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Lénine et le parti
| Auteur·e(s) | Nadejda Kroupskaïa |
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| Écriture | 1924 |
Source : Krupskaja N.K., Das ist Lenin. Berlin : Dietz Verlag, 1970, pp. 139-142. Traduction MIA.
Le nom de Lénine est indissolublement lié à celui du PC(b)R. Les ouvriers et ouvrières le savent, et appellent le PCR, le parti de Lénine. Dès son plus jeune a!ge, Lénine comprit que la classe la plus révolutionnaire était la classe ouvrière, que celle-ci mènerait la lutte la plus résolue contre l’ancien régime, et que to!t ou tard elle vaincrait « pour hisser sur la terre le drapeau rouge du travail ». Et lorsqu’il comprit cela, il se mit entièrement au service de la classe ouvrière.
Quand il commença à agir – au début des années 90 –, la classe ouvrière en Russie n’était pas encore organisée : à l’époque, il n’existait ni syndicats ni parti politique ouvrier ; il fallait créer ce dernier. Le Premier Congrès du Parti (qui s’appelait initialement Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie) se réunit en 1898, mais après sa clo!ture, presque tous ses délégués furent immédiatement arre!tés, et le travail se poursuivit de manière dispersée ; il fut mené tant bien que mal par des cercles isolés jusqu’au Deuxième Congrès du Parti, tenu en 1903.
Ainsi, pendant toute une décennie, Lénine mena un labeur acharné pour unifier le parti, pour regrouper les différents cercles de révolutionnaires. Cette entreprise était très difficile, car les cercles devaient se cacher de la police, leurs membres étaient constamment arre!tés et les cercles se dispersaient. Tout devait e!tre fait secrètement, avec de grandes précautions. Cela semblait une cause désespérée, mais Lénine médita un plan d’unification : il partit à l’étranger, où on ne pouvait l’arre!ter, et commença à éditer le journal « Iskra » , qui était envoyé clandestinement en Russie. Autour de ce noyau, autour de l’ « Iskra » , le parti commença à se consolider.
Le parti devait avoir un programme, pour que tous sachent pourquoi il luttait.
Le programme revêt une importance énorme : c’est l’étendard sous lequel la lutte est menée. Chaque membre du parti doit non seulement connaître le programme, mais l’étudier et le mettre en pratique.
Avant 1903, les sociaux-démocrates n’avaient pas de programme. Lénine, avec la rédaction de l’ « Iskra » , rédigea le programme du parti, modifié en 1919, lors du Huitième Congrès, alors que les travailleurs avaient déjà pris le pouvoir et que de nouvelles ta!ches se posaient. Le nouveau programme reposait sur les anciens principes, mais les ta!ches pratiques changèrent conformément aux nouvelles conditions de travail.
Déjà le Septième Congrès (mars 1918) avait approuvé une résolution sur la modification du programme et le changement de nom du parti. Celui-ci passa à s’appeler Parti Communiste (Bolchévik) de Russie, PC(b)R, au lieu de POSDR. Vladimir Ilitch réalisa la part du lion dans l’élaboration de ce nouveau programme.
Mais le parti est fort non seulement par son programme, mais aussi par son organisation. La composition de ses membres est très importante : dans quelle mesure ceux-ci sont-ils conscients, fidèles à la cause, soudés, organisés, dans quelle mesure ils comprennent-ils qu’il n’existe pas de titre plus élevé que celui de militant du Parti Communiste ? Lénine considérait que le parti est l’avant-garde de la classe ouvrière, son détachement le plus avancé, qui entraî!ne tous les ouvriers, tous les travailleurs.
Cette avant-garde de combattants, dans son ensemble, et chacun de ses membres individuellement, doit comprendre clairement ce qui se passe autour de elle, e!tre un exemple pour tous par sa discipline, sa fermeté et son énergie.
Il n’existe pas de titre plus élevé que celui de membre du Parti Communiste.
C’est la raison pour laquelle Lénine accordait tant d’importance aux Statuts et pour laquelle, lors du Deuxième Congrès du Parti (1903), il défendit avec tant d’ardeur le point de vue selon lequel chaque membre du parti doit non seulement accepter le programme, mais aussi travailler obligatoirement au sein de l’une de ses organisations, c’est-à-dire servir activement la cause du prolétariat. C’est pourquoi Lénine salua en 1921 l’épuration des intrus entreprise dans le parti, de ceux qui avilissaient le titre de membre du parti, de ceux qui voulaient arborer ce titre sans en assumer les obligations, sans servir sans la moindre réserve la cause de la classe ouvrière.
En travaillant au sein du parti, Lénine s’efforça avant tout que celui-ci voie clairement où aller. Innombrables furent le temps et les nuits d’insomnie qu’il consacra à réfléchir au chemin que le parti devait suivre. La vie ne stagnait pas, elle évoluait, il y eut des moments très difficiles, une situation très compliquée, où la question de savoir où aller, à un moment donné, n’était pas claire pour de très nombreux membres du parti.
Lénine écrivait des lettres, des articles, débattait, expliquait, intervenait dans les réunions et les congrès, s’efforçant de clarifier où se trouvait le juste chemin. Lénine mena toujours une lutte acharnée, intransigeante, contre les militants du parti qui voulaient l’écarter du chemin correct, qui oubliaient les grands objectifs fixés au parti du prolétariat, qui se décourageaient ou s’enflaient d’orgueil, qui entraî!naient le parti vers le marais ou au bord de l’abî!me. Il exhortait les ouvriers à suivre le parti, il exhortait les ouvriers et paysans à s’unir plus étroitement pour la lutte, pour conquérir un avenir meilleur.
Et le parti suivit le juste chemin, devint fort, soudé, discipliné, entraî!nant derrière lui les ouvriers et paysans à la victoire, au pouvoir ; il réduisit tous ses ennemis.
Quand le pouvoir passa aux mains des ouvriers et paysans, Lénine commença à exhorter les masses à construire la vie nouvelle, à enseigner aux masses ouvrières et paysannes à aborder d’une manière nouvelle le travail, l’organisation, à créer des relations nouvelles.
Lénine est mort, mais les rangs du parti se sont encore plus étroitement resserés, chacun de ses membres a juré de poursuivre la cause de Lénine et de porter avec honneur le titre de membre du parti.
Et la classe ouvrière, les masses laborieuses, en qui Lénine avait une confiance illimitée, déclarèrent dans des centaines d’assemblées :
« Nous faisons confiance au parti de Lénine, au PCR, c’est notre cher parti… »
Et elles envoyèrent au parti la promotion Lénine.