La médisance et les faits

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Auteur·e(s) Lénine
Écriture 18 juillet 1917

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Rédigé le 18 (5) juillet 1917
Publié dans le «Listok Pravdy», le 19 (6) juillet 1917
Conforme au texte du journal
Œuvres t. 25, pp. 170-171, Paris-Moscou


La manifestation des 3 et 4 juillet vaut aux bolcheviks un torrent d'injures et d'outrages.

On va jusqu'à prétendre que les bolcheviks «ont tenté de s'emparer de la ville », qu'ils voulaient « faire violence » aux Soviets, qu'ils ont « attenté au pouvoir des Soviets », etc., etc.

Les faits prouvent, au contraire, que les bolcheviks ne se sont emparés (bien qu'ils en aient eu la possibilité) et n'ont tenté de s'emparer non seulement d'aucune partie de la ville, mais même d'aucun édifice et d'aucune administration, bien que les masses fussent armées.

Les faits prouvent qu'un seul acte politique de violence a eu lieu contre un établissement : il s'est produit dans la nuit du 4 au 5 juillet, lorsque les locaux de la Pravda ont été saccagés par les élèves-officiers et par les cosaques agissant sur l'ordre de Polovtsev, l'insu du Soviet et contre la volonté du Soviet.

Voilà les faits.

Voilà bien l'usage fourbe et prémédité de la violence contre tout un établissement, voilà bien un «attentat», une «violence» tangible et non point verbale. Si cet attentat avait été légitime, le Gouvernement provisoire ou le Soviet l'eût approuvé : aucun de ces deux pouvoirs ne l'a fait. Les agresseurs de la Pravda n'ont trouvé d'appui ni au Soviet, ni au Gouvernement provisoire.

Les bolcheviks ont appelé les soldats auxquels revient l'initiative de la manifestation à une action pacifique et organisée.

Ni le gouvernement provisoire ni le Soviet n'ont appelé les élèves-officiers, les cosaques et Polovtsev à l'action pacifique et organisée, à l'action légale.

Mais, nous dit-on, des coups de feu ont été tirés.

Oui, des coups de feu ont été tirés. Mais par qui ? Qui oserait en accuser qui que ce soit sans avoir procédé à une enquête ?

Ne vous plairait-il pas d'entendre un témoin appartenant à la bourgeoisie ?

Ce témoin est un journal, les Birjévyié Viédomosti d'hier, 4 juillet, édition du soir ; personne au monde, semble-t-il, ne pourra suspecter ce témoin de sympathie envers les bolcheviks ! Eh bien, voici ce qu'il dit :

«A deux heures précises, à l'angle de la rue Sadovaïa et de la Perspective Nevski, au moment où les manifestants armés défilaient, devant une foule nombreuse qui les regardait tranquillement, une violente détonation retentit du côté droit de la rue Sadovaïa, après quoi commença une fusillade intermittente. »

Ainsi donc, le témoin qui s'exprime dans ce journal bourgeois se voit lui-même obligé d'avouer la vérité : la fusillade a commencé du côté droit de la rue Sadovaïa ! ! N'est-ce pas dire clairement qu'elle était dirigée contre les manifestants?

Est-il si difficile de comprendre que, si les manifestants avaient eu l'intention ou la volonté de recourir à la violence, ils se seraient dirigés vers un établissement déterminé (de même que Polovtsev a envoyé les élèves-officiers et les cosaques contre les locaux de la Pravda) ? Si, au contraire, il y a des marins tués et si des témoins collaborant un journal bourgeois affirment que le premier coup de feu partit « du côté droit de la rue Sadovaïa, « au montent où les manifestants armés défilaient », n'y faut-il pas voir la preuve évidente que ce sont précisément les Cent-Noirs, les ennemis de la démocratie, les milieux proches des cadets, qui pensaient recourir à la violence, qui voulaient la violence ?