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Introduction à la brochure Manifeste et résolutions de l’Internationale communiste
| Auteur·e(s) | Boris Souvarine |
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| Écriture | 1919 |
Le Manifeste du Parti Communiste , publié par Marx et Engels, en février 1848, est l’incomparable expression du socialisme contemporain. Une magistrale critique économico-historique, une dialectique concise et forte, la clarté du style, concourent à faire du Manifeste un document monumental, que le temps n’a pas altéré. Au contraire, les années ont donné aux assertions essentielles un relief saisissant. Pendant plus d’un demi-siècle, le Manifeste , inégalé par aucun écrit socialiste, est resté la source de notre doctrine, – source incorruptible d’une doctrine trop souvent troublée par l’apport d’une phraséologie démocratique bourgeoise. Il reste aujourd’hui ce qu’il a toujours été. Mais la renaissance du socialisme international, après les années de silence consécutives aux déclarations de guerre de 1914, exigeait une expression nouvelle des aspirations de l’avant-garde prolétarienne.
Depuis la crise de 1848, née des premiers développements de l’industrialisme, bien des convulsions sociales ont attesté de la précarité du régime capitaliste, miné de contradictions économiques, perçues et théorisées par Marx, dès que se dessinèrent les traits principaux du système de production moderne. La crise ouverte en 1914 devait-elle marquer un arrêt de l’essor du socialisme, voire même un recul de l’idée socialiste ? La plupart des anciens interprètes du mouvement d’émancipation ouvrière l’affirmèrent. Heureusement, il se trouva des hommes pour proclamer que cette crise était la crise suprême, l’inévitable catastrophe où les antagonismes de classes s’accuseraient jusqu’au paroxysme, où le régime bourgeois devait chanceler après avoir lui-même détruit en partie ses bases ; ces hommes appelèrent le prolétariat à donner la poussée décisive pour le renverser, et à supplanter la classe dirigeante d’hier pour créer l’ordre nouveau. Les clairvoyants socialistes qui surent formuler cette conception, à l’heure où de prétendus disciples de Marx étaient prostrés dans le renoncement, sont les bolcheviks de Russie.
Ils ont relevé le flambeau du socialisme révolutionnaire, tombé des mains débiles des chefs de la deuxième Internationale. Ils ont rassemblé les forces combattantes du monde prolétarien, et avec elles créé l’Internationale Communiste, la Troisième Association Internationale des Travailleurs, qui assure la pérennité du socialisme. Et l’Internationale Communiste, dans son premier Congrès de Mars 1919, a établi la nouvelle charte qui liera désormais les socialistes des deux continents.
Le nouveau Manifeste du Parti Communiste a été rédigé à l’heure historique où les conséquences de la guerre et l’expérience de la Révolution russe commandaient de développer, de préciser et de concrétiser les idées d’avenir esquissées dans le Manifeste de 1848. Cet avenir est notre présent. A8 la lumière des événements qui précipitent la chute du régime capitaliste, les communistes réunis à Moscou ont tracé le programme que nous publions ici, les travailleurs français puissent-ils s’en inspirer dans leur lutte libératrice !
Les auteurs du premier Manifeste Communiste avaient adopté cette dénomination, parce que, dit Engels, « le socialisme représentait, en 1847, un mouvement bourgeois, et le communisme un mouvement ouvrier » . Bakounine avait répudié l’étiquette « communiste » comme prétendu symbole d’un socialisme « autoritaire » et adopté le mot collectivisme », plus tard repris par les fondateurs du Parti Ouvrier Français. La Troisième Internationale a remis en honneur le terme « communiste », pour distinguer ses éléments constituants des socialistes ou social-démocrates discrédités à jamais par leur trahison des années 1914 et suivantes. Ainsi, elle aussi, puise à la source incorruptible du premier Manifeste Communiste.