| Catégorie | Modèle | Formulaire |
|---|---|---|
| Text | Text | Text |
| Author | Author | Author |
| Collection | Collection | Collection |
| Keywords | Keywords | Keywords |
| Subpage | Subpage | Subpage |
| Modèle | Formulaire |
|---|---|
| BrowseTexts | BrowseTexts |
| BrowseAuthors | BrowseAuthors |
| BrowseLetters | BrowseLetters |
Lénine et l’étude des langues étrangères
| Auteur·e(s) | Nadejda Kroupskaïa |
|---|---|
| Écriture | 5 septembre 1937 |
Pravda, n° 245, 5 septembre 1937.
Lénine connaissait beaucoup de langues étrangères. Il savait bien l’allemand, le français et l’anglais ; il avait étudié ces langues, il les traduisait, et il lisait le polonais et l’italien. « Pour se détendre », il pouvait passer des heures à lire un dictionnaire.
Bien des gens séparent l’étude des langues étrangères de celle de la langue maternelle et cependant l’une et l’autre sont indissolublement liées. L’étude des langues étrangères enrichit la langue maternelle, la rend plus vive, plus souple, plus expressive. Ceux qui ont étudié la langue de Lénine savent combien elle était riche, souple et expressive.
Quelles langues Lénine avait-il étudiées pendant ses années d’école ? Il avait fait ses études au collège classique. On y étudiait : le russe, le slavon, le latin, le grec, le français et l’allemand – soit six langues : trois langues vivantes et trois langues mortes.
Vladimir s’était souvenu un jour du professeur d’allemand des petites classes du collège, qui l’avait complimenté pour sa bonne connaissance de la grammaire. La mère d’Ilitch parlait bien l’allemand, et cela se reflétait évidemment sur la connaissance que son fils avait de cette langue. Dans sa jeunesse il pensait bien connaî3tre l’allemand, car il le possédait mieux que ses camarades de classe. Mais, lorsqu’il se trouva à Berlin, en été 1895, il put constater qu’il comprenait très mal la langue parlée. Il écrivit dans une lettre à sa mère :
« Cela va très mal cependant, en ce qui concerne la langue : je comprends la langue parlée allemande beaucoup plus mal que la française. Les Allemands ont une prononciation si surprenante, que je ne comprends pas les paroles même dans les discours publics, tandis qu’en France, je comprenais presque tout dans de tels discours dès la première fois. Avant-hier, j’ai été au théâtre ; on donnait Les Tisserands de Hauptmann. Bien que j’eusse relu le drame tout entier avant la représentation, pour suivre le jeu des acteurs, je n’ai pas pu saisir toutes les phrases. Au reste, je ne me décourage pas, et je regrette seulement d’avoir trop peu de temps pour une étude approfondie de la langue. »[1]
É;tant en prison, en janvier 1896, Ilitch demandait à sa sœur Anna de lui envoyer des dictionnaires :
« Maintenant je traduis de l’allemand, de sorte que j’aimerais bien avoir le dictionnaire de Pavlovski. »[2]
Lorsqu’il entreprit, en mars 1898, en exil, de traduire de l’anglais un ouvrage de Webb, il écrivit à Anna : « Je veux te demander de me procurer des manuels d’anglais. J’ai demandé à faire une traduction, et on m’a donné un gros volume de Webb. J’ai très peur de faire des fautes. Il me faudrait :
1) Une grammaire anglaise, surtout la syntaxe et surtout un chapitre sur les idiotismes de la langue. Si N. K. n’a pas Nourok[3] (je crois qu’elle l’avait, mais je ne sais pas s’il lui appartenait), envoie-le moi au moins pour l’été si tu n’en as pas besoin (ni Maria non plus). S’il y avait moyen de trouver de bons manuels en anglais, ce serait très bien.
2) Un dictionnaire des noms géographiques et des noms propres. Leur traduction et leur transcription de l’anglais sont très difficiles, et j’ai très peur des fautes. Je ne sais pas s’il existe des dictionnaires appropriés ? S’il n’y a pas de renseignements là-dessus dans Le Livre des livres ou dans quelqu’autre annuaire ou catalogue, peut-être qu’on peut se renseigner ailleurs ? Bien sûr, il serait bon, si l’occasion s’en présentait, de se renseigner et de se le procurer (les finances ne me gênent pas car les honoraires seront importants, et la première expérience doit être faite proprement), mais ce n’est pas la peine de se donner du tracas exprès. Je vais encore recevoir une traduction allemande de ce livre, de sorte que je parviendrai toujours à me tirer d’affaire avec. »[4]
Lorsque j’arrivai à ChouchenskoîDé, j’apportai avec moi le Nourok au moyen duquel j’avais étudié en prison. Ilitch savait l’anglais mieux que moi, je n’avais pas la moindre idée de la prononciation anglaise, et je prononçai à la française.
Ilitch, lui, avait entendu le professeur d’anglais apprendre à lire à haute voix en anglais à sa sœur Olga. Mais il n’était quand même pas très ferré dans le domaine de la prononciation. J’appris à prononcer d’après ses indications, mais lorsque nous arrivâmes à Londres quatre ans plus tard, personne ne nous comprenait et nous ne comprenions personne. Ét il fallut apprendre de nouveau.
Une fois à Londres, nous commençâmes à nous assimiler peu à peu la prononciation anglaise ; nous allions à des réunions, y écoutions des discours en anglais, nous allions écouter des Anglais parler à Hyde-Park, et parlions avec notre logeuse. Nous faisions également un échange de leçons avec deux Anglais : nous leur apprenions le russe, et eux nous apprenaient l’anglais.
Én décembre 1902, dans une lettre à sa mère, Ilitch écrit qu’il est déjà en train de s’assimiler la langue du point de vue de la pratique, et dans ce même mois, il conseille à sa sœur Maria d’apprendre l’anglais d’après Toussaint.
« Car, écrit-il, Toussaint est remarquable. D’abord je n’avais pas confiance dans ce système, mais maintenant je suis convaincu que c’est le seul système sérieux et sensé. Et si, après avoir étudié le premier fascicule de Toussaint, on prend quelques leçons avec un Anglais authentique, on peut très bien apprendre la langue. Il existe aussi maintenant des dictionnaires de Toussaint avec l’indication de la prononciation ; je conseille vivement à Maria de les acheter car notre Alexandrov est rempli d’erreurs. »[5]
Pour faire une étude plus approfondie de l’allemand, Ilitch demande d’exil, en décembre 1898, qu’on lui envoie une traduction allemande de Tourguéniev en plus du dictionnaire de Pavlovski :
« Peu nous importe laquelle des œuvres de Tourguéniev, pourvu que la traduction soit bonne. Une grammaire allemande aussi complète que possible – surtout en ce qui concerne la syntaxe. Si elle était en allemand, ce serait peut-être même mieux. »[6]
La traduction de Tourguéniev était nécessaire pour étudier la langue allemande en faisant des thèmes. Én mai 1901, dans une lettre envoyée de Munich[7] à son beau-frère Mark É;lizarov, qui a été emprisonné, llitch donne des conseils à celui-ci sur le « régime » qu’il est préférable de se fixer :
« Dans le domaine du travail intellectuel, écrit-il, je recommande particulièrement les traductions, et surtout les traductions en sens inverse, c’est-à-dire traduire d’abord par écrit de la langue étrangère en russe, et puis retraduire du russe dans la langue étrangère. J’ai vu par ma propre expérience que c’est le procédé le plus rationnel pour l’étude d’une langue. »
Én plus de sa connaissance du français, de l’allemand, et de l’anglais, Lénine étudiait encore le polonais et l’italien, et comprenait le tchèque et le suédois.
Durant la seconde émigration en été 1908, j’avais suivi à Genève les cours de six semaines destinés aux professeurs étrangers enseignant le français dans leur pays, et j’avais raconté à Ilitch quelles étaient les méthodes d’enseignement. La phonétique en occupait le centre ; toutefois on tenait compte des particularités de la langue maternelle du professeur ; on organisait des causeries en classe et pendant les excursions dans les environs. On utilisait largement à ces cours l’audition d’une bonne prononciation française, enregistrée sur disques (linguaphone). Ilitch fut très intéressé par cette méthode, prit connaissance des manuels d’après lesquels nous étudions, approuva cette méthode, et dit qu’il était nécessaire de l’appliquer le plus largement possible. Maintenant, on a chez nous un goût très marqué pour l’étude des langues étrangères. C’est pourquoi la façon dont Lénine a étudié les langues présente un intérêt particulier.
- ↑ V I. LÉNINE : Lettres à ses parents , 1934, p. 8. (éd. russe).
- ↑ Idem, p. 20.
- ↑ Grammaire pratique de la langue anglaise avec chrestomathie et lexique , St-Petersbourg, 1894 (N.K.)
- ↑ V I. LÉNINE : Lettres à ses parents , 1934, p. 106-107.
- ↑ V. I. LÉNINE : Lettres à ses parents , 1934, p. 287.
- ↑ Idem , p. 164.
- ↑ V I. LÉNINE : Lettres à ses parents, 1934, p. 8. (éd. russe).