrit un papier au Bureau Socialiste International disant que le Comité de Varsovie est composé de scissionnistes dépendant de l'Okhrana et ajoutant que ceci ne devait pas être publié !
Et pendant ce temps-là, Tyszka a publié lui-même cette infamie dans la littérature social-démocrate polonaise!
Lénine, après réception d'une copie du papier de Tyszka que lui a envoyée Huysmans, secrétaire du Bureau Socialiste International, a adressé bien entendu une lettre au même Huysmans, disant que c'était un acte de vengeance « des plus perfides ››, que Malecki et Hanecki, ex-membres du Comité central, sont connus de tous dans le Parti, que la commission d'enquête nommée par Tyszka lui-même n`a pas trouvé la moindre provocation, que d'écrire et de parler de provocation parmi les adversaires politiques sans citer de noms, est la chose la plus malpropre et la plus basse *.
La Direction centrale a répondu par des injures. Le congrès de Bâle e eu lieu.
La délégation du comité de Varsovie a été reconnue à l'unanimité par tous les délégués du P.O.S.D.R., liquidateurs, Lettons, gens de Vpériod, bundistes, trotskistes!
Les élections de Varsovie ont donné les deux grands-électeurs ouvriers de la social-démocratie, partisans du comité de Varsovie, adversaires de Tyszka et Cie.
Il a été démontré à tous à quel point l`organisation parallèle de Tyszka était fictive. La voie honnête qui consisterait à retirer l'accusation de provocation n'est pas à la mesure de Tyszka et de sa Direction centrale.
Mais nos liquidateurs et leur Comité d'organisation qui aiment tant "l'unité" se sont surpassés. Le Loutch qui est adhérent officiel de la conférence d'août, a publié à deux reprises les mensonges infâmes de Tyszka !
La première fois, c'était un monsieur qui se cachait sous des initiales. La deuxième fois, c'était monsieur Avgoustovski.
Ah, comme ils sont valeureux ! Ils répandent des infamies, et se cachent derrière le dos de la Direction centrale. Nous n'y sommes pour rien, assurent-ils, nous ne sommes pas responsables, nous ne répandons pas des infamies, nous ne faisons qu'informer du fait qu'elles ont été publiées (les infamies) au nom de la Direction centrale ! Martov, Trotski, Liber, les Lettons et Ci* répandent. anonymement les infamies de Tyszka, en se cachant derrière le dos dudit Tyszka, dans la presse légale où l''on ne peut citer des documents !!