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L’attentat contre Lénine (souvenirs)
| Auteur·e(s) | Grigori Zinoviev |
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| Écriture | 30 août 1918 |
Le 30 août 1918, je rentrais d’une réunion sur l’îûle Vassilievski. Près du pont du Palais : agitation et inquiétude.
— Que se passe-t-il ?
— On vient d’assassiner Ouritski.
Quelques semaines plus tôt, revenant de l’usine Oboukhov, j’avais découvert de la même façon le corps inanimé, encore chaud, de Volodarski sur les lieux de son meurtre.
Depuis Smolny, j’appelai Vladimir Ilitch. Il écouta, bouleversé, le récit de la mort d’Ouritski. « Je vais demander au camarade Dzerjinski de se rendre immédiatement à Pétrograd » . Quelques minutes plus tard, Vladimir Ilitch rappela lui-même, exigeant avec insistance des mesures spéciales pour protéger les autres figures marquantes de Pétrograd.
Le soir même, Yakov Mikhailovitch Sverdlov m’appela de Moscou pour m’annoncer que Vladimir Ilitch avait été grièvement blessé. Nous convîûnmes qu’il m’appellerait toutes les demi-heures pour donner des nouvelles de son état – il m’était impossible de partir pour Moscou.
L’état du blessé empirait d’heure en heure. À chaque appel, l’émotion de Yakov Mikhailovitch¹ grandissait, et son calme habituel l’abandonnait.
Dans mon bureau, assis comme des condamnés à mort, un groupe de camarades proches attendait, tremblant, ces appels angoissants.
6 septembre. Réunion du Soviet de Pétrograd. L’attention est tendue à l’extrême. « Camarades, je tiens un télégramme écrit de la main du camarade Lénine » , déclarai-je. Le Soviet explose en une tempête d’applaudissements enthousiastes. « Ce télégramme a été envoyé aujourd’hui à 13h10 depuis le Kremlin. C’est, semble-t-il, le premier signe de sa convalescence. Le camarade Lénine nous donne des directives pratiques et conclut ainsi : “Les affaires sur le front vont bien, je ne doute pas qu’elles iront encore mieux.” Une chose est claire : le camarade Lénine vivra, pour l’effroi des ennemis du communisme et la joie des prolétaires-communistes. »
L’ouragan de joie sembla ne jamais devoir s’arrêter. Cette allégresse pour la guérison du guide, du meilleur maîûtre et ami, traversa tout le pays. Dans chaque caserne ouvrière, chaque chaumière paysanne touchée par la nouvelle, ce fut un soulagement.
Quelques jours passèrent. L’agitation à Pétrograd s’apaisa. Me voilà à Moscou. Avec feu Yakov Mikhailovitch Sverdlov, nous nous rendons auprès de Vladimir Ilitch, qui se rétablit de sa blessure hors de la ville. Amoindri, émacié, mais comme rajeuni.
Le bras en écharpe. Il évite de parler de l’attentat et de son état, esquissant juste une plaisanterie. L’instant d’après, nous en venons aux affaires sérieuses – hélas, liées au traité de Brest-Litovsk.
Comme une mère chérit son fils plus ardemment après un grand péril, notre pays, et les travailleurs du monde entier, aimèrent Vladimir Ilitch plus profondément, plus passionnément encore, après le danger qui le menaça en ces premiers jours de septembre 1918.
« Izvestia », 30 aôt 1923.
Appel du Soviet de Petrograd
Les mercenaires du capital russe et étranger, vaincus en combat ouvert, ont recours à l’unique moyen digne d’une réaction bourgeoise agonisante : l’assassinat par-derrière. Hier, la main d’un socialiste-révolutionnaire de droite a arraché à nos rangs l’inoubliable camarade Ouritski, infatigable combattant de la Commune, terreur de tous les agents de la contre-révolution.
Hier encore, une main criminelle a attenté à la vie du guide de millions de prolétaires, du plus grand combattant que l’histoire ait connu depuis Marx. Tel le Mont Blanc, cette figure domine de sa stature tout le mouvement ouvrier mondial de notre époque.
La bourgeoisie de tous pays hait également cet apôtre de la révolution communiste ouvrière, mais le camarade Lénine est infiniment aimé par tout ce que le prolétariat russe et international compte d’honnête et de ferme. Nous savons parfaitement qui sont les véritables meurtriers du camarade Ouritski et les organisateurs de l’attentat contre le camarade Lénine. Les impérialistes anglo-français, assassins endurcis – ceux-là mêmes qui inspirèrent le meurtre de Jaurès –, se sont unis à la contrerévolution russe, des généraux tsaristes jusqu’aux socialistes-révolutionnaires de droite. C’est un immonde écheveau de complots et de crimes contre notre peuple. Avec le cœur serré, tous les ouvriers de Petrograd suivent l’évolution de la maladie du camarade Lénine – notre guide.
Le camarade Lénine nous est devenu cent fois plus cher encore qu’auparavant. Nous sommes à notre poste. Les ouvriers de Petrograd vengeront chaque goutte du sang sacré des combattants d’avant-garde de la Commune.
Vive le guide de la grande Commune ouvrière, le camarade Lénine !
Au nom du Soviet de Petrograd,
G. Zinoviev
« Pravda », 1er septembre 1918.
A propos de la première tentative d’assassinat contre Lénine le 1 ᵉᴿ janvier 1918
On a presque oublié la première tentative d’assassinat contre Vladimir Ilitch. Il est opportun aujourd’hui de s’en souvenir.
Le 1ᵉᴿ janvier 1918, alors que le camarade Lénine venait de quitter le manège Mikhaîïlovski, où il avait pris la parole lors d’un meeting devant le premier détachement de l’armée socialiste partant pour le front, son automobile fut prise pour cible par l’arrière. La carrosserie du véhicule fut transpercée de part en part et trouée en plusieurs endroits. Le camarade Platten, qui se trouvait aux côtés de Lénine dans la voiture, fut blessé à la main.
Cet événement survint dans le contexte extrêmement tendu d’une guerre civile commençant à s’embraser. Le 5 janvier, soit quatre jours plus tard, les SR [socialistes-révolutionaires] et les mencheviks organisèrent leur tristement célèbre manifestation en l’honneur de l’Assemblée constituante. À cette époque, la presse bourgeoise et SR paraissait encore légalement à Pétrograd. Le journal SR « Délo Naroda » [« La Cause du Peuple »] mena pendant plusieurs semaines une agitation terroriste à peine voilée par la voix de Gotz, insinuant « secrètement » qu’il fallait « piétiner la mort par la mort ». Il ne fait aucun doute que cette première tentative d’assassinat contre Vladimir Ilitch fut en réalité inspirée par les SR.
L’audace des SR atteignit un tel niveau que le lendemain de l’attentat, « Délo Naroda » écrivit avec cynisme sur une « mise en scène » de l’attaque, suggérant que les bolcheviks en étaient eux-mêmes les instigateurs. Dans le tourbillon des événements, cette première tentative contre Vladimir Ilitch tomba rapidement dans l’oubli.
Extrait de l’article de G. Zinoviev dans la « Pravda », 30 aôt 1923.