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La mort de Nikolaï Lénine (Balabanova)
| Auteur·e(s) | Angelica Balabanova |
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| Écriture | 2 février 1924 |
Dire de lui qu’il fut un homme génial, ce n’est point exagérer ; dire que sa mort constitue une perte qu’il sera difficile de combler dans le mouvement révolutionnaire et dans la marche de l’humanité vers un degré supérieur de vie, ce n’est pas tomber en contradiction avec nos conceptions fondamentales.
Il est vrai que les marxistes voient dans les masses l’artisan principal – sinon unique – de tout progrès. Mais dans la lutte que le prolétariat mène contre un monde entier d’ennemis, armés de toutes les armes, il a besoin de clairvoyants et de stratèges. Les premiers pour entrevoir les étapes du chemin à parcourir ; les seconds pour manœuvrer, selon les circonstances de l’heure historique et l’attitude de la force ennemie, les énergies de la classe ascendante.
Ces deux qualités si rares, et qui semblent s’exclure mutuellement – celles du chercheur et de l’homme d’action –, notre camarade défunt les possédait à un degré surprenant. Sa volonté de fer sut les coordonner et les fondre au service d’une cause unique, dont il fut à la fois soldat et général. Pour atteindre ce degré de puissance intellectuelle et volontaire, les seules qualités innées ne suffisent point.
De fait, toute la vie de Lénine fut vouée au développement et à l’application de sa volonté et de son courage. Il eut le courage d’aller à contre-courant ; voilà pourquoi il parvint à entrâner le courant avec lui, comme nul autre peut-être dans l’Histoire.
Et c’est cela, surtout, qui survivra de son œuvre multiple : théorique et pratique, critique et créatrice, destructrice et reconstructrice.
Jeune homme, il se révolta non seulement contre le tsarisme, mais contre les théories obsolètes en philosophie, en histoire, en économie politique. Puis il soumit à une critique implacable les méthodes d’application des théories marxistes, devenues sa profession de foi ; il critiqua et démolit l’œuvre de la IIe Internationale. Son regard investigateur et critique ne connaissait ni barrières ni égards, et sa volonté, son courage, le firent persévérer, défendre ses vues même lorsqu’il était isolé, parfois moqué ou ridiculisé.
Ce même courage le guida lorsqu’il propagea, seul contre tous les pays capitalistes, contre une grande partie de la population, contre ses propres coreligionnaires, amis et disciples, ce coup d’État – la prise du pouvoir et l’abolition de la Constituante – qui marqua l’entrée des classes déshéritées du monde entier dans l’arène de l’histoire, dans la lutte pour la conquête effective du pouvoir.
Bien des choses écrites, imaginées ou accomplies par Lénine seront – ou sont déjà en partie – modifiées, complétées ; certaines pâliront avec le temps. Le mouvement révolutionnaire des masses connâtra encore maints flux et reflux avant le triomphe de la cause du socialisme international. En Russie et ailleurs, bien des retouches et ratures s’imposeront avec l’expérience accumulée. L’ennemi arrogant pourra peut-être infliger des coups et des pauses à la marche des exploités vers leur but… Mais à toutes les tempêtes, à toutes les défaites éventuelles, survivra le fait accompli : la prise du pouvoir par les exploités, les déshérités, les opprimés de l’immense Russie.
Ce fait, cet exemple, a détruit d’un seul coup la maudite résignation ancrée dans l’esprit de l’écrasante majorité des exploités – cette résignation des opprimés à être relégués au dernier rang, nés pour souffrir, renoncer, obéir. L’exemple russe a ébranlé cette soumission passive, même chez ceux qui n’en ont pas conscience, chez ceux qui ne voient du soviétisme que les aspects extérieurs, contingents, personnels, et maudissent toute tentative révolutionnaire parce qu’ils ne sentent pas encore le poids de leurs chânes ou ignorent les difficultés du chemin menant à la transformation sociale.
En Russie – et grâce surtout à Lénine, qui discerna la réalité historique, c’est-à-dire le dilemme posé par la guerre au peuple russe : révolution ou contre-révolution –, grâce à son audace et à son grand courage, l’épreuve la plus dure a été surmontée.
L’épais voile qui sépare le prolétariat des usines et des champs de l’évaluation de ses forces et de la compréhension de ses intérêts commence à se dissiper. Le fait a accompli, illustré, renforcé des décennies de propagande socialiste. Le fait survivra dans la mémoire des contemporains et des postérités, même quand les mots ne résonneront plus… Et tous ceux qui tenteront de prêcher la résignation aux exploités se heurteront à l’obstacle insurmontable du fait accompli, de l’expérience soviétique ; dont le grand, le Grand Lénine fut l’initiateur, le guide, le critique implacable et fécond.
Un symbole
« Un million de prolétaires défilent devant la dépouille de Nicolas Lénine ». Cette nouvelle est transmise par le télégraphe de Moscou : et en ces onze mots réside tout l’héritage d’affection et d’admiration que notre grand disparu a laissé dans les cœurs du prolétariat.
Vladimir Oulianov Lénine ne venait pas des rangs du prolétariat. Étrange ! Des rangs du prolétariat ne provenaient pas non plus d’autres apôtres et martyrs de l’émancipation prolétarienne : ni Marx, ni Engels, ni Lassalle, ni Jaurès, ni Liebknecht, ni Rosa Luxemburg. On pourrait presque dire que l’humanité elle-même, face aux torts qu’elle subit, devant tous les crimes sociaux qu’elle subit, semble, de temps à autre, extraire de son sein un être d’exception qui, posté sur l’autre rive, puisse mieux voir, comme depuis un observatoire élevé, combien le prolétariat est offensé et foulé aux pieds, afin de se dresser ensuite avec plus de force et de grandeur pour défendre ses droits bafoués.
Et parmi ces êtres d’exception figurait Nicolas Lénine. Lui aussi vint de l’autre rive vers nous. Il vint au prolétariat avec tout son ardeur indomptable, avec toute sa foi profonde, avec son activité infatigable, avec sa soif de savoir inaltérable, avec sa science immense, avec son courage qui parfois sembla téméraire.
Et pour le prolétariat, il endura la prison, l’exil, la faim. Mais il poursuivit, intrépide – apôtre et martyr inflexible – vers son but.
Lorsqu’on le voyait dans les bibliothèques, enseveli sous les livres et les paperasses, à peiner, on eût dit qu’il était incapable de bouger un pion. Quand vint le moment, il mit en mouvement tout un peuple de 160 millions d’âmes.
En quelques années, le tsarisme fut détruit, le féodalisme – pourtant si profondément enraciné – fut extirpé, les paysans devinrent mâtres du sol, et de la classe ouvrière jaillit ce gouvernement qui, selon ses adversaires, ne devait pas survivre six semaines – et qui, six ans plus tard, est plus solide que jamais.
Certes, la guerre avait posé les prémisses d’une telle action. Mais seule la volonté de fer de Lénine fit jaillir l’énergie qui, avec ces prémisses, put d’abord détruire, puis édifier.
Quelques camarades, récemment allés voir Lénine, racontèrent ensuite l’avoir trouvé muet et immobile sur une chaise, incapable de prononcer un mot, tandis que d’abondantes larmes coulaient sur ses joues émaciées. Personne ne savait, personne ne sait pourquoi il pleurait ; et lui-même ne pouvait le dire. Le tourmentait-il peut-être l’idée de ne pouvoir achever l’œuvre entamée ?
Pour cet homme grandiose de pensée et d’action, qui avait voué sa vie au service de l’émancipation prolétarienne, ce dut être une douleur déchirante de devoir quitter cette vie sans avoir accompli toute son œuvre. Mais l’édifice qu’il commença à bâtir ne s’écroulera pas. Et à juste titre, un journal qui nous est hostile, le plus hostile, Il Popolo d’Italia , concluait son article sur Lénine par ces mots :
« Un magnifique adversaire, qui a vécu pour laisser sur le chemin de l’histoire une pierre où est écrit : Ici, on ne revient pas ».
Et l’Histoire s’est déjà emparée de cet homme magnifique. Demain, l’épopée s’en emparera.
Passeront les années, les décennies ; notre idéal sera réalisé, s’accomplira le chant d’un poète qui ne fut pas des nôtres : « Humanité, règne, voici ton âge – Humanité, règne ; voici tes temps ». L’humanité aura fondé son royaume de fraternité et de justice ; passeront les siècles, l’Histoire semblera légende, les mères d’Italie, de Russie, d’Angleterre, du Japon, d’Asie raconteront à leurs enfants les gestes des héros antiques qui escaladèrent l’Olympe de quelques oppresseurs, et parmi les noms des héros devenus légendaires, elles apprendront à leurs enfants à prononcer, à glorifier, à bénir le nom de Nicolas Lénine.
L’homme
Avant même qu’il ne nous quittât, déjà brillait autour de sa tête l’auréole de la légende – cet hommage ingénu et inconscient que les multitudes rendent aux grands.
Légende variée, faite de bonté et d’hérôïsme, d’amours profonds et de haines sublimes. Et à celle-ci s’opposa aussitôt l’autre légende, de férocités et d’abjections, par laquelle les adversaires tentèrent d’abattre le géant. Nul comme lui ne fut aimé et hâ,ï à travers le monde, durant ces six dernières années ; et peut-être plus puissant encore que l’amour infini dont l’entourèrent paysans et ouvriers, était la haine de tous les capitalistes et réactionnaires de l’univers entier. Mais même les adversaires – à l’exception des habituels de mauvaise foi – durent toujours reconnâtre que si le politique Lénine était pour eux cible de critiques et de condamnations, l’homme demeurait irréprochable dans sa pureté d’intentions et de vie.
Ceux, ensuite, qui eurent la chance de le connâtre de près, purent aussi attester de l’affection dont était capable cet homme en apparence si rude, quel amour il nourrissait pour sa famille, quelle tendresse spéciale il eut toujours pour les enfants. Et aujourd’hui, tandis que le monde entier parle de lui, tandis que les prolétaires de tous les continents tournent vers lui une pensée pleine d’émotion, de gratitude et d’admiration, tandis que même dans les recoins les plus reculés de la terre on évoque cet Héro et que ses ennemis insistent sur sa « sanguinaire férocité », plus d’un gamin des quartiers populaires de Berne et de Zurich se souviendra de ce visage aux traits mongols, de cet homme pauvrement vêtu, qui avait à peine de quoi acheter son pain et celui de son épouse, mais trouvait toujours de quoi offrir du chocolat à ses nombreux petits amis de la Spiegelgasse. « Le Herr Doktor – disaient en 1917 les plus grands – est soudain devenu Kaiser de Russie. »
Lénine en Suisse
Durant l’hiver 1916-1917, les habitués de la Bibliothèque cantonale ou de la Bibliothèque de littérature sociale de Zurich voyaient toujours, enseveli parmi les livres, un homme roux, au nez camus disgracieux, de petits yeux en amande, une large tête presque entièrement chauve. Chaque matin, il était là à sa place, ne regardant personne, ne parlant à personne. AÀ midi, il sortait, attendu par une femme vêtue avec la même modestie que lui, et l’après-midi, il était de retour parmi ses livres, la tête penchée sur ses notes.
Il lisait de préférence des ouvrages de socialisme, si bien que je m’étais imaginé qu’il était des « nôtres ». Un beau jour, je demandai donc à un camarade russe, avec qui je l’avais vu discuter, qui était cet étudiant aux traits mongols.
— Comment ? répondit-il – vous ne le connaissez pas ? Tout Zurich le connât ! C’est Lénine.
Il n’était pas exact que tout Zurich le connût. Le connaissaient les quelques révolutionnaires russes réfugiés à Zurich et dans le reste de la Suisse dès avant la guerre. Pour le reste, Lénine menait une existence des plus retirées. Le jour à la bibliothèque, le déjeuner dans un modeste petit restaurant ; le soir et la nuit, chez lui à étudier. Car ce révolutionnaire, qui fut un grand homme d’action, fut aussi un grand homme d’étude. Il savait qu’on ne peut être un bon capitaine de la classe ouvrière sans connâtre toute l’histoire de cette classe et celle du capitalisme. Et parmi les marxistes modernes, bien peu, très peu mâtrisèrent ces deux histoires comme Lénine.
En Suisse, où il avait déjà séjourné autrefois, Lénine arriva dès le début de la guerre, lorsqu’il dut fuir l’Autriche. Il passa quelques mois à Zurich avec sa femme, compagne passionnée de ses luttes politiques, parmi ses livres préférés, entouré de quelques amis intimes internationalistes qui, comme lui, œuvraient à préparer la révolution en Russie. Ils avaient formé une sorte d’association nommée Poraghenzy (la Défaite), et chaque défaite de la Russie tsariste sur les champs de bataille était saluée par eux comme un pas vers la révolution.
Un an après le déclenchement de la guerre, à l’automne 1915, Lénine, avec sa femme et sa bellemère, quitta Zurich pour s’installer à Berne. Dans la capitale helvétique aussi, il vivait dans un dénuement extrême, dans une petite pension. Ils prenaient deux seuls repas à 90 centimes chacun ; le soir, un peu de thé. Lénine, son épouse et sa belle-mère ne fréquentaient aucun café, aucun lieu de divertissement : le jour, dans les bibliothèques ; la nuit, la lampe brûlait sur son bureau jusqu’à l’aube. L’exilé, le réfugié, qui par son talent d’écrivain aurait pu aisément se procurer les aises d’une vie confortable, rédigeait des articles pour des journaux et revues socialistes, qui le payaient juste assez pour ne pas mourir de faim.
Un jour, les honoraires ne suffirent même plus pour les modestes repas auxquels il était désormais habitué. Il changea alors de restaurant. Il allait déjeuner avec sa femme dans une « cantine étudiante russe », où le repas à prix fixe coûtait 60 centimes. Les convives devaient cependant à tour de rôle nettoyer les lieux, balayer, laver la vaisselle… Et vint le jour où le tour échut à Lénine. Les autres commensaux étaient de jeunes enthousiastes, admirateurs de ce révolutionnaire qui avait déjà derrière lui un passé de luttes et de souffrances endurées pour le prolétariat. Ils voulaient l’exempter de cette tâche. Lénine refusa tout privilège, et devint à son tour le plongeur de cette joyeuse bande révolutionnaire.
De Berne, il retourna à Zurich, où il déploya ensuite son action révolutionnaire la plus intense et fervente. Mais sa vie privée ne changea en rien.
De la mansarde au Kremlin
AÀ Zurich, Lénine et son épouse – sa belle-mère était morte quelques mois plus tôt à Berne – habitaient une pauvre chambre au 14 de la Spiegelgasse, au deuxième étage, accessible par un escalier étroit et sombre, dont les marches craquaient sous les pas. Ils y vécurent toute l’année 1916 et les premiers mois de 1917. Le propriétaire était le cordonnier Kammerer, qui, de son illustre locataire, est – comme on peut l’imaginer – aujourd’hui plus fier que jamais. De sa bouche, on pouvait recueillir la confirmation des privations et des vertus domestiques de celui qui devint le dictateur du plus grand empire du monde.
« Le camarade Lénine – racontait Kammerer – était d’une simplicité extraordinaire. Lui comme son épouse ne tenaient nullement à bien s’habiller ou à bien manger. Ils me versaient 28 francs par mois en tout. Un hiver, je dus lui fabriquer une paire de lourdes bottes paysannes, cloutées. – “Camarade Lénine – lui dis-je – avec ces chaussures, on vous prendra pour un secrétaire des paysans !” Il rit, et porta ces bottes tout l’hiver. Lorsque la camarade Lénine tomba malade, ils partirent en Suisse romande. Je louai la chambre à d’autres. Quand Lénine revint, je congédiai les nouveaux locataires. Nous sommes toujours restés bons camarades. Maintenant, il habite au Kremlin. Quelles belles chambres, sans doute ! »
Quelles belles chambres, sans doute, au Kremlin !
Mais quelques mois après la victoire de la révolution, ayant croisé à Genève le premier délégué du gouvernement soviétique venu en Suisse, je lui demandai des nouvelles de Lénine. Il me répondit :
« Avant mon départ, j’ai été reçu par lui en audience. C’est toujours le Lénine d’autrefois. Assis à son bureau, vêtu simplement, la plume dans la main droite, un gros morceau de pain dans la gauche, qu’il grignotait tout en écrivant et en me parlant. »
Exactement comme dans la chambre du cordonnier zurichois.
Voilà l’homme qui, dimanche dernier, fut enterré sur la Place de la Révolution à Moscou.
Les funérailles de Lénine
Les télégrammes arrivés de Moscou aux journaux socialistes et bourgeois au sujet des funérailles de Lénine sont d’une portée significative et profondément émouvante. Les obsèques se déroulèrent dans une solennité empreinte de simplicité austère. Une foule innombrable, en pleurs et recueillie, assista au rite. Moscou n’avait sans doute jamais vu tant de monde rassemblé pour une cérémonie funèbre. Toutes les régions de l’immense Russie s’y étaient fait largement représenter. Lénine était véritablement une idole aimée, non redoutée.
La vague d’émotion soulevée en Russie par la mort de Lénine atteignit son paroxysme lorsque, entre le son des cloches du Kremlin et le tonnerre de l’artillerie, Staline, Kamenev, Zinoviev, Boukharine, Rykov et Kalinine portèrent à bras le cercueil drapé de rouge jusqu’au mausolée de marbre, encore entouré d’une palissade de bois, choisi comme lieu de repos éternel pour le leader.
De nombreuses fanfares réunies jouaient L’Internationale en rythme lent, tandis que des sanglots s’élevaient de l’immense foule silencieuse. Plus d’un million de personnes défilèrent devant la dépouille.
AÀ l’imposant défilé militaire funèbre participèrent de multiples musiques militaires et toutes les unités de l’Armée Rouge : infanterie, artillerie, mitrailleurs portant des étendards de taille colossale, aviateurs, marins, troupes motorisées sur autos et motocyclettes. Tous les corps d’armée y étaient représentés, y compris les pompiers.
Dans les rues menant à la Place où se tenait la cérémonie, des milliers et des milliers de personnes, sous des drapeaux en berne, attendaient d’être admises…
Trotsky absent
Les escouades de soldats en service se relayèrent chaque heure en raison de l’intensité du froid, et aux coins des rues brûlaient des braseros entourés de gens transis.
Sur ordre des médecins, Trotski n’a pas pris part à la cérémonie. Le gouvernement avait strictement interdit, pour éviter des accidents, que les enfants soient emmenés dans la rue durant le passage du cortège. La température était de 30 degrés sous zéro. Dans les rues, des milliers de brochures sur Lénine étaient vendues, portant cette inscription : « Avec la mort de Lénine, l’humanité a descendu un échelon ».
Au Kremlin, le cercueil a été déposé dans une immense salle en bois spécialement construite. Dans les prochains jours, un crématorium sera édifié où la dépouille sera réduite en cendres.
Cérémonie austère, solennelle et silencieuse.
L’émotion populaire
L’agence Rosta publie : « De nombreuses délégations de paysans et d’ouvriers sont venues à Moscou pour adresser un dernier adieu à leur chef bien-aimé. La délégation des paysans et ouvriers agricolesdu gouvernorat du Donetz a déposé sur la tombe de Lénine une couronne d’épis et de feuilles sèches. Au centre de la couronne se trouve le portrait de Lénine, réalisé par un peintre paysan autodidacte. Une délégation de mineurs du Donetz a apporté, en lieu de couronne, un buste de Lénine sculpté dans l’anthracite par un ouvrier. Dans une proclamation ouvrière, il est dit que Lénine incarne la synthèse la plus élevée de la révolution russe séculaire, commencée avec les octobristes sous Nicolas Ier et achevée avec le Parti Communiste. »
Le Syndicat des cheminots a adressé un message à ses membres, où l’on peut lire :
« Souvenez-vous des commandements de Lénine : la lutte jusqu’à la victoire finale sur le capitalisme, l’émancipation des masses laborieuses de l’esclavage séculaire, le pouvoir des Soviets dans le monde entier. La mort de notre guide ne doit pas nous faire dévier d’un pas du chemin qu’il nous a tracé. Nous devons travailler comme Il a travaillé. Nous ne devons pas épargner notre vie pour vaincre. »