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Special pages :
La mort de Lénine et les devoirs des léninistes
| Auteur·e(s) | Grigori Zinoviev |
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| Écriture | février 1924 |
Peut-on se représenter un homme qui ayant entendu parler Vladimir Ilitch, l'ait oublié ? Des centaines de milliers d'hommes sinon des millions d'hommes l'ont écouté. A tous ceux qui ont eu le bonheur de l'entendre Vladimir Ilitch a donné comme une parcelle de lui-même. Aussi dispersés que soient par le monde les millions d'hommes qui ont entendu parler Lénine ou qui ont seulement entendu parler de lui, nombreux, infiniment nombreux sont aujourd'hui ceux qui se souviendront avec une profonde reconnaissance de l'homme qui a touché avec une si grande force les cœurs de tous ceux qui luttent pour l'avenir meilleur de l'humanité. Dans l'univers entier, des millions de travailleurs ne répètent aujourd'hui qu'un nom : Lénine.
Tous ceux qui ont personnellement entendu Lénine éprouvent surtout aujourd'hui un sentiment de gratitude personnelle envers l'homme qui a élevé si haut l'idée de la classe ouvrière, l'homme qui a grandi l'humanité d'une tête. Ces sentiments sont d'autant plus impérieux chez tous les membres du parti créé par le génie de Vladimir Ilitch et chez les disciples de Vladimir Ilitch qui pendant 20 ans et plus ont travaillé à ses côtés, vécu avec lui d'amers revers, partagé avec lui la joie de la victoire, recueilli son enseignement, connu en lui le chef génial et aussi l'homme, le maître.
Le 14 mars 1883, jour de la mort de Marx, Engels écrivait à l'ancien camarade de Marx Sorge :
« Tous les phénomènes y compris les plus terribles, qui se produisent conformément aux lois de la nature apportent aussi des consolations. C'est maintenant le cas. L'art des médecins aurait peut-être pu lui prolonger, de quelques années, pour la seule gloire des médecins, une vie végétative impuissante, la vie d'une être mourant lentement au lieu de mourir d'un seul coup. Notre Marx n'eut pas supporté une telle existence. Vivre, avec devant soi divers travaux inachevés, éprouver le supplice de Tentale, à la pensée de l'impossibilité de les achever eut été pour lui mille fois plus pénible qu'une mort tranquille... A mon avis après tout ce qui s'est passé il n'y avait pas d'autre issue ; je le sais mieux que tous les médecins. »
Aujourd'hui que nous avons devant nous le sec procès-verbal de l'autopsie du corps de Vladimir Ilitch, il faut bien, par malheur, que nous répétions ces mots d'Engels, en les appliquant à Lénine. Une sclérose tenace — résultat d'une tension surhumaine des forces dans le travail intellectuel le plus accablant — rendait l'état de Vladimir Ilitch désespéré, dès avant la dernière crise, celle du 21 janvier, qui a amené la catastrophe. Lénine ne pouvant plus parler, ne pouvant plus écrire, ne pouvant plus conduire les hommes au combat, ne pouvant plus travailler, travailler, travailler ! — peut-on concevoir plus grande fortune pour cette nature d'insurgé, pour ce révolté d'entre les révoltés, pour ce penseur des penseurs ?
Mais haut les cœurs ! A chacun de surmonter seul à seul avec lui-même les sentiments naturels que suscite en nous la fin de Vladimir Ilitch. Essayons maintenant dès maintenant avec la froideur calme que nous a apprise Vladimir Ilitch, d'esquisser les devoirs que sa fin assigne à ses disciples.
Jusqu'aux tout derniers temps, tout notre parti n'a pas cessé de croire comme nous, que Vladimir Ilitch reviendrait encore au travail. On croyait au miracle : dix fois, cent fois, Lénine a réussi de qui à d'autres paraissait impossible. Tout est fini maintenant. Le parti doit travailler sans Lénine.
« Le mouvement prolétarien suivra sa voie. Mais il n'aura plus ce centre où venaient dans les minutes critiques, des français, des russes, des américains, des allemands, demander une aide, recevoir toujours un conseil clair et sûr, un de ces conseils que seul pouvait donner un homme de génie complètement maître du sujet. » Ainsi écrivait Engels le jour de la mort de Marx. Nous nous sentons tout aussi orphelins.
Les devoirs qui s'imposaient aux marxistes en 1883, à la mort de Karl Marx étaient difficiles et complexes. Mais combien plus difficiles et plus complexes les tâches qui s'imposent à nous marxistes-léninistes, en 1924, au moment où Lénine n'est plus ! Après la mort de Marx, les marxistes eurent surtout des devoirs dans le domaine de la théorie. Le mouvement ouvrier international traversait une période de profonde maturation. La Ière Internationale s'était effondrée. La IIe n'avait pas encore réussi à se constituer. Le mouvement français — et il n'était pas le seul — ne s'était pas encore remis de l'écrasement de la Commune de Paris en 1871. Le mouvement ouvrier révolutionnaire international ne faisait que s'engager dans ses larges voies. La tâche essentielle était de faire du grand héritage théorique de Marx le patrimoine d'un large mouvement prolétarien.
Les tâches des marxistes-léninistes sont à présent bien plus complexes et comportent de plus grandes responsabilités. La révolution prolétarienne internationale a commencé. Elle a remporté ses premières victoires dans un des plus grands pays du monde. Et pourtant toutes les difficultés de la bataille pour la dictature prolétarienne internationale sont encore devant nous. La IIe Internationale empoisonne encore le mouvement ouvrier de tous les pays. Les tâches de l'Internationale Communiste créée par Vladimir Ilitch apparaissent tous les jours plus complexes. Notre route devient de plus en plus sinueuse et ardue. Le prolétariat international marchant à la victoire, incarné par ses contingents nationaux, trébuchera encore plus d'une fois et cherchera, ensanglanté, de nouveaux chemins. Décimé dans la première guerre impérialiste, crucifié et dupé par les faux prophètes de la IIe Internationale, le prolétariat ne s'est pas encore débarrassé du cauchemar de ne pas voir sa route dans les ténèbres. Les marxistes-léninistes auxquels incombe la tâche de diriger maintenant le mouvement prolétarien international sans notre incomparable maître et chef sont devant un immense travail politique, théorique et pratique.
Leur premier devoir c'est d'affirmer en l'absence de Lénine l'idée essentielle du léninisme, l'alliance de la classe ouvrière et de la classe paysanne. Devoir fondamental du P.C.R. après la mort de Lénine ! Notre labeur doit faire en sorte que des millions de paysans russes comprennent à brève échéance que si Lénine est mort, le parti léniniste persévérera, lui, dans la question essentielle, qui détermine le sort de la révolution russe, dans la voie adoptée. Faisons en sorte qu'il n'y ait bientôt plus dans les milieux paysans actifs un seul homme qui ne sache que le parti bolchévik continue avec une énergie accrue sa politique d'alliance de la classe ouvrière et des paysans !
La deuxième devoir du P.C.R. c'est d'affermir encore la liaison du parti avec les masses ouvrières sans parti. La mort de Lénine touche l'ouvrier sans parti, aussi bien que l'ouvrier communiste. Pour accomplir le testament de Vladimir Ilitch nous devons faire en sorte que les millions d'ouvriers sans parti de l'Union soviétiste le comprennent promptement : Lénine est mort. Mais le parti qu'il a créé ne dissipera pas son héritage, mais ce parti saura instituer avec plus de force encore la liaison des communistes avancés avec la masse ouvrière, sans parti, attardée ; ce parti saura remuer avec la charrue du maître des couches nouvelles du sol ; il saura attirer à lui des profondeurs de la classe ouvrière, des travailleurs sans parti ; il saura encourage chaque travailleur ayant quelque étincelle de talent, il saura aider l'innombrable foule des ouvriers à apprendre toujours plus, à acquérir plus de culture, à participer à l'édification socialiste.
Le troisième devoir imposé aux léninistes c'est de sauvegarder à tout prix l'unité du parti créé par Vladimir Ilitch. Le Parti Communiste Russe est l’œuvre la plus grande du génie de Lénine. Ce qu'il avait de meilleur Vladimir Ilitch l'a donné à notre parti. Il l'a cimenté du sang de son cœur. Vladimir Ilitch a toujours conçu notre parti comme un monolithe, organisation coulée d'une seule pièce, capable de rassembler en un tout et d'unifier tout ce qu'il y a d'énergie dans la classe ouvrière. A cet égard l'héritage de Vladimir Ilitch nous est même infiniment plus précieux que celui de Marx laissait en 1883 aux marxistes. Le Parti Communiste russe a été et doit rester l'avant-garde, la tête, le guide collectif de la classe ouvrière. — Sa mission, notre parti ne peut évidemment l'accomplir qu'en restant uni. Désormais c'est avec une vigueur centuplée qu'il réagira tout entier contre toute tentative de rompre ses rangs.
Notre quatrième devoir est de rester le parti du bolchévisme militant. A travers les disparates de la Nep, à travers les obstacles de la période de transition, manœuvrant dans le cercle des ennemis bourgeois, reculant quand il le faut pour mieux progresser demain, nous devons rester le parti du bolchévisme militant, le parti bolchévik tel que Lénine l'a fait. Et pour cela voir tous les dangers de l'époque de la Nep, ne pas fermer les yeux sur les risques de dégénérescence, combattre impitoyablement les déviations du léninisme et les récidives de l'esprit petit bourgeois quelles que soient leurs origines.
Les premiers jours de Smolny, au lendemain de la révolution d'octobre, reviennent à la mémoire. Des milliers de soldats paysans vêtus de la capote d'uniforme, bronzés et barbus venaient vers Smolny foule comparable à une avalanche, voir Lénine échanger quelques mots avec lui, lui demander ce qu'il adviendrait de la Russie, ce qu'il adviendrait de nous tous. Des milliers de soldats paysans, cherchaient une réponse dans les yeux de Lénine en qui leur intuition de véritable représentants du peuple devinait le nouveau chef de la Russie. D'aucuns étudiaient littéralement Lénine : Qui es-tu ? Sauras-tu nous conduire à la victoire, à la vie nouvelle ? Maintenant que la mort impitoyablement a fauché ce colosse l'ouvrier et le paysan russes vont tourner les mêmes regards vers tout le parti créé par Lénine. L'ouvrier et le paysan vont demander à notre Parti : Nous conduiras-tu à la victoire, maintenant que Lénine n'est plus ?
Travaillons donc. Travaillons de façon à pouvoir répondre à la classe ouvrière et aux paysans : « Nous vous conduirons ! » Le parti pétri par Lénine restera à la hauteur des exigences d'une grande époque historique.
Les léninistes russes, comme les léninistes de l'Internationale Communiste dans tous les pays ont des devoirs grandioses. L'héritage le plus important que nous laisse le maître c'est l'Union des Républiques Soviétistes et l'Internationale Communiste avec son avant-garde, le Parti Communiste Russe.
Conscients de l'immense importance des tâches dont nous avons à poursuivre l'accomplissement à l'aide de notre expérience collective, sans le conseil génial de Vladimir Ilitch, nous devons à tout prix augmenter notre cohésion, former une famille encore plus étroitement liée. La mort de Lénine ne peut pas ne pas être le signal du rapprochement fraternel de tous ceux qui sont vraiment des léninistes. Essayons de travailler de manière à remplacer tous ensemble, autant que faire se peut, Vladimir Ilitch. Donnons à la grande cause que nous lègue Vladimir Ilitch autant de dévouement, autant de prudence, autant de calme, d'énergie, de courage et d'amour que lui, — avec au moins un peu de sa clairvoyance.