La culture prolétarienne dans l’Armée rouge

De Archives militantes
Aller à la navigation Aller à la recherche



L’Armée rouge a su être en même temps qu’une organisation de défense, un centre d’éducation. Le gouvernement des Soviets eut à recruter des cadres, à organiser le ravitaillement., etc. Il voulut, en même temps y gagner la sympathie de l’Armée rouge elle-même. Les volontaires ne suffisant plus, on eut donc recours à la mobilisation des paysans et des ouvriers. Il s’agissait alors de créer en eux une conscience révolutionnaire, ce fut le rôle d’une organisation qui est devenue le Commissariat actuel de « l’Administration politique ». Rakowski donne au sujet de son fonctionnement les précisions suivantes[1] :

« C’est une vaste école révolutionnaire qui travaille au rapprochement des masses paysannes et ouvrières ; elle a mené une propagande communiste surtout chez les paysans.

La section centrale compte 600 personnes ; 16.000 camarades environ travaillent dans les sections de l’armée. Toutes ces organisations sont hiérarchisées, parallèlement aux soviets militaires.

Les sections politiques de l’armée ne sont pas chargées uniquement de propagande politique auprès des soldats rouges. Dans les régions évacuées par les gardes blanches, elles organisent provisoirement la vie économique en attendant l’élection d’un soviet et prennent alors le nom de « Comités Révolutionnaires ». Chaque Comité Révolutionnaire dépend de la section politique du soviet militaire de la région et du commissariat des Affaires intérieures.

Voici quelques chiffres empruntés aux statistiques fournies par le Congrès de décembre 1919 et prouvant l’activité de cette vaste institution. Son budget au second semestre 1919 atteignait la somme de 669 millions 217.000 roubles. 47 millions étaient destinés à l’entretien d’écoles déjà existantes ou à la création de nouvelles. Une autre partie du budget était réservée à l’entretien des soldats rouges et de la population des régions en guerre en livres, journaux et bibliothèques de propagande.

En l’espace de 3 mois, on a envoyé au front et aux armées 6.519.000 exemplaires d’imprimés, 158.800 ouvrages instructifs, des partitions de musique, des pièces de théâtre. L’Armée rouge possède 3.700 bibliothèques conservant en moyenne 140 ouvrages. A cela il faut ajouter les nombreux tracts et brochures envoyés directement par le siège de « l’Administration politique » et par les sections du front, les 520.000 exemplaires de journaux expédiés quotidiennement par Moscou et 25 quotidiens édités par l’armée elle-même.

Il faut aussi insister sur la création des écoles, clubs, universités pour les soldats, théâtres et salles de lecture. Le nombre des écoles est monté de 674 à 3.800 du 1er mai au 1er octobre 1919, celui des théâtres de 642 à 1.415 et celui des bibliothèques de 1.616 à 2.492 pendant le même temps. Au 1er octobre il existait 3 universités et dans cette énumération il n’est pas question des cours institués par les sections politiques.

Le nombre des communistes a sensiblement augmenté. Au 1er octobre 1919, il y avait 60.000 communistes dans l’armée active, presque autant à l’arrière ; quelques mois après, à la suite d’une semaine de propagande, plus de 100.000 soldats entrèrent au Parti Communiste. Il y eut en moyenne 25 % de nouveaux adhérents dans l’Armée rouge, et cette campagne de propagande eut lieu à un moment particulièrement critique alors que les gardes blanches menaçaient Toula.

Cette puissante organisation des « Ouvriers politiques » ainsi qu’ils s’intitulent parfois constitue avec les communistes et le personnel des commissariats l’âme même de l’Armée rouge.

On peut constater d’après des statistiques plus récentes que le nombre des communistes a été sans cesse en croissance. Le 1er septembre, il y avait sur le front du Caucase, 45.000 soldats communistes ou sympathiques aux communistes. C’est surtout dans cette région du Caucase que l’Armée rouge a entrepris avec succès l’éducation de la population. Dès qu’une région est occupée par les soldats, on crée des centres de propagande chargés de la distribution des journaux et des brochures : les théâtres, les salles de lectures se multiplient ; les samedis communistes fonctionnent.

C’est ainsi qu’au Caucase, dans l’espace de 4 mois, 160 de ces centres ont gagné aux idées communistes environ 1 million et demi d’habitants. Les territoires du Don, de Kouban, de Terek, de Daghestan aussitôt délivrés des gardes blanches ont été réorganisés et se sont assimilés immédiatement la vie et les convictions de la Russie des Soviets. Et bien souvent dans les conditions terribles où la lutte se livrait, les victoires de l’armée rouge n’ont été possibles que grâce à son action politique et morale. »

  1. Rakovsky fut nommé par Trotsky à la tête de la Polititcheskoye Upravlenie Respuki (PUR), l’Administration politique de la République. Cet organisme dirigeait en réalité la formation politique des troupes de l’Armée rouge et leur encadrement par des commissaires politiques. Rakovsky occupa ce poste d’octobre 1919 à mars