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Lénine à la veille du soulèvement d’Octobre
| Auteur·e(s) | Nadejda Kroupskaïa |
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| Écriture | 1924 |
Le 7 octobre, Ilitch quitta Vyborg pour s’installer à Piter[1]. Il fut decide d’observer un strict secret : ne communiquer l’adresse ou! il se cachait à personne, pas même aux membres du Comite central. Nous l’avons installe du côte de Vyborg, à l’angle de Lesnoï Prospekt, dans une grande maison ou! vivaient presque exclusivement des ouvriers, dans l’appartement de Margarita Vassilievna Fofanova[2] . L’appartement etait très confortable et en cette periode estivale, il n’y avait personne, pas même une menagère. Margarita Vassilievna etait une fervente bolchevique, elle se chargeait de toutes les courses d’Ilitch.
Trois jours plus tard, le 10 octobre, Ilitch assista à une reunion du comite central dans l’appartement de Soukhanova[3] , ou! une resolution en faveur d’un soulèvement armé fut adoptee. Dix membres du Comite central (Lenine, Sverdlov, Staline, Dzerjinski, Trotski, Ouritski, Kollontaï, Boubnov, Sokolnikov et Lomov) votèrent en faveur de l’insurrection armée. Zinoviev et Kamenev votèrent contre.
Le 15 octobre, une reunion de l’organisation du Parti de Petrograd eu lieu. Elle se tint au Smolny (ce seul fait est très significatif) en presence des delegues des differents districts (il y avait huit delegues du district de Vyborg).
Je me souviens que Dzerjinsky se prononça en faveur du soulèvement armé et que Tchoudnovsky s’y opposa[4] . Tchoudnovsky avait ete blesse au front, il avait le bras bande. Il etait inquiet et il souligna que nous subirions inevitablement une defaite et que nous ne devions pas nous precipiter. « Rien n’est plus facile que de mourir pour la révolution, mais nous nuirions à sa cause si nous nous laissons abattre » . Tchoudnovsky a effectivement perdu la vie pour la cause de la revolution, ayant ete tue pendant la guerre civile. Ce n’etait pas un phraseur, mais son point de vue etait tout à fait errone. Je ne me souviens pas des autres discours. Lors du vote, une forte majorite se prononça en faveur d’un soulèvement immediat et tout le district de Vyborg vota pour.
Le lendemain, le 16, une reunion elargie du Comite central eut lieu à Lesnoïe, dans la Douma du sous-district, ou! furent presents, outre les membres du Comite central, des membres de la Commission executive du Comite de Petrograd, de l’Organisation militaire, du Soviet de Petrograd, des syndicats, des comites d’usine, des cheminots et du Comite du district de Petrograd. Deux lignes furent discutees lors de cette reunion : la ligne majoritaire, celle des partisans d’un soulèvement immediat, et la ligne minoritaire, celle des opposants à un tel soulèvement immediat. La resolution de Lenine recueillit une majorite ecrasante : 19 voix pour, 2 contre et 4 abstentions. La question fut reglee. Lors d’une session à huis clos du Comite central, le Centre revolutionnaire militaire fut constitue.
Un tout petit nombre de personnes allait voir Ilitch ; moi, Maria Ilinitchna et le camarade Rakhia. Je me souviens de l’episode suivant. Ilitch avait envoye Fofanova quelque part pour affaires ; il avait ete convenu qu’il n’ouvrirait la porte à personne et qu’il ne repondrait pas à la sonnette. Fofanova avait un cousin qui etudiait dans une ecole militaire. J’allais mois aussi regulièrement faire des commissions pour Ilitch. Quand je suis arrive le soir, j’ai vu ce garçon debout dans l’escalier, l’air confus. Il me reconnut et me dit : « Quelqu’un s’est introduit dans l’appartement de Margarita ! » « Comment donc s’y serait-il introduit ? » repondis-je. « J’ai sonné et une voix d’homme m’a répondu, puis j’ai sonné encore et personne ne m’a plus répondu. » Je lui ai menti en lui assurant que Margarita etait en reunion, qu’il avait certainement tout imagine, et je ne me suis calmee que lorsqu’il est monte dans le tramway et est reparti. Fofanova revint plus tard et frappa selon le code convenu, et quand Ilitch ouvrit la porte, elle se mit à le gronder : « Ce garçon aurait pu rameuter des gens ! » . « Mais je pensais que c’était une urgence ! » repliqua Ilitch.
Le 24 octobre, Ilitch ecrivit une lettre au Comite central sur la necessite de prendre le pouvoir dès ce jour-là. Il envoya Margarita avec cette lettre, mais n’attendit pas son retour, mit une perruque et se rendit à Smolny ; il n’y a plus un seul instant à perdre.
Tout le district de Vyborg se preparait au soulèvement. Cinquante ouvrières etaient assises dans la salle du Soviet d’arrondissement de Vyborg ou! une femme medecin leur appris toute la nuit à faire des bandages ; dans la salle du comite de district, on armait les ouvriers ; un groupe après l’autre se presentait et recevait des armes. Mais il n’y avait personne à mater dans le district de Vyborg – seuls un colonel et quelques Junkers venus boire du the au club ouvrier furent arrêtes.[5] Le soir, Jenia Egorova[6] et moi allâmes à Smolny en camion pour voir comment se passaient les choses.
Le 25 octobre (7 novembre) 1917 au matin, le gouvernement provisoire fut renverse. Le pouvoir passa au Comite militaire revolutionnaire, organe du Soviet de Petrograd, qui etait à la tête du proletariat et de la garnison de Petrograd. Le même jour, le deuxième congrès pan-russe des Soviets des deputes ouvriers et soldats forma un gouvernement ouvrier et paysan et institua le Conseil des commissaires du peuple, dont Lenine fut nomme president.[7]
- ↑ Les circonstances du retour de Lénine de sa dernière « émigration » (en Finlande) à Petrograd sont en grande partie connues. Portant des lunettes, une perruque grise et un chapeau de feutre, qui lui donnaient l’apparence d’un pasteur âgé, Lénine, accompagné de E. A. Rakhia, quitta l’appartement du social-démocrate finlandais Y. K. Latukka à Vyborg, où il vivait depuis le 23 ou le 24 septembre 1917, et il prit le train jusqu’à la gare de Raivola (aujourd’hui Rochtchino). Là, Rakhia rencontra le cheminot H. E. Ialava, arrivé de Petrograd, et lui prit les vêtements de travail préparés pour lui. Profitant de l’obscurité, Lénine, habillé pour la circonstance, monta dans la cabine d’une locomotive à destination de Petrograd avec Ialava tandis que Rakhia prit place dans le premier wagon. Ils réussirent à traverser la frontière sans encombre à Beloostrov. À la gare d’Oudelnaïa, Lénine et Rakhia descendirent du train. Comme convenu à l’avance, ils furent accueillis par le tourneur de l’usine Aïvaz, E. G. Kalske et conduits à son domicile (avenue Yaroslavsky, 11, appartement 7). De là, Lénine et Rakhia se dirigèrent vers la gare de Lanskaya. Non loin, dans l’appartement d’un membre du parti, député du Soviet de Petrograd, M.V. Fofanova (rue Serdobolskaïa, 1, app. 41), une chambre avait été préparée pour Vladimir Ilitch. Ce fut le dernier refuge clandestin du leader de la révolution. Jusqu’à présent, les historiens n’ont pas pu établir avec précision quand Lénine est arrivé à Petrograd. Ce qui est certain, c’est que le 3 octobre 1917, le Comité central du POSDR(b) prit la décision : «… de proposer qu’Ilitch déménage à SaintPétersbourg… » ( Procès-verbal du Comité central du POSDR(b) , p. 74), et le 10 octobre, Lénine participa à une réunion du C.C. Par conséquent, Lénine a dû arriver à Petrograd entre le 3 et le 10 octobre 1917.
- ↑ L’appartement de Fofanova n’était pas situé sur l’avenue Lesnoï, mais à l’angle de l’avenue B. Sampsonievsky et de la rue Serdobolskaïa.
- ↑ Le Comité central aborda avec une prudence particulière le choix des lieux pour toutes ses réunions avec la participation de Lénine en octobre 1917 : le gouvernement Kerensky recherchait activement le leader de la révolution. Pour la première réunion du Comité central après les événements de juillet, à laquelle devait assister Lénine, les secrétaires du Comité central, Sverdlov et Stassova, choisirent l’appartement de leur collaborateur Galina Konstantinova (Flakserman) Soukhanova (quai Karpovka, 32). L’appartement était audessus de tout soupçon pour les autorités : le mari de Flakserman, N. N. Soukhanov, était un éminent militant menchevik et l’un des rédacteurs de la « Novaïa Jizn ». [Note MIA : Soukhanov écrivit plus tard à ce sujet : « Nouvelle plaisanterie de la muse enjouée de l’Hisoire : Cette réunion suprême et décisive se tint dans mon appartement, sans que je fusse au courant. Comme je travaillais loin de chez moi et rentrais très tard, ma femme s’informa avec précaution de mes intentions et le conseilla, amicale et désintéressée, de ne pas
- ↑ Apparemment, il s’agit de l’intervention de Tchoudnovsky lors d’une réunion des militants de l’organisation bolchevique de Petrograd le 18 octobre 1917. Tchoudnovsky n’était pas présent à la réunion du Comité du POSDR(b), qui eut lieu le 15 octobre 1917.
- ↑ Il est fort probable qu’il s’agisse d’un groupe de junkers dirigé par le lieutenant-colonel G. V. Germanovich, qui s’est présenté le soir du 24 octobre au club ouvrier de l’usine Nobel (avenue Finlyandsky, 6) pour arrêter la
- ↑ E. N. Egorova (Lépine, Marta-Ella, 1892-1938), membre du Parti bolchévique depuis 1911. En 1917, secrétaire du Comité du district de Vyborg du POSDR (b), pendant la Révolution d’Octobre membre du quartier général révolutionnaire du district de Vyborg.
- ↑ Le Conseil des commissaires du peuple n’a pas été formé le 25, mais dans la nuit du 26 au 27 octobre 1917.