Hankou et Moscou

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Que se passe-t-il maintenant à Hankéou? Nous ne pouvons en juger que par les fragments de télégrammes que Tass ne publie pas.

Le K.M.T. de gauche continue à mâcher la théorie de la solidarité des ouvriers, des paysans et de la bourgeoisie dans la « révolution nationale », et par là, il appelle les ouvriers et les paysans à observer la discipline — la discipline par rapport à la bourgeoisie.

Le C.C. du Parti communiste (ou le C.C. du K.M.T. ?) engage les syndicats à s'occuper de « leurs affaires » et à s'en remettre au pouvoir du K.M.T. pour lutter contre la contre-révolution.

Le chef du P.C. chinois, Chen-Dou-Siou, engage les paysans à attendre, en ce qui concerne la terre, jusqu'à la victoire sur l'ennemi extérieur.

De Moscou, on met en garde contre la formation « prématurée » des soviets.

En même temps, l'impérialisme fait pression sur Chang-Kaï-Chek, et Chang-Kaï-Chek, par l'intermédiaire de la bourgeoisie de Hankéou, sur le K.M.T. de gauche.

Le K.M.T. de gauche exige la discipline et la patience de la part des ouvriers et des paysans.

Tel est le tableau général. Le sens en est absolument clair.

Que fait en ces jours la direction de Moscou ? Nous n'en savons rien. Mais on ne peut pas mettre en doute que sous l'influence des derniers télégrammes archi-alarmants de Hankéou, on envoie là-bas, de Moscou, des conseils qui ont à peu près le contenu suivant : « Le plus possible de révolution agraire », « Le plus possible de masses dans le K.M.T. » , etc. Les ministres communistes transmettent ces conseils au Gouvernement et au C.C. du K.M.T..

De cette manière, le travail du P.C. se dédouble : Tout haut, on engage les ouvriers et les paysans à attendre ; et tout bas, à l'oreille, on engage le gouvernement bourgeois à se dépêcher. Mais, la révolution est la révolution par cela même que les masses ne veulent pas attendre. Et les radicaux bourgeois ont peur de se dépêcher par cela même qu'ils sont par nature des bourgeois radicaux.

Et le P.C., au lieu de guider les masses, de s'emparer de la terre, de former des soviets, perd son temps à donner des conseils stériles de part et d'autre, selon la sacro-sainte recette de Martinov au sujet du « Bloc des quatre classes » et du remplacement de la révolution par une commission d'arbitrage.

L'écroulement de cette politique est absolument inéluctable. Si nous ne la corrigeons pas sévèrement, rapidement et hardiment, son écroulement se produira dans l'avenir le plus proche.

Alors, on commencera à nous montrer un grand nombre de papiers avec les conseils de Moscou : « Le plus possible de révolution agraire ! », « Le plus possible de masses dans le K.M.T. ». Mais alors, nous répéterons exactement ce que nous disons aujourd'hui : Des conseils de cette nature sont des balivernes.

Il est impossible de faire dépendre le développement de la Révolution de cette question : Est-ce que la direction bourgeoise pusillanime du K.M.T. accepte ou non nos bons conseils? Elle ne peut pas les accepter. La Révolution agraire peut s'accomplir, non en accord avec Wan-Tin-Wei, mais malgré lui et dans la lutte contre lui.

C'est pourquoi notre première tâche, c'est de se délier les mains, de faire sortir les ministres communistes du Gouvernement national, d'appeler les masses à s'emparer immédiatement de la terre et [de] former les soviets.

Et pour cela, est formellement nécessaire l'indépendance du parti communiste, ne s'engageant pas par en haut, mais conduisant hardiment sa lutte à la base. Il n'y a pas d'autre voie, il ne peut pas y en avoir.