Journées révolutionnaires

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QUE SE PASSE-T-IL EN RUSSIE ?
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Emeute ou révolution ? Telle est la question que se posent les journalistes et reporters européens en informant l'univers des événements de Pétersbourg et en s'efforçant de les apprécier. Ces prolétaires, debout par dizaines de milliers, contre lesquels l'armée impériale a donné victorieusement, sont-ils des émeutiers ou des insurgés ? Et les journaux étrangers qui ont le plus de possibilité d'observer les événements « à l'écart », avec l'impartialité des chroniqueurs, sont embarrassés de devoir répondre à cette question. Ils usent à tout moment des deux termes différents. Ce n'est pas étonnant. On n'a pas tort de dire qu'une révolution est une émeute réussie tandis qu'une émeute est une révolution avortée. Quiconque assiste au début d'événements vastes et grandioses, quiconque ne peut se rendre compte de ce qui se passe que de façon fragmentaire et imprécise, par des informations de troisième main, ne peut certes se décider à parler net en attendant. Les journaux bourgeois qui continuent à parler d'émeute, de mutinerie, de troubles, ne peuvent pourtant pas se dissimuler la portée nationale et même internationale des événements. Et c'est justement cette portée qui confère à ces derniers le caractère d'une révolution. Ceux qui parlent des derniers jours de l'émeute se mettent tout de même à traiter des premiers jours de la révolution. L'histoire de la Russie est arrivée à un tournant. Les conservateurs européens les plus endurcis, auxquels la puissance incontrôlée de l'autocratie russe inspire l'admiration et la vénération, ne le nient pas. Il ne peut être question de paix entre l'autocratie et le peuple. Les casse-cou, les « nihilistes » ― l'Europe considère encore ainsi les révolutionnaires russes ― ne sont plus les seuls à parler de révolution ; quiconque est tant soit peu capable de s'intéresser à la politique mondiale en fait autant.

Le mouvement ouvrier russe s'est élevé à un degré supérieur en quelques jours. Il se transforme sous nos yeux en soulèvement populaire. On conçoit qu'il devienne infiniment difficile de suivre les événements d'ici, de Genève, dans notre maudit éloignement. Mais tant que nous sommes condamnés à notre maudit éloignement, nous devons pourtant essayer de les suivre, d'en dresser le bilan, d'en dégager les enseignements, de tirer de l'expérience historique d'aujourd'hui les leçons qui nous serviront demain, ailleurs, là où « le peuple se tait » encore, où s'allumera quelque jour prochain, sous une forme ou sous un autre, l'incendie révolutionnaire. Nous devons remplir notre tâche constante de publiciste, écrire l'histoire contemporaine et nous efforcer de l'écrire de telle façon que notre travail de chroniqueur vienne en aide, autant que faire se peut, aux participants directs du mouvement, aux prolétaires héroïques qui sont sur le lieu de l'action ; et nous efforcer d'écrire de manière à contribuer à élargir le mouvement, à choisir consciemment des moyens, des procédés et des méthodes de lutte, susceptibles de donner les résultats les plus grands et les plus sûrs avec la moindre dépense de forces.

L'histoire des révolutions révèle des antagonismes sociaux mûris au cours de dizaines d'années et de siècles. La vie devient extraordinairement riche. Les masses toujours demeurées dans l'ombre et souvent méconnues pour cela, voire méprisées par les observateurs superficiels, interviennent activement sur la scène et combattent. Ces masses s'éduquent par la pratique, sous les yeux de tous, à force d'essais, de tâtonnements, de jalonnements, en se mettant à l'épreuve et en mettant à l'épreuve les théories de tous leurs idéologues. Ces masses font des efforts héroïques pour s'élever à la hauteur des immenses tâches mondiales que l'histoire leur impose ; et quelle que soit parfois la gravité de leurs défaites, quel que soit notre bouleversement devant les flots de sang et les milliers de victimes, on ne pourra jamais rien comparer, quant à l'importance, à cette éducation directe des masses et des classes dans le cours mêmes de la lutte révolutionnaire. L'histoire de cette lutte se mesure en journées. Et ce n'est pas à tort que certains organes étrangers ont déjà ouvert « le journal de la révolution russe ». Ouvrons-le à notre tour.

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LE POPE GAPONE
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L'hypothèse selon laquelle le pope Gapone serait un provocateur semble confirmée par le fait qu'il appartient à l'association patronnée par Zoubatov et même la dirige. La presse étrangère note, en outre, de même que nos correspondants, que la police a sciemment laissé s'étendre le mouvement gréviste ; que le gouvernement en général (et le grand-duc Vladimir en particulier) voulait provoquer, dans les conditions les plus avantageuses pour lui, une répression sanglante. Les correspondants anglais montrent même que la participation énergique des gens de Zoubatov au mouvement devait être particulièrement avantageuse au gouvernement dans cette conjoncture. Les intellectuels révolutionnaires et les prolétaires conscients qui se fussent probablement les premiers approvisionnés en armes devaient nécessairement se défier au mouvement de Zoubatov et s'en écarter. Le gouvernement avait ainsi les mains tout à fait libres et jouait sans risque : la manifestation serait celle des ouvriers les plus paisibles, les moins organisés, les plus arriérés ; les troupes en viendraient à bout sans la moindre peine et le prolétariat recevrait une bonne leçon ; le prétexte pour une bonne fusillade dans les rues serait magnifique ; la victoire du parti réactionnaire (ou grand-ducal) à la Cour, sur les libéraux, serait complète. La répression la plus cruelle suivrait.

Les journaux anglais et aussi les journaux conservateurs allemands imputent nettement au gouvernement (ou à Vladimir) un plan d'action de cette sorte. Il est très probable que telle est la vérité. Les sanglants événements du 9 janvier nous confirment fortement dans cette opinion. Mais l'existence d'un plan de cette sorte n'exclut nullement l'hypothèse que le pope Gapone en ait été l'instrument inconscient. L'existence d'un mouvement réformateur et libéral parmi certains éléments du jeune clergé russe est hors de doute : ce mouvement s'est traduit dans les assemblées des milieux religieux philosophiques et dans la littérature cléricale. Il a même reçu un nom : c'est le mouvement de la « nouvelle orthodoxie ». Aussi ne peut-on pas exclure complètement l'idée que le pope Gapone ait pu être un socialiste-chrétien sincère et que le dimanche sanglant l'ait précisément poussé dans la voie de l'action révolutionnaire. Nous sommes d'autant plus enclins à l'admettre que les lettres de Gapone, écrites après la boucherie du 9 janvier et disant : « nous n'avons plus de tsar », son appel à la lutte pour la liberté, etc., sont autant de faits témoignant en faveur de sa sincérité et de son honnêteté, car un agent provocateur ne pouvait certes pas être chargé de se livrer à une agitation aussi puissante pour la continuation du soulèvement.

Quoi qu'il en soit, la tactique des social-démocrates à l'égard de nouveau meneur est toute indiquée : une expectative prudente et méfiante s'impose vis-à-vis de l'homme de Zoubatov. Il faut en tout cas participer avec énergie au mouvement gréviste déclenché (fût-ce par l'homme de Zoubatov), il faut une propagande énergique des idées et des mots d'ordre social-démocrates. C'est la tactique dont se sont inspirés, comme on le voit par les lettres citées plus haut, nos camarades du Comité pétersbourgeois du P.O.S.D. de Russie[1]. Quels que soient les desseins « pleins de ruse » de la coterie réactionnaire de la Cour, la réalité de la lutte des classes et de la protestation politique des prolétaires, avant-garde du peuple entier, s'est montrée infiniment plus rusée. Que les desseins des policiers et des militaires se soient retournés contre le gouvernement, que le mouvement patronné par Zoubatov, mince prétexte en lui-même, ait donné naissance à un mouvement révolutionnaire large et puissant, embrassant la Russie entière, c'est un fait. L'énergie révolutionnaire et l'instinct révolutionnaire de la classe ouvrière se sont frayés un chemin avec une force irrésistible, en dépit de tous les stratagèmes et de toutes les ruses policières.

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LE PLAN DE BATAILLE DE PÉTERSBOURG
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Il paraît singulier, au premier abord, de parler de bataille alors que les ouvriers désarmés allaient paisiblement présenter une pétition. Ce fut un massacre. Mais le gouvernement comptait précisément sur une bataille et exécutait, à coup sûr, un plan mûrement étudié. Il avait débattu d'un point de vue militaire la défense de Pétersbourg et du Palais d'Hiver. Il avait pris toutes les mesures militaires désirables. Il avait écarté toutes les autorités civiles et livré une capitale peuplée d'un million et demi d'habitants aux généraux assoiffés du sang populaire, le grand-duc Vladimir en tête.

Le gouvernement a sciemment amené le prolétariat à l'insurrection, provoquant par le meurtre de gens désarmés la bataille des barricades, afin de pouvoir noyer cette insurrection dans le sang. Le prolétariat profitera de ces leçons militaires du gouvernement, et puisqu'il a commencé la révolution, apprendra l'art de la guerre civile. La révolution est une guerre. C'est la seule guerre légitime, juste, nécessaire, la seule grande guerre de toutes celles que connaît l'histoire. Cette guerre est menée non dans l'intérêt sordide d'une poignée de dirigeants et d'exploiteurs, comme toutes les autres guerres, mais dans l'intérêt des masses populaires contre les tyrans, dans l'intérêt de millions et de dizaine de millions d'exploités et de travailleurs contre l'arbitraire et la violence.

Tous les observateurs étrangers sont maintenant unanimes à reconnaître que cette guerre est déclarée et déclenchée en Russie. Le prolétariat se lèvera de nouveau en masse plus nombreuse encore. Les derniers vestiges d'une foi enfantine en le tsar mourront aussi vite que les ouvriers pétersbourgeois ont passé de la pétition aux barricades. Les ouvriers s'armeront partout. La police aura beau décupler sa surveillance autour des dépôts et des magasins d'armes. Aucune sévérité, aucune prohibition n'arrêtera la population des villes, consciente du fait que si elle est désarmée le gouvernement peut, sous tout prétexte, l'acculer à la fusillade. Chacun fera de son côté tout son possible pour se procurer un fusil ou du moins un revolver, pour cacher son arme et être prêt à riposter aux serviteurs sanguinaires du tsarisme. Il n'y a que le premier pas qui coûte. Il a été difficile aux ouvriers de passer à la lutte armée. Le gouvernement les y a contraints. Le premier pas, le plus difficile, est fait.

Un correspondant anglais relate une conversation caractéristique entre ouvriers, entendue dans la rue à Moscou. Un groupe de prolétaires discutait tout haut les leçons de l'actualité. « Des haches ? » disait l'un. ― « Non, des haches ne serviront à rien contre les sabres. La hache n'atteint pas le sabre et le couteau moins encore ; non, il faut des revolvers, au moins des revolvers, mais des fusils vaudraient mieux ». Des conversations de cette sorte ont lieu maintenant, dans la Russie entière. Et ce ne seront pas, après la « journée de Vladimir » à Pétersbourg, propos en l'air.

Le dessein militaire de l'oncle du tsar, Vladimir, qui a présidé à la boucherie, se bornait à empêcher les ouvriers des faubourgs de parvenir au centre de la ville. On s'est efforcé de convaincre les soldats que les ouvriers voulaient détruire le Palais d'Hiver (avec les icones, des croix et une pétition !) et tuer le tsar. Le problème stratégique se réduisait à la défense des ponts et des principales artères conduisant à la place du Palais. Les places avoisinant les points (Troïtski, Sampsonievski, Nicokaïevski, du Palais) et les rues conduisant des quartiers ouvriers vers le centre (alentours de la barrière de Narva, chaussé de Schlusselbourg, perspective de Nevski) et enfin la place du Palais, à laquelle parvinrent, en dépit de la concentration des troupes et des barrages, des milliers et des milliers d'ouvriers, furent les principaux théâtres des « opérations militaires ». Celles-ci étaient naturellement facilitées au plus haut point du fait que l'on savait très bien où allaient les ouvriers qui n'avaient qu'un point de rassemblement, un objectif. Les braves généraux ont opéré « avec succès » contre un adversaire qui s'en venait les mains nues après avoir annoncé bien haut où il se rendait et pourquoi... Ce fut le plus infâme assassinat des masses populaires paisibles et désarmées, et un assassinat commis de sang-froid. Les masses y réfléchiront longtemps en revivant par les souvenirs et les récits ce qui vient de se passer. La seule conclusion inévitable, le seul résultat de cette « leçon de Vladimir » dans la conscience des masses, sera qu'il faut se comporter à la guerre comme à la guerre. Les masses ouvrières et, derrière elles, les masses de paysans pauvres, prendront conscience qu'elles sont partie belligérante et, dès lors... dès lors les batailles suivantes de notre guerre civile ne se dérouleront plus selon les « plans » des seuls grands-ducs et tsars. L'appel « Aux armes ! » qui a retenti sur la perspective Nevski, le 9 janvier, dans une foule ouvrière, ne peut plus demeurer sans écho.

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SUPPLÉMENT À L'ARTICLE : « LE PLAN DE BATAILLE DE PÉTERSBOURG »
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Rédigé après le 18 (31) janvier 1905

Publié pour la première fois en 1926 dans le Recueil Lénine V

Le plan de la bataille de Pétersbourg a été décrit dans le n° 4 de Vpériod[2]. Nous trouvons à présent, dans les journaux anglais, certains détails intéressants relatifs à ce plan. Le grand-duc Vladimir avait nommé commandant en chef des opérations le général prince Vassiltchikov. La capitale était entièrement divisée en secteurs entre les officiers. Le tsar jouait sérieusement à la guerre, comme s'il se trouvait devant une invasion d'ennemis armés. Pendant les opérations, l'état-major était assis à la table verte sur l'Ile Vassilievski et recevait les rapports des commandants de chaque secteur, toutes les demi-heures.

Que les ouvriers de Pétersbourg en prennent acte !

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« NOTRE PETIT PÈRE LE TSAR » ET LES BARRICADES
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A jeter un coup d'œil d'ensemble sur les événements du dimanche sanglant, on est de plus en plus frappé d'étonnement de cette conjonction d'une foie naïve et patriarcale en le tsar et d'une cruelle bataille de rues, les armes à la main, contre l'autorité impériale. Le premier jour de la révolution russe met face à face, avec une étonnante vigueur, l'ancienne et la nouvelle Russie, révèle l'agonie de la foi séculaire de la paysannerie en le petit père le tsar et la naissance d'un peuple révolutionnaire incarné par le prolétariat des villes. Les journaux bourgeois d'Europe n'ont pas tort de dire que la Russie n'est plus le 10 janvier ce qu'elle était le 8 janvier. Le journal social-démocrate allemand que nous avons cité plus haut[3] n'a pas tort de rappeler comment débutait, il y a 70 ans, le mouvement ouvrier en Angleterre, comment les ouvriers anglais manifestaient en 1834 dans les rues contre l'interdiction des syndicats, comment ils élaboraient en 1838 près de Manchester, en de vastes assemblées, leur « charte populaire », et comment le pasteur Stephens proclamait que « tout homme libre respirant l'air libre de Dieu et marchant sur la terre que Dieu fit libre a le droit d'avoir son foyer ». Et ce pasteur invitait les ouvriers rassemblés à prendre les armes.

Un prêtre s'est aussi trouvé à la tête du mouvement chez nous, en Russie, un prêtre, qui au lendemain de l'appel à se rendre aux pieds du tsar avec une paisible pétition, lança l'appel à commencer la révolution. « Camarades, ouvriers russes ! », écrivait le prêtre Gapone après la sanglante journée dans une lettre lue à l'assemblée des libéraux, « nous n'avons plus de tsar. Un fleuve de sang a coulé aujourd'hui entre lui et le peuple russe. Il es temps pour les ouvriers russes de commencer sans lui la lutte pour la liberté du peuple. Je vous bénis aujourd'hui, je serai parmi vous demain. Je suis absorbé aujourd'hui par le service de notre cause. »

Ce n'est pas le prêtre Gapone qui parle ainsi. C'est la voix de milliers et de dizaines de milliers d'hommes, la voix de millions et de dizaines de millions d'ouvriers et de paysans russes qui pouvaient jusqu'à présent croire naïvement et aveuglément au petit père le tsar, chercher auprès du tsar « lui-même » un soulagement à leur intolérable misère, n'accuser de tous les abus, de tous les scandales, de toutes les violences et de tous les pillages que les fonctionnaires qui trompent le tsar. De longues générations opprimées, abêties, de moujiks relégués dans les coins perdus du pays, ont affermi cette foi. Chaque mois de vie dans les villes de la Russie nouvelle, industrielle et instruite, a sapé et détruit cette foi. Des milliers de prolétaires avancés, social-démocrates, se sont formés au cours des dix dernières années en rompant sciemment avec elle. Ces années ont formé des dizaines de milliers d'ouvriers dont l'instinct de classe, affermi dans les grèves et l'agitation politique, a miné les assises de cette foi. Mais il y avait encore, derrières ces milliers et ces dizaines de milliers d'hommes, des centaines de milliers et de millions de travailleurs et d'exploités, d'humiliés et d'outragés, de prolétaires et de demi-prolétaires, chez qui cette foi pouvait durer. Ils n'étaient pas en mesure d'aller jusqu'à l'insurrection, ils n'étaient capables que de demander et de supplier. Le prêtre Gapone a exprimé leurs sentiments, leur mentalité, le niveau de leurs connaissances et de leur expérience politique, et c'est ce qui fait la signification historique du rôle que vient de jouer, au début de la révolution russe, un homme hier encore inconnu, devenu aujourd'hui à Pétersbourg l'homme du jour, et au-delà de Pétersbourg celui de toute la presse européenne.

On comprend maintenant pourquoi les social-démocrates pétersbourgeois, dont nous avons cité plus haut les lettres, considéraient au début ― et ne pouvaient pas ne pas considérer ― Gapone avec méfiance. Un homme revêtu de la soutane, croyant en Dieu et agissant sous la haute protection de Zoubatov et de l'Okhrana, ne pouvait pas manquer d'inspirer des suspicions. Nul, excepté ceux qui le connaissaient intimement, c'est-à-dire un groupe infime, ne pouvait dire avec certitude s'il était sincère en déchirant sa soutane et en maudissant son appartenance à une caste vile, au clergé qui vole et pervertit le peuple. Cette question ne pouvait être tranchée que par les événements historiques, par des faits, des faits et encore des faits. Et les faits l'ont tranchée en faveur de Gapone.

La social-démocratie réussira-t-elle à dominer ce mouvement spontané ? Nos camarades pétersbourgeois se le demandaient avec inquiétude en présence du développement impétueux de la grève générale qui gagnait des milieux prolétariens extrêmement larges, en présence de l'irrésistible influence de Gapone sur des masses « frustes » susceptibles de se laisser entraîner par un provocateur. Loin d'entretenir de naïves illusions sur la possibilité de démarches pacifiques, les social-démocrates discutaient avec Gapone, défendant ouvertement, résolument, toutes leurs idées, toute leur tactique. Et l'histoire, dont les masses ouvrières étaient les artisans sans la social-démocratie, a confirmé la justesse de ces idées et de cette tactique. La logique de la situation de classe du prolétariat s'est révélée plus forte que les erreurs, les naïvetés et les illusions de Gapone. Le grand-duc Vladimir, agissant au nom du tsar, investi de toute la puissance du tsar, s'est chargé de montrer, par son exploit de bourreau, aux masses ouvrières, ce que les social-démocrates leur ont toujours démontré et continueront de leur démontrer par la parole et l'écrit.

Les masses ouvrières et paysannes gardant encore quelque vestige de foi en le tsar ne pouvaient, avons-nous dit, aller à l'insurrection. Nous sommes en droit de dire depuis le 9 janvier : elles peuvent maintenant aller à l'insurrection et elles iront à l'insurrection. « Notre petit père le tsar » les a lui-même, en massacrant des ouvriers désarmés, poussées vers les barricades et leur a donné la première leçon du combat sur les barricades. Les leçons de « notre petit père le tsar » ne seront pas perdues.

A la social-démocratie de veiller à la plus large diffusion des informations sur les sanglantes journées de Pétersbourg, à la plus grande cohésion et à la plus grande organisation de ses forces, à la propagande la plus énergique du mot d'ordre qu'elle a lancé depuis longtemps : l'insurrection armée du peuple entier[4].

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LES PREMIERS PAS
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L'étincelle qui a allumé l'incendie n'était rien d'autre qu'un conflit habituel travail-capital : une grève dans une usine. On doit souligner, cependant, que cette grève de 12 000 ouvriers de l'usine Poutilov, commencée le lundi 3 janvier, a été menée surtout au nom de la solidarité prolétarienne. Elle a été causée par le renvoi de quatre ouvriers. « Quand on eut rejeté la demande de les réintégrer, nous écrit un camarade de Pétersbourg, le 7 janvier toute l'usine a débrayé immédiatement, avec ensemble. La grève se passe très dignement ; les ouvriers ont délégué quelques hommes pour préserver les machines et tout le matériel de toute détérioration possible de la part d'ouvriers moins conscients. Puis ils ont envoyé dans les autres usines une délégation chargée de communiquer leur revendication et de proposer de se joindre à la grève. » Des milliers, des dizaines de mille ouvriers ont commencé à se rallier au mouvement. L'association ouvrière légale de Zoubatov, fondée avec le concours du gouvernement pour pervertir le prolétariat par une propagande monarchiste systématique, a rendu un grand service dans l'organisation du mouvement à ses débuts et dans son élargissement. Il s'est produit ce dont parlaient, depuis longtemps déjà, les social-démocrates, disant aux partisans de Zoubatov que l'instinct révolutionnaire de la classe ouvrière et son esprit de solidarité prendront le dessus sur toutes les petites ruses policières. Les ouvriers les plus arriérés seront attirés dans le mouvement par les gens de Zoubatov, puis le gouvernement tsariste se chargera lui-même de les faire progresser ; l'exploitation capitaliste les fera passer elle-même du mouvement paisible et entièrement hypocrite de Zoubatov à la social-démocratie révolutionnaire. Les conditions de vie et l'expérience de la lutte du prolétariat seront plus fortes que toutes les « théories » et tous les vains efforts de messieurs les adeptes de Zoubatov[5].

C'est ce qui s'est produit. Un camarade ouvrier, membre du comité de Pétersbourg du P.O.S.D.R., nous fait part de ses impressions dans une lettre du 5 janvier :

« J'écris sous l'impression encore toute fraîche de la réunion des ouvriers de l'usine Sémiannikov, qui vient d'avoir lieu porte Nevski. Mais avant tout, quelques mots sur l'état d'esprit des ouvriers pétersbourgeois. Comme on le sait, des organisations « Zoubatov » ont commencé ces derniers temps à se former ou plutôt à renaître sous la direction du pope Gapone. Ces organisations se sont multipliées et se sont considérablement renforcées en un laps de temps très court. Il existe déjà 11 sections du soi-disant « Rassemblement des ouvriers de fabrique et d'usine russes ». Comme il fallait s'y attendre, les résultats de ces rassemblement devaient être semblables à ceux du Midi.

On peut affirmer à présent qu'un large mouvement de grèves est déclenché à Pétersbourg. Presque chaque jour on entend parler d'une nouvelle grève, tantôt dans une usine, tantôt dans une autre. L'usine Poutilov fait grève depuis deux jours déjà. Il y a deux semaines a fait grève la filature Schau dans le quartier de Vyborg. La grève a duré quatre jours. Les ouvriers n'ont rien obtenu. La grève recommencera d'un moment à l'autre. Partout, le moral est excellent, mais on ne saurait dire que ce soit au profit de la social-démocratie. Une grande partie des ouvriers se prononce pour la seule lutte économique et contre la lutte politique. Néanmoins, il faut espérer que cet état d'esprit changera et que les ouvriers comprendront que, sans lutte politique, ils n'obtiendront aucune amélioration économique. C'est à quoi il faut s'attendre. Aujourd'hui est entrée en grève l'usine de la société de constructions navales Nevski (de Sémiannikov). La section locale du « Rassemblement des ouvriers de la fabrique et d'usine russes » s'efforce de prendre la direction de la grève, mais il est évident qu'elle n'y parviendra pas. C'est la social-démocratie qui dirigera, bien qu'elle soit extrêmement faible ici.

Des tracts du comité de Pétersbourg ont paru : deux sont adressés à la filature Schau, et un aux ouvriers de l'usine Poutilov. Aujourd'hui s'est tenue une réunion à l'usine de constructions navales Nevski. Près de 500 ouvriers y ont assisté. Les membres de la section locale du « Rassemblement » y ont pris la parole pour la première fois. Ils ont écarté les revendications politiques et ont surtout présenté des revendications économiques. Dans la foule, il y avait murmures de mécontentement. Mais un collaborateur de la Rousskaïa Gazéta, Stroev, qui est très estimé par les ouvriers de Pétersbourg, est apparu. Il a proposé une résolution qu'il avait élaborée, a-t-il déclaré, avec les représentants de la social-démocratie. Cette résolution souligne, mais d'une manière insuffisante, l'opposition des intérêts de classes du prolétariat et de la bourgeoisie. Après Stroev ont prit la parole des camarades ouvriers, social-démocrates, qui ont défendu le principe de cette résolution, tout en soulignant son insuffisance. La confusion a commencé ; certains étaient mécontents des discours des social-démocrates et se sont mis à saboter la réunion. On s'est prononcé, à la majorité, contre le président qui faisait partie des perturbateurs et on a élu un nouveau président, un socialiste. Mais les membres de l'« association » (de Zoubatov) ont continué à perturber la réunion. Bien que la majorité écrasante de l'assistance (90%) fût pour les socialistes, la réunion s'est terminée en queue de poisson et on a remis la résolution au lendemain. En tout cas, on peut dire que les social-démocrates ont pu disposer les ouvriers en leur faveur. Demain, on prévoit un grand meeting. Il y aura peut-être deux à trois mille personnes. On doit s'attendre ces jours-ci à une manifestation grandiose, quelque chose de semblable à celle de juillet dans le Midi, en 1903. L'usine de la Société franco-russe fait grève : près de quatre à cinq mille personnes. On communique que la grève a commencé aux filatures Schtiglitz ― près de cinq mille. On attend une grève à l'usine Oboukhov ― cinq-six mille. »

En comparant ces informations communiquées par un social-démocrate, membre du comité local (qui ne pouvait, bien entendu, avoir des renseignements que sur ce qui s'est passé dans une petite partie de la ville), aux informations des journaux étrangers (anglais principalement), nous devons en conclure que ces dernières se distinguent par une précision très significative.

La grève s'est étendue de jour en jour avec une rapidité vertigineuse. Les ouvriers ont organisé un grand nombre de réunions et ont élaboré leur « charte », leurs revendications économiques et politiques. Malgré la direction des gens de Zoubatov, ces revendications se ramenaient, en somme, à celles du programme du Parti social-démocrate y comprit le mot d'ordre : convocation d'une Assemblée constituante élue au suffrage universel direct, égal et au scrutin secret. La croissance spontanée d'une grève comme on n'en avait encore jamais vue a dépassé de loin la participation méthodique des social-démocrates organisés. Mais laissons-leur la parole.

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LA VEILLE DU DIMANCHE SANGLANT
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Nous nous sommes arrêtés dans notre récit sur le cours des événements au moment où, sur l'initiative de Gapone, on avait fixé pour le dimanche 9 janvier la marche des masses ouvrières vers le Palais d'Hiver pour remettre au tsar une « pétition » demandant la convocation de l'Assemblée constituante. La grève était devenue générale à Pétersbourg, dès le samedi 8 janvier. Même d'après les informations officielles, le nombre des grévistes était de 100 à 150 000. La Russie n'avait encore jamais vu une telle explosion de la lutte des classes. Toute la vie industrielle, commerciale, publique d'un centre gigantesque d'un million et demi d'habitants s'est trouvé paralysée. Le prolétariat a montré pratiquement que la civilisation moderne repose sur lui et seulement sur lui, que c'est son travail qui crée les richesses et le luxe ; c'est sur lui que repose notre « culture ». La ville était privée de journaux, d'éclairage et d'eau. Cette grève générale avait un caractère nettement politique, était un prélude à des événements révolutionnaires.

Voici comment un témoin décrit, dans sa lettre, la veille du jour historique :

« Depuis le 7 janvier, la grève est devenue générale à Pétersbourg. Non seulement les grandes usines et fabriques, mais de nombreux ateliers ont fermé leurs portes. Aujourd'hui, 8 janvier, aucun journal n'a paru en dehors du Pravitelstvénny Vestnik[6] et des Viédomosti S.-Pétersbourgskovo Gradonatchalstva. Jusqu'à présent, le mouvement est dirigé par les hommes de Zoubatov. Nous sommes témoins d'événements encore jamais vus à Pétersbourg et nous sommes angoissés devant l'inconnu : l'organisation social-démocrate sera-t-elle en état de prendre la direction du mouvement, ne serait-ce que dans quelque temps ? La situation est très grave. Tous ces jours-ci, il y a des réunions de masses d'ouvriers dans tous les quartiers de la ville et dans les locaux de l'« Union des ouvriers russes », devant lesquels des milliers d'ouvriers stationnent des journées entières. De temps en temps, les social-démocrates prononcent des discours et distribuent des tracts. Ils sont en général accueillis favorablement, bien que les gens de Zoubatov cherchent à faire opposition. Quand on parle de l'autocratie, ils crient : « Cela ne nous intéresse pas, l'autocratie ne nous gêne pas ! ». Cependant, dans les discours qu'ils prononcent à l'« Union », ils exposent toutes les revendications social-démocrates, à commencer par la journée de 8 heures pour terminer par la convocation des représentants du peuple sur la base d'un suffrage égal, direct et au scrutin secret. Seulement les gens de Zoubatov affirment que la satisfaction de ces revendications ne signifie pas l'abolition de l'autocratie, mais le rapprochement du peuple et du tsar, l'élimination de la bureaucratie qui sépare le tsar du peuple.

Les social-démocrates prennent également la parole, même dans les locaux de l'« Union », et leur discours sont accueillis favorablement, mais l'initiative des propositions concrètes vient des hommes de Zoubatov. Malgré les protestations des social-démocrates, ces propositions sont acceptées. Elles se ramènent à ceci : dimanche 9 janvier, les ouvriers doivent aller au Palais d'Hiver et transmettre au tsar, par l'entremise du prêtre Gapone, une pétition qui énumère toutes les revendications des ouvriers et se termine par les mots : « Donne-nous tout cela ou nous allons mourir. » Les dirigeants des réunions ajoutent : « Si le tsar ne nous accorde rien, nos mains seront déliées : il est notre ennemi et nous manifesterons contre lui avec un drapeau rouge. Si notre sang coule, il retombera sur sa tête. » La pétition est approuvée partout. Les ouvriers font serment de venir dimanche sur la place « avec femmes et enfants ». Aujourd'hui, la pétition sera signée dans différents quartiers ; à 2 heures, tous doivent se rassembler à la « Maison du Peuple » pour un meeting final.

Tout cela se passe avec la complaisance entière de la police : on l'a retirée de partout, bien que dans la cour de certains immeubles soient cachés des gendarmes à cheval.

Aujourd'hui, on affiche dans les rues la déclaration du gouverneur qui interdit les rassemblements et menace de la force armée. Ces affiches sont arrachées par les ouvriers. On amène des troupes des environs. Les employés des tramways (receveurs et cochers) ont été obligés à aller travailler par les cosaques armés de sabres dégainés. »

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NOMBRE DES TUÉS ET DES BLESSÉS
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Les données quant au nombre des tués et des blessés diffèrent. Il va de soi qu'il ne saurait être question d'un compte exact et il est très difficile d'évaluer à vue. Le communiqué officiel donnant 96 tués et 330 blessés est probablement faux, et personne n'y croit. Selon les dernières nouvelles, les journalistes ont soumis le 13 janvier au ministre de l'Intérieur une liste de 4 600 tués et blessés, établie par des reporters. Il est évident que ce chiffre non plus ne peut être complet, étant donné l'impossibilité de dénombrer, même le jour (sans parler de la nuit), tous les tués et blessés, pendant les combats de rue.

La victoire de l'autocratie sur le peuple sans armes n'a pas coûté moins de victimes que les grandes batailles de Mandchourie. A en croire tous les correspondants étrangers, les ouvriers criaient non sans raison aux officiers, qu'ils combattent mieux le peuple russe qu'ils ne combattent les Japonais.

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COMBAT SUR LES BARRICADES[7]
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Comme nous l'avons déjà constaté, les correspondances font été le plus souvent des barricades de l'Ile Vassilievski, parfois de la perspective Nevski. Le communiqué gouvernemental du lundi 10 (23) janvier proclame : « La foule a élevé des barricades avec des barbelés, des drapeaux rouges, sur la chaussé de Schlusselbourg, puis près du jardin d'Alexandre, près des squares de la perspective Nevski. Des fenêtres des maisons voisines, on a jeté des pierres et tiré sur la troupe. La foule a désarmé la police. L'armurerie Shloff a été pillée dans les 1er et 2e arrondissements de l'Ile Vassilievski, la foule a coupé les fils télégraphiques et abattu les poteaux. Le commissariat de police a été saccagé. »

Un correspondant français a télégraphié dimanche à 2 h 50 : « La fusillade continue. La troupe semble avoir complètement perdu la tête. En traversant la Néva, j'ai vu quelques feux de signalisation et entendu le grondement des salves. Sur l'Ile Vassilievski, les barricades sont éclairées au moyen de feux de bois allumés par les grévistes. Je n'ai pas pu aller plus loin. Le sinistre son du cor donne le signal de la fusillade. Un bataillon, baïonnettes pointées, prend d'assaut une barricade, faite de traîneaux entassés. C'est une véritable boucherie. Une centaine d'ouvriers environ git sur le champ de bataille. Une cinquantaine de prisonniers blessés passent devant moi. Un officier me menace du pistolet et m'ordonne de vider les lieux. »

Les correspondants donnent très peu de descriptions précises des batailles de barricades. Cela se comprend parce qu'ils se sont efforcés de se tenir plus ou moins éloignés des endroits dangereux. Peu, très peu de participants aux combats ont survécu, cela se conçoit. On a même dit que l'artillerie a tiré sur les barricades, mais cela n'est pas confirmé, je crois.

  1. Les lettres dont parle Lénine sont les correspondances d'un bolchévik de Pétersbourg, S. I. Goussev, publiées dans le n° 4 de Vpériod du 31 (18) janvier 1905 sous l'en tête : « Lettres de social-démocrates pétersbourgeois ».
  2. Voir le présent tome, pp. 102-104. (N. R.)
  3. Il s'agit de l'organe central de la social-démocratie allemande, le journal Vorwärts [En avant], mentionné dans le n° 4 de Vpériod du 31 (18) janvier 1905, dans l'article « Sur la place du Palais. Lettre d'un témoin ».
  4. Il est vrai que nos profonds adeptes de la nouvelle Iskra (profonds à la Martynov) se sont évertués à embrouiller, à affaiblir, à reléguer à l'arrière-plan ce mot d'ordre (voir dans le n°62 de l'Iskra l'éditorial « Nous préparons-nous comme il faut ? »). Mais les élucubrations à la Martynov répandues par la nouvelle Iskra se heurtent à la ferme riposte au sein de notre parti, surtout depuis le fameux plan d'« accords » avec les membres des zemstvos visant à ne pas provoquer de peur panique.
    [Cette note était biffée dans le manuscrit et ne figure pas dans le journal Vpériod. Elle fut publiée pour la première fois en 1934 dans le Recueil Lénine XXVI, sous le titre « Note à l'article « Notre petit père le tsar et les barricades » ».]
  5. Cf. Que faire ? de Lénine pp. 86-88. (Voir Œuvres, 4e éd. russe, t. 5, pp 424-425. N.R.)
  6. « Pravitelstvenny Vestnik » [Messager du Gouvernement], organe officiel du gouvernement ; parut à Pétersbourg de 1869 à 1917.
  7. L'article « Combat sur les barricades », consacré au début de la Révolution en Russie, était prévu pour le n° 4 du journal Vpériod, mais ne fut publié. Parut pour la première fois en 1934, dans le Recueil Lénine XXVI.