La Politique internationale d'un Etat prolétarien

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Auteur·e(s) Nikolaï Boukharine
Écriture 20 janvier 1923

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Extrait de la Correspondance Internationale, n°6, 20 janvier 1923, pp.30-31. Référence dans la bibliographie de W. Hedeler : n°874.
Recueil(s): Inprecor


Discussions et Polémiques

La Politique internationale d'un Etat prolétarien

Un Etat révolutionnaire peut-il conclure des alliances ? - C’est une opinion purement personnelle que Boukharine a émise à ce sujet au IVe Congrès de Moscou

Notre camarade N. Boukharine a adressé à Boris Souvarine la lettre suivante :

Cher camarade Souvarine !

Quelques opportunistes français se sont emparés de quelques mots pris dans mon discours prononcé au Congrès de l’IC, sur la question du programme, afin de démontrer leur radicalisme révolutionnaire. II s’agit de ma déclaration que l’Etat prolétarien peut, dans certaines conditions, conclure des accords avec des Etats bourgeois et que ces accords temporaires, dans la mesure où ils seront conformes aux intérêts de la révolution et réalisés sous le contrôle de l'Internationale, doivent, cela va sans dire, être appuyés par cette dernière.

L'accord de la Russie des Soviets avec la Turquie, contre l'impérialisme occidental qui menace simultanément la révolution russe de destruction et la Turquie d’asservissement colonial, cet accord est-il oui ou non opportun et utile ? La question doit être examinée avec le plus grand sérieux. Nous ne doutons pas qu'un accord dans ce genre est pleinement admissible et opportun. Et nous considérons que les communistes de tous les pays ont le devoir de le soutenir en en expliquant le sens aux masses ouvrières.

Si la révolution éclatait en Allemagne et si la Pologne attaquait l’Allemagne à l’est, la Russie révolutionnaire serait probablement contrainte d'intervenir contre la Pologne. Si la Lithuanie petite-bourgeoise voulait profiter de ce moment pour s’attaquer à la Pologne, un accord militaire et politique entre la Russie et la Pologne deviendrait tout à fait admissible.

La République des Soviets a obstinément offert à la Géorgie Menchéviste une alliance contre l’impérialisme occidental qui convoitait le Caucase… Eût-elle été contraire aux intérêts de la révolution ? Nullement ! Elle eût, au contraire, eu pour but la défense des positions de la révolution.

La Révolution sociale, en Europe et dam le monde; durera de longues années et mettra des décades à s'achever. Pendant ce laps de temps, bien des Etats prolétariens pourront se trouver dans la nécessité de conclure des accords temporaires avec des Etats bourgeois opprimés ou à demi-opprimés avec des Etats faibles et menacés contre des Etats puissants et menaçants. Chacun de ces accords doit être mûrement réfléchi, pesé, apprécié.

Ne peuvent naturellement être admis ceux qui directement ou non feraient des Etats prolétariens les instruments de l’impérialisme, les instruments de l’oppression d'autres peuples. Les accords, de cette sorte doivent être soumis à une contre- épreuve non du point de vue des intérêts d’un Etat prolétarien isolé, grossièrement et en réalité faussement compris, mais de celui du mouvement prolétarien mondial dans son ensemble. L'I.C. est l'organe d’un tel contrôle international.

Le fait que deux on trois phrases arrachées à un rapport que je faisais en mon seul nom, et qui ne peut en rien être assimilé à une résolution de l’Internationale Communiste, ont permis à des éléments nettement opportunistes, à des réformistes-nationalistes d’hier et d'aujourd'hui, de s'attaquer à l’Internationale. ne montre qu'avec trop d’évidence que le but de ces messieurs n'est point la défense de principes révolutionnaires auxquels ils sont incontestablement étrangers, mais la spéculation sur les préjugés nationalistes d'une partie de la classe ouvrière.