Femmes noires et communisme : mettre fin à une omission

De Marxists-fr
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Une caractéristique remarquable de l’étape actuelle du mouvement de libération des Noirs est l’augmentation de la participation militante des femmes noires dans tous les aspects de la lutte pour la paix, les droits civiques et la sécurité économique. Symptomatique de ce nouveau militantisme est le fait que les femmes noires sont devenues des symboles de nombreuses luttes des Noirs d’aujourd’hui. Cette augmentation du militantisme parmi les femmes noires a une signification profonde, pour le mouvement de libération Noir et pour la coalition antifasciste et anti-impérialiste émergente.

Comprendre comme il faut ce militantisme, renforcer et amplifier le rôle des femmes noires dans la lutte en faveur de la paix et de tous les intérêts de la classe ouvrière et des Noirs implique en premier lieu de surmonter l’indécente indifférence face aux problèmes spécifiques des femmes noires. Cette indifférence imprègne depuis trop longtemps les rangs du mouvement ouvrier en général, des progressistes de gauche et aussi du Parti Communiste. L’évaluation la plus sérieuse qui soit de ces faiblesses par les progressistes, et tout particulièrement par les marxistes-léninistes, est une nécessité vitale si nous comptons aider à l’accélération de ce développement et à l’intégration des femmes noires dans le mouvement progressiste et ouvrier et dans notre propre parti.

La bourgeoisie a peur du militantisme de la femme noire, et pour de bonnes raisons. Les capitalistes savent, bien mieux que nombre de progressistes ne semblent le savoir, qu’une fois que les femmes noires s’engagent dans l’action, le militantisme de l’ensemble des Noirs, et par conséquent de la coalition anti-impérialiste s’en trouve grandement accru.

Historiquement, la femme noire a été la gardienne, la protectrice de la famille noire. Depuis l’époque des marchands d’esclaves jusqu’à aujourd’hui, la femme noire a eu la responsabilité de prendre en charge les besoins de la famille, de la protéger de façon combative des coups provenant des insultes liées au système Jim Crow1[1], d’élever des enfants dans une atmosphère de peur du lynchage, de ségrégation et de violences policières et de se battre pour l’éducation des enfants. L’oppression accrue des Noirs, qui est la marque de fabrique de l’offensive réactionnaire d’après guerre, ne peut donc que conduire à une accélération du militantisme de la femme noire. En tant que femme, en tant que noire, et en tant que travailleuse, la femme noire se bat contre l’éradication de la famille noire, la vie dans les ghettos du système Jim Crow qui détruit la santé, le moral et la vie même de millions de ses sœurs, frères, et enfants.

Vu sous cet angle, ce n’est pas un hasard si la bourgeoisie américaine a accentué son oppression, non seulement des Noirs en général, mais aussi des femmes noires en particulier. Rien ne dévoile mieux la volonté de fascisation dans la nation que l’attitude inhumaine que la bourgeoisie affiche et cultive à l’égard des femmes noires. Le fameux sujet de fierté de l’idéologue des milieux d’affaires, à savoir que les femmes américaines disposent de « la plus grande égalité » qui existe au monde, se révèle au grand jour dans toute son hypocrisie quand on voit que dans de nombreuses parties du monde, en particulier en Union Soviétique, dans les nouvelles Démocraties populaires, et sur la terre auparavant opprimée de Chine, les femmes atteignent de nouveaux sommets en matière d’égalité. Mais par dessus tout, les fanfaronnades de Wall Street rencontrent leurs limites dès qu’il est question des travailleuses noires. Non pas l’égalité, mais l’avilissement et la surexploitation : voilà le sort véritable des femmes noires !

Considérez l’hypocrisie de l’administration Truman, qui se vante « d’exporter la démocratie à travers le monde » alors que l’état de Géorgie maintient sous les verrous une femme noire, veuve et mère de douze enfants. Son crime ? Elle a défendu sa vie et sa dignité (aidée par ses deux fils) contre les attaques d’un « suprémaciste blanc ». Ou bien interrogez-vous sur le silence assourdissant avec lequel le ministère de la Justice a accueilli Mrs. Amy Mallard, une enseignante noire devenue veuve, parce que son mari a été lynché en Géorgie sous prétexte qu’il avait acheté une nouvelle Cadillac et qu’il était devenu, de l’avis des « suprémacistes blancs », « trop arrogant ». Comparez ces cas avec les larmes de crocodile versées par la délégation américaine aux Nations Unies pour le cardinal Mindszenty, qui collaborait avec les ennemis de la République Populaire de Hongrie et cherchait à faire obstacle à la marche en avant des travailleurs et paysans de Hongrie auparavant opprimés les menant vers l’approfondissement de la démocratie. Il y a peu, le président Truman a parlé avec beaucoup de sollicitude lors d’une proclamation de la Fête des Mères de la manifestation de « notre amour et de notre révérence » pour les mères de ce pays. Les soi disant « amour et révérence » exprimés à l’adresse des mères de ce pays n’incluent absolument pas les mères noires qui, comme Rosa Lee Ingram, Amy Mallard, les femmes et les mères des Six de Trenton, ou les autres innombrables victimes, osent riposter face à la tradition du lynchage et la violence du « suprémacisme blanc ».

Difficultés économiques

Bien au contraire, les femmes noires (en tant que travailleuses, en tant que noires, et en tant que femmes) sont la couche la plus opprimée de l’ensemble de la population.

En 1940, deux femmes noires sur cinq, par opposition à deux femmes blanches sur huit, travaillaient pour subvenir à leurs besoins. En vertu de leur statut majoritaire parmi les Noirs, les femmes noires représentent non seulement le pourcentage le plus important de femmes chefs de famille, mais sont également les principales pourvoyeuses de revenus de la famille noire. L’importante proportion de femmes noires sur le marché du travail est avant tout le produit des bas salaires des hommes noirs. Cette disproportion trouve aussi ses racines dans le traitement des femmes noires et la position qu’elles ont occupée au fil des siècles.

À la suite de l’émancipation, et jusqu’à nos jours, un pourcentage important de femmes noires (mariées comme célibataires) ont été forcées à travailler pour subvenir à leurs besoins. Mais malgré le changement de travail des femmes noires, passant de régions rurales à des régions urbaines, elles sont toujours, en général, confinées aux emplois qui payent le plus mal. Le Bureau de la main d’œuvre féminine, au sein du Ministère du Travail américain, via le Handbook of Facts for Women Workers(1948, Bulletin 225), montre que les travailleuses blanches ont un salaire médian deux fois plus élevé que celui des femmes non blanches, et que les travailleuses non blanches (essentiellement des femmes noires) gagnent moins de 500$ par an ! Dans le Sud rural, le salaire des femmes est encore moindre. Dans trois grandes communautés industrielles du Nord, le revenu médian des familles blanches (1720$) est presque soixante pour cent plus élevé que celui des familles noires (1095$). La surexploitation de la travailleuse noire est ainsi révélée non seulement du fait qu’elle touche, en tant que femme, moins qu’un salaire égal pour un travail égal à celui des hommes, mais aussi du fait que la majorité des femmes noires perçoivent moins de la moitié du salaire des femmes blanches. Pas étonnant, alors, que dans les quartiers noirs, les conditions de vie du ghetto (bas salaires, loyers élevés, vie chère etc.) se transforment quasiment en un rideau de fer encerclant les vies des enfants noirs et minant leur santé et leur vigueur ! Pas étonnant que le taux de mortalité maternelle chez les femmes noires soit le triple de celui des femmes blanches ! Pas étonnant qu’un enfant noir sur dix né aux États-Unis, garçon ou fille, meure avant d’atteindre l’âge adulte !

Les bas revenus de la femme noire sont directement liés à son exclusion quasi complète de pratiquement tous les secteurs d’activité excepté le plus sous qualifié et sous payé, à savoir, le travail d’employée de maison. Les données suivantes fournies dans le rapport de 1945, Negro Women War Workers (Bureau de la main d’œuvre féminine, Ministère du Travail, Bulletin 205) sont révélatrices : sur sept millions et demi de femmes noires au total, plus d’un million se retrouvent dans le travail d’employée de maison et le service à la personne. L’écrasante majorité de ces travailleuses (à peu près 918 000) sont employées par des familles de particuliers, et environ 98 000 sont employées comme cuisinières, serveuses, et d’autres métiers de service de ce type dans des lieux autres que des foyers. Les 60 000 travailleuses restantes employées dans les métiers de service exercent diverses professions de service à la personne (esthéticiennes, gérantes de pension de famille, femmes de ménage, concierges, aides-soignantes, gouvernantes, hôtesses, et liftières).

Viennent ensuite, en termes de nombre, les travailleuses noires engagées dans le travail agricole. En 1940, environ 245 000 étaient ouvrières agricoles. En leur sein, on comptait autour de 128 000 femmes qui travaillaient pour leur famille sans être rémunérées.

Le nombre de travailleuses de l’industrie et autres ouvrières s’élevait à plus de 96 000 sur l’ensemble des femmes noires indiqué. Trente six mille de ces femmes se trouvaient dans l’industrie manufacturière, les groupes principaux étant les suivants : 11 300 dans la confection de vêtements et d’autre produits textiles, 11 000 dans les manufactures de tabac et 5600 dans l’industrie agroalimentaire et les produits qui y sont liés.

Le nombre d’employées de bureau et assimilées s’élevait seulement à 13 000. On ne comptait que 8300 femmes noires dans les services publics.

Le reste des femmes noires qui travaillent pour subvenir à leurs besoins se répartissait dans les catégories suivantes : enseignantes, 50 000 ; infirmières et élèves infirmières, 6700 ; travailleuses sociales, 1700 ; dentistes, pharmaciennes, et vétérinaires, 120 ; médecins et chirurgiennes, 129 ; actrices, 200 ; auteures, secrétaires de rédactions et journalistes, 100 ; avocates et juges, 39 ; bibliothécaires, 400 ; et d’autres catégories similaires illustrant l’exclusion à une grande échelle des femmes noires des professions libérales.

Durant la guerre contre les forces de l’Axe, les femmes noires, pour la première fois dans l’histoire, ont eu la possibilité d’utiliser leurs savoir-faire et leurs talents dans des métiers autres que le travail de domestique et le service à la personne. Elles devinrent des pionnières dans de nombreux domaines. Depuis la fin de la guerre, cependant, cette situation a laissé la place à un chômage en augmentation, aux licenciements massifs de travailleuses noires, en particulier dans les industries de base.

Ce processus s’est intensifié avec le développement de la crise économique. Aujourd’hui, les femmes noires se voient contraintes à retourner vers le travail d’employées de maison en grand nombre. Dans l’État de New York, par exemple, cette tendance a récemment été officiellement confirmée quand Edward Corsi, Commissaire au Ministère du Travail de l’État, a révélé que pour la première fois depuis la guerre, de la main d’œuvre domestique était facilement disponible. Corsi a en effet admis que les femmes noires n’abandonnent pas leur travail de leur plein gré, mais qu’elles sont plutôt évincées du secteur industriel de façon systématique. Le chômage, qui a toujours frappé la femme noire en premier et le plus durement, et auquel s’ajoute la vie chère, est ce qui contraint les femmes noires à réintégrer aujourd’hui le travail d’employée de maison. Cette tendance s’accompagne d’une campagne idéologique pour rendre le travail d’employée de maison attirant. Tous les jours, des publicités dans la presse qui fondent leurs arguments sur l’affirmation selon laquelle la plupart des employées de maison qui candidatent pour des places en passant par l’U.S.E.S. (United States Employment Service) « préfèrent ce type de travail au travail dans l’industrie », exaltent les « vertus » du travail d’employée de maison, et tout particulièrement des «places logées ».

Ce qui est intrinsèquement lié à la question des débouchés professionnels pour la femme noire, c’est l’oppression spécifique à laquelle elle fait face, en tant que noire, en tant que femme, et en tant que travailleuse. Elle est victime du stéréotype produit par le racisme des Blancs concernant ce que devrait être sa place. Au cinéma, à la radio, et dans la presse, la femme noire n’est pas représentée dans son rôle véritable (personne qui rapporte un salaire à la maison, mère, et protectrice de la famille) mais dans le rôle traditionnel de la « Mama » qui place la satisfaction des besoins des enfants et des familles des autres au dessus des siens. Ce stéréotype traditionnel de la mère esclave noire, qui jusqu’à aujourd’hui apparaît dans les publicités commerciales, doit être combattu et rejeté en tant qu’instrument aux mains des impérialistes pour perpétuer l’idéologie raciste des Blancs selon laquelle les femmes noires sont « arriérées », « inférieures », et sont les « esclaves par nature » des autres.

Aspects historiques

En réalité, l’histoire de la femme noire montre que la mère noire sous l’esclavage occupait une position clé et jouait un rôle dominant dans son propre groupe familial. Cela est dû avant tout à deux facteurs : les conditions de l’esclavage, sous lequel le mariage, en tant que tel, était inexistant, et le statut social du Noir était hérité de la mère et non pas du père ; et le fait que la plupart des Noirs rapportés sur ces côtes par les marchands d’esclaves venaient d’Afrique de l’Ouest où la place des femmes, fondée sur leur participation active dans le contrôle de la propriété, était relativement plus élevée que celle des femmes européennes.

Les premiers historiens rappellent le témoignage de voyageurs indiquant que l’amour de la mère africaine pour son enfant était sans égal où que ce soit dans le monde. Il existe de nombreuses histoires attestant du sens de l’abnégation avec lequel les mères de l’Afrique de l’Est se présentaient d’elles-mêmes aux marchands d’esclaves pour sauver leurs fils, et les femmes hottentotes refusaient toute nourriture pendant les famines tant que leurs enfants n’avaient pas été nourris.

Il est impossible dans les limites de cet article de raconter les terribles souffrances et l’avilissement subis par les mères noires et les femmes noires en général sous l’esclavage. Soumises au viol légal de leur maître, parquées dans des enclos à esclaves, forcées à marcher pendant huit à quatorze heures en portant des charges sur le dos et à effectuer un travail éreintant même pendant leur grossesse, les femmes noires nourrissaient une haine farouche de l’esclavage, et prenaient une grande part de la responsabilité consistant à défendre et à prendre soin de la famille noire.

La mère noire était souveraine dans la cabane des esclaves, et malgré l’ingérence du maître ou du surveillant, ses souhaits concernant le choix d’un partenaire et les affaires familiales étaient primordiaux. Pendant et après l’esclavage, les femmes noires durent subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants. Jouant nécessairement un rôle important dans la vie économique et sociale des siens, la femme noire s’est forgée une expérience en matière d’autonomie, d’action courageuse et altruiste2[2].

Il existe des documents d’un grand intérêt qui montrent que la vie familiale des Noirs et la conscience sociale et politique des hommes et des femmes noires ont subi d’importants changements après l’émancipation. Un affranchi a fait remarquer que, durant la Guerre de Sécession, beaucoup d’hommes étaient excessivement jaloux de leur autorité nouvellement acquise dans la vie de famille et insistaient sur la reconnaissance de leur supériorité sur les femmes. Après la Guerre de Sécession, les rangées de cabanes des esclaves furent détruites et les petites maisons de métayer placées un peu partout dans la plantation afin que chaque famille puisse poursuivre une existence indépendante. Les nouvelles dispositions économiques, le changement dans le mode de production plaçaient l’homme noir dans une position d’autorité vis-à-vis de sa famille. L’achat de propriétés a aussi aidé à renforcer l’autorité des hommes.

Ainsi, un ancien esclave, qui commença sa vie d’affranchi dans une ferme qui ne comptait qu’un seul cheval, avec sa femme travaillant comme blanchisseuse, mais qui plus tard loua du terrain et embaucha deux hommes, rappelle la fierté qu’il ressentit du fait de ce nouveau statut :

Dans mon humble palais sur une colline dans les bois sous l’ombre de pins imposants et de chênes robustes, je me sentais comme un roi dont les ordres suprêmes étaient “la Loi et l’Évangile” pour mes sujets.

Il faut remarquer qu’une double motivation était ici à l’œuvre. En ce qui concerne sa femme et ses enfants, l’homme noir était maintenant habilité à exercer une autorité entre autres économique sur la famille ; mais il pouvait également se battre contre le viol des femmes de son groupe alors qu’auparavant il n’avait pas le moindre pouvoir d’intervention.

La fondation de l’église noire, qui dès le début fut sous la domination des hommes, tendit aussi à confirmer l’autorité de l’homme dans la famille. La justification de la supériorité des hommes fut trouvé dans la Bible, qui pour beaucoup était la plus haute autorité en la matière.

Dans certains cas, des femmes noires refusèrent de se retrouver soumises à l’autorité des hommes. Au mépris des décisions de leur mari de vivre dans les lieux auparavant occupés par leurs anciens maîtres, de nombreuses femmes noires prirent leurs enfants avec elles et déménagèrent.

Les femmes noires dans les organisations de masse

Ce bref aperçu de certains aspects de l’histoire de la femme noire, considéré de surcroît en ayant à l’esprit qu’une proportion élevée de femmes noires sont obligées aujourd’hui de gagner la totalité ou une partie des revenus de la famille, nous aide à comprendre pourquoi les femmes noires jouent un rôle très actif dans la vie économique, sociale et politique de la communauté noire aujourd’hui. Environ 2 500 000 femmes noires sont partie prenante de clubs et d’organisations sociales, politiques et d’aide mutuelle. Les plus importantes de leurs organisations sont la National Association of Negro Women, la National Council of Negro Women, la National Federation of Women’s Clubs, la Women’s Division of the Elks’ Civil Liberties Committee, la National Association of Colored Beauticians, la National Negro Business Women’s League, et la National Association of Colored Graduate Nurses. Parmi elles, la National Association of Negro Women, forte de ses 75 000 membres, est l’organisation qui compte le plus grand nombre d’adhérentes. Il existe de nombreuses associations de femmes, de comités de femmes affiliés à des églises de toutes les confessions, ainsi que des organisations de femmes d’origine caribéenne. Dans certaines régions, les sections du N.A.A.C.P. ont des branches réservées aux femmes et récemment la National Urban League a crée une branche pour les femmes pour la première fois dans l’histoire.

Les femmes noires sont les véritables forces actives – les organisatrices et les chevilles ouvrières – au sein de toutes les institutions et organisations noires. Ces organisations jouent un rôle à multiples facettes, en se préoccupant de toutes les questions qui ont trait à la vie économique, politique et sociale des Noirs, et en particulier de la famille noire. Nombre de ces organisations s’occupent de près des problèmes de la jeunesse noire, en gérant l’offre de bourses d’études, en apportant de l’aide aux écoles et à d’autres institutions, et en travaillant au service de la communauté. Le combat pour le droit à un niveau d’éducation plus élevé dans le but de mettre à bas la législation Jim Crow dans les institutions de l’enseignement supérieur a été symbolisé l’an dernier par la brillante étudiante noire Ada Louis Sipuel Fisher de l’Oklahoma. Les opinions méprisantes qui sont souvent exprimées (par exemple, « les organisations de femmes noires ne se préoccuperaient que d’œuvres de bienfaisance ») doivent être pointées comme des produits du racisme, non dépourvus de subtilité pour autant, car alors que la même chose pourrait être dite de beaucoup d’organisations de femmes blanches, pareilles opinions échouent à reconnaître la spécificité du rôle des organisations des femmes noires. Cette approche échoue à reconnaître la fonction spécifique que jouent les femmes noires dans ces organisations, qui, au-delà de leur fonction propre, cherchent à assurer les services sociaux refusés à la jeunesse noire du fait du système Jim Crow et de son usage du lynchage aux États-Unis.

La travailleuse noire

La participation minime des femmes noires dans les milieux progressistes et syndicalistes est d’autant plus surprenante. Syndicat après syndicat, même dans ceux dont le champ comprend une proportion importante de femmes noires, on trouve peu de femmes noires dirigeantes ou animatrices. Les exceptions marquantes à cet état de fait sont le Food and Tobacco Workers’ Union et le United Office and Professional Worker’s Union.

Mais pourquoi cela devrait-il être des exceptions ? Les femmes noires sont parmi les syndicalistes les plus combatives. Les grèves des métayers dans les années 1930 ont été impulsées par les femmes noires. Soumises à la terreur du propriétaire et du suprémaciste blanc, elles ont mené des batailles magnifiques au côté des hommes noirs et des progressistes blancs dans cette lutte mémorable conduite par le Parti Communiste. Les femmes noires ont joué un rôle remarquable lors de la période précédant la création du C.I.O. (Congress of Industrial Organizations) dans les grèves et les autres luttes, aussi bien en tant que travailleuses et en tant que femmes de travailleurs, pour obtenir la reconnaissance du principe du syndicalisme d’industrie, dans des industries comme l’automobile, le conditionnement, l’acier, etc. Plus récemment, le militantisme des femmes noires s’est donné à voir lors de la grève des travailleurs du conditionnement, et même davantage, lors de la grève des ouvriers du tabac, dans laquelle des dirigeantes comme Moranda Smith et Velma Hopkins sont apparues comme des syndicalistes de premier plan. La lutte des ouvriers du tabac dirigée par des femmes noires s’est ensuite conjuguée à l’action politique de Noirs et de Blancs qui a conduit à l’élection d’un homme noir dans le Sud (à Winston-Salem, en Caroline du Nord) pour la première fois depuis l’époque de la Reconstruction.

Il est du devoir des syndicalistes progressistes de se rendre compte que dans le combat pour l’égalité des droits des travailleurs noirs, il est nécessaire d’avoir une approche spécifique à l’égard des travailleuses noires qui, dans des proportions qui excèdent de très loin celles des autres travailleuses, sont, dans la majorité des cas, les personnes qui subviennent aux besoins de leur famille. La bataille pour préserver la place de la femme noire dans l’industrie et y assurer sa promotion est un moyen important de lutter pour les intérêts fondamentaux et spécifiques de la travailleuse noire. Ne pas reconnaître cette caractéristique, c’est passer à côté des aspects spécifiques des effets de l’accentuation de la crise économique, qui désavantage les travailleurs noirs, et particulièrement les travailleuses noires, avec une sévérité toute particulière.

L’employée de maison

Une des manifestations les plus grossières de l’indifférence des syndicats à l’égard des problèmes de la travailleuse noire a été l’incapacité, non seulement de se battre contre la relégation de la femme noire au travail d’employée de maison et autres métiers subalternes du même type, mais encore d’organiser les employées de maison. C’est une reconnaissance de pure forme à laquelle s’adonnent les syndicalistes progressistes qui parlent d’organiser les inorganisés sans tourner leur regards vers le sort dramatique que subissent les employées de maison qui, privées de la protection des réglementations imposées par les syndicats, sont aussi les victimes de l’exclusion de toute législation sociale et de droit du travail. Sur l’ensemble des travailleuses noires, environ une sur dix seulement est couverte par la législation actuelle concernant le salaire minimum, bien qu’un quart de toutes les travailleuses de cette catégorie se trouvent dans des états dotés de lois sur le salaire minimum. Tous les arguments mis en avant jusqu’ici concernant les réelles difficultés à organiser les employées de maison (tels que la précarité de leur emploi, les difficultés inhérentes à l’organisation des travailleurs journaliers, le problème de l’organisation de gens qui travaillent chez des particuliers, etc.) doivent être surmontés sans délai. Le danger existe que les forces Sociales-Démocrates interviennent dans ce domaine pour entreprendre leur travail de division et de démagogie et l’étendre, si les progressistes n’agissent pas rapidement.

Le sort de l’employée de maison est synonyme de souffrances insupportables. Habituellement, elle n’a pas de tâches définies dans le foyer où elle travaille. Les employées de maison peuvent se voir imposer de faire, en plus du rangement et du nettoyage, des tâches comme le lavage des vitres, la garde des enfants, la lessive, la cuisine, etc., et le tout au salaire le plus bas qui soit. L’employée de maison noire, dans certaines régions, se voit infliger l’indignité supplémentaire qui consiste à devoir aller chercher du travail dans de quasi « marchés aux esclaves » dans les rues où des offres sont faites, comme devant une tribune de vente aux enchères d’esclaves, pour les employées les plus robustes. Nombreuses sont les employées de maison qui, de retour dans leur propre foyer, doivent recommencer à faire le ménage pour préserver l’unité de leur famille.

Qui n’a pas éprouvé une grande colère quand on a révélé qu’en Californie, avec le cas horrible de Dora Jones, une domestique noire avait été réduite en esclavage pendant plus de quarante ans en pleine Amérique « civilisée » ? Son « employeur » a été condamné à une peine minimale de quelques années et s’est plaint que cette peine soit « une si longue période ». Mais est-ce que Dora Jones, employée de maison noire, pourrait être jamais dédommagée pour plus de quarante années de vie dans de telles conditions d’exploitation et d’avilissement ? Et combien de cas, relevant à des degrés divers du sort de Dora Jones, sont encore tolérés par les progressistes eux-mêmes !

Il y a peu, dans l’assemblée de l’État de New York, des propositions de loi ont été faites pour ficher des employées de maison. Le projet de loi Martinez n’a pas vu la lumière du jour, parce que les réactionnaires se sont concentrés sur d’autres mesures législatives de répression. Mais dans ce cas on voit clairement l’empreinte du système de passeport interne africain mis en place par l’impérialisme britannique (et par le Reich allemand pour les Juifs!) qu’on tente d’appliquer aux employées de maison.

Il est du devoir des syndicats d’aider le Domestic Worker’s Union par tous les moyens possibles à mener à bien la tâche d’organisation des employées de maison exploitées, dont la majorité sont des femmes noires. Dans le même temps, un combat législatif en faveur de l’inclusion des employées de maison dans la catégorie des bénéficiaires de la loi sur la Sécurité Sociale est absolument indispensable et urgent. Sur ce sujet aussi, les questions récurrentes concernant les « problèmes administratifs » ayant trait à l’application de cette loi aux employées de maison devraient être remises en cause et des solutions trouvées.

La relégation persistante des femmes noires au travail d’employée de maison a aidé à perpétuer et à renforcer le racisme (chauvinism) des blancs dirigé contre toutes les femmes noires. Malgré le fait que les femmes noires peuvent être des grands-mères ou des mères, l’usage du terme raciste « fille » pour les femmes noires adultes est courant. Le rapport essentiellement économique des femmes noires aux femmes blanches, qui perpétue les relations du type « Madame-et-sa-bonne », nourrit les attitudes racistes et rend impératif pour les femmes blanches progressistes, et en particulier les communistes, de se battre consciemment contre toute manifestation de racisme de la part des Blancs, qu’il soit ouvert ou plus subtil.

Le racisme de la part des femmes blanches progressistes se voit souvent dans leur incapacité à avoir des liens forts d’amitié avec des femmes noires et à se rendre compte que ce combat pour l’égalité des femmes noires est dans leur propre intérêt, dans la mesure où la surexploitation et l’oppression des femmes noires avilissent la condition des femmes dans leur ensemble. De trop nombreux progressistes, et même parmi eux quelques communistes, sont toujours coupables d’exploiter des employées de maison noires, de refuser de les embaucher par l’intermédiaire du Domestic Worker’s Union (ou de refuser d’aider à œuvrer à son expansion dans les régions où il n’existe pas encore), et, en général, de participer au dénigrement des « bonnes » quand ils parlent à leurs voisins bourgeois et à leur propre famille. Dans ces conversations, s’exprime le « souci » du fait que l’employée de maison noire exploitée ne « parle » pas, ou n’est pas « aimable » avec son employeur, ou l’habitude qui consiste à partir du principe que le devoir de l’employeur blanc progressiste est « d’informer » la femme noire sur son exploitation et son oppression dont elle a indiscutablement une connaissance intime. La remise en cause obstinée de toute remarque raciste à propos de la femme noire est absolument nécessaire, si l’on tient à mettre fin à la méfiance de la part des femmes noires qui sont écœurées par le racisme des Blancs qu’elles entendent couramment exprimé dans les milieux progressistes.

Manifestations du racisme des Blancs

Certaines des formes de racisme les plus grossières peuvent s’exprimer dans les relations sociales, où, bien trop souvent, les femmes et les hommes blancs, ainsi que les hommes noirs, participent aux bals, tandis que les femmes noires restent à l’écart. L’acceptation des critères de définition des classes dominantes blanches de ce qui est « désirable » chez une femme (par exemple, la peau claire), l’incapacité à étendre la courtoisie aux femmes noires et à intégrer les femmes noires aux directions d’organisations sont d’autres formes de racisme.

Un autre aspect effroyable de l’oppression du système Jim Crow sur la femme noire se trouve exprimé dans les nombreuses lois qui sont dirigées contre elle et qui ont trait au droit à la propriété, au mariage mixte (loi originellement conçue pour empêcher que les hommes blancs dans le Sud n’épousent des femmes noires) – et dans des lois qui font entrave et s’opposent au droit de choisir, non seulement des femmes noires, mais aussi des hommes noirs et des femmes et des hommes blancs.

Pour les femmes et les hommes blancs progressistes, et en particulier pour les communistes, la question des relations sociales avec les femmes et les hommes noirs est avant tout une question de stricte adhésion à l’égalité sociale. Cela veut dire sortir de la posture qu’on trouve parfois chez certains progressistes et communistes, qui se battent contre les problèmes économiques et politiques que les Noirs affrontent, mais qui « fixent comme limites » l’interaction sociale ou le mariage mixte. Situer cette question dans le domaine du « personnel » et non pas du politique, quand la question se pose, c’est se rendre coupable d’une conception sociale-démocrate, bourgeoise-libérale de la pire espèce en ce qui concerne la question Noire dans la société américaine. C’est se rendre coupable d’absorber le poison des « théories » racistes d’un Bilbo ou d’un Rankin. Il en va de même en ce qui concerne le fait de garantir la « sécurité » des enfants. Cette sécurité ne sera accrue que par la lutte pour la libération et l’égalité de toutes les nations et de tous les peuples, et non pas en protégeant les enfants de la connaissance de cette lutte. Cela veut dire sortir des attitudes bourgeoises-libérales qui « autorisent » les enfants noirs et blancs des progressistes à jouer ensemble lors des colonies de vacances quand ils sont jeunes, mais fixent comme limites le passage à l’adolescence et la naissance de relations entre garçons et filles.

Les idéologues bourgeois n’ont pas manqué, bien sûr, de développer une offensive idéologique spécifique visant à avilir les femmes noires, indissociable de l’offensive idéologique réactionnaire générale contre les femmes résumée dans la formule « cuisine, église et enfants ». Ils ne peuvent pas, néanmoins, en restant sereins et crédibles, parler de la « place » de la femme noire comme étant au foyer ; car les femmes noires sont dans les cuisines des autres. C’est pourquoi leur tâche a été de renforcer leurs théories sur la « supériorité » masculine en ce qui concerne la femme noire en développant des attitudes d’introspection qui coïncident avec la « nouvelle école » de « l’infériorité psychologique » des femmes. Au fond, l’objectif d’un tas d’articles, de livres, etc. a été de dissimuler la responsabilité principale de l’oppression des femmes noires en diffusant la misérable notion bourgeoise ayant trait à « la guerre des sexes » et « ne tenant aucun compte » du combat à la fois des hommes et des femmes noirs (de l’ensemble des Noirs) contre leur oppresseur commun, la classe dominante blanche.

Les attitudes racistes comprennent aussi la surprise paternaliste à la découverte que des Noirs sont des travailleurs qualifiés. Les travailleuses qualifiées noires ont souvent droit à des remarques du type « Votre famille doit être fière de vous, non ? ». On rencontre évidemment aussi la pratique inverse consistant à demander aux travailleuses qualifiées noires si « quelqu’un dans la famille » souhaiterait prendre une place d’employée de maison.

Le dépassement de ces formes spécifiques de racisme ne relève pas de la responsabilité de la « subjectivité » des femmes noires, comme on l’entend souvent, elle repose directement sur les épaules des hommes blancs et des femmes blanches. Les hommes noirs ont une responsabilité spécifique en ce qui concerne l’éradication des comportements de supériorité masculine vis à vis des femmes en général. Il est nécessaire d’éradiquer tous les comportements « humanitaires » et paternalistes à l’égard des femmes noires. Dans un quartier, une dirigeante syndicale noire, trésorière de sa section du parti, s’est entendu dire par une progressiste blanche après chaque réunion : « Laisse-moi garder l’argent. On ne sait jamais ce qui peut t’arriver. » Autre exemple : une employée de maison noire qui voulait rejoindre le parti a entendu son employeur, un communiste, lui dire qu’elle était « trop arriérée » et qu’elle n’était « pas prête » pour rejoindre le parti. Dans un autre quartier encore, qui depuis la guerre est peuplé à soixante pour cent de Noirs et quarante pour cent de Blancs, les mères blanches progressistes ont manœuvré pour que leurs enfants soient scolarisés hors du secteur. Grâce à l’initiative de l’animatrice de la section du parti, une femme noire, une lutte a été lancée qui a forcé à modifier les dispositions que le directeur de l’école, cédant aux préjugés des mères et aux siens propres, avaient prises. Ces dispositions impliquaient une classe spéciale dans laquelle quelques enfants blancs étaient isolés et mélangés à des « enfants noirs sélectionnés » pour ce qui était appelé une « classe d’expérimentation pour les relations entre races ».

Ces comportements racistes, tels qu’ils s’expriment notamment à l’égard de la femme noire, sont incontestablement une raison importante de la participation extrêmement insuffisante des femmes noires aux organisations progressistes et dans notre parti en tant que membres et en tant que dirigeantes.

La bourgeoisie américaine, nous devons nous en souvenir, est consciente du rôle actuel et même du rôle potentiellement beaucoup plus important des masses de femmes noires, et par conséquent elle ne répugne pas à faire un pont d’or à des Noires qui trahissent les leurs et exécutent les ordres de l’impérialisme.

Confrontée à la révélation de son comportement inhumain à l’égard des femmes noires, confrontée à la contestation grandissante des lynchages commis en toute impunité et des lynchages légaux « à la mode du Nord », Wall Street accorde quelques positions symboliques à des femmes noires. Ainsi, Anna Arnold Hedgeman, qui a joué un rôle clé dans le Democratic National Negro Committee to Elect Truman a été récompensée en étant nommée adjointe d’Ewing, l’administrateur à la sécurité fédérale. Ainsi également, le gouverneur Dewey a nommé Irene Diggs à un haut poste dans l’administration de l’État de New York.

Un autre « fétu au vent » montrant les tentatives de tempérer le militantisme des femmes noires a été l’invitation par le département d’État d’une représentante du National Council of Negro Women (la seule organisation Noire ainsi nommée) à assister à la signature du Traité de l’Atlantique Nord.

Les problèmes centraux de la lutte

Il existe de nombreux problèmes centraux que les femmes noires affrontent et face auxquels des luttes peuvent et doivent être menées.

Mais aucun ne symbolise le statut d’opprimée des femmes noires de façon plus authentique que le cas de Rosa Lee Ingram, une veuve noire mère de quatorze enfants (dont deux sont morts) qui est condamnée à l’enfermement à vie dans une prison en Géorgie pour le « crime » suivant : se défendre des avances d’un « suprémaciste blanc ». L’affaire Ingram illustre le statut d’opprimée, déracinée et victime du système Jim Crow de la famille noire en Amérique. Il met en lumière tout particulièrement l’avilissement des femmes noires aujourd’hui sous le régime de la démocratie bourgeoise américaine en marche vers le fascisme et la guerre. Il reflète les insultes quotidiennes auxquelles les femmes noires sont soumises dans les lieux publics, peu importe leur classe, leur statut ou leur position sociale. Il dévoile l’alibi hypocrite des lyncheurs d’hommes noirs qui se sont historiquement cachés derrière les jupes des femmes blanches quand ils essaient de couvrir leurs crimes odieux sous le prétexte « chevaleresque » de « la protection des femmes blanches ».

Mais les femmes blanches, aujourd’hui, tout autant que leurs sœurs lors des mouvements abolitionniste et suffragiste, doivent se lever pour contester ce mensonge et le système d’oppression des Noirs dans son ensemble.

L’histoire américaine est riche en exemples de ce qu’a pu coûter ( en termes de droits démocratiques pour les femmes aussi bien que pour les hommes) l’incapacité à mener ce combat. Les suffragettes, lors de leurs premières incarcérations, furent délibérément placées sur des lits de camp juste à côté de prostituées noires dans le but de les « humilier ». Elles eurent assez de discernement pour comprendre que l’intention était de rendre cette situation si pénible qu’aucune femme n’oserait combattre pour ses droits si elle avait à affronter pareilles conséquences. Toutefois, ce fut bien la faute historique des dirigeantes du mouvement suffragiste, majoritairement issues de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, que d’avoir échoué à faire le lien entre leurs propres luttes et les luttes en faveur de tous les droits des Noirs qui suivirent l’émancipation.

Une conscience qui progresse à propos de la question féminine aujourd’hui doit par conséquent réussir à admettre que la question noire aux États-Unis est prioritaire, et non pas équivalente, à la question féminine ; que c’est seulement dans la mesure où nous combattons toutes les manifestations et tous les actes racistes visant les Noirs et que nous combattons en faveur de l’égalité pleine et entière des Noirs que les femmes toutes ensemble peuvent faire avancer leur lutte pour l’égalité des droits. Pour le mouvement des femmes progressiste, la femme noire, qui combine dans son statut la travailleuse, la Noire et la femme, est le chaînon indispensable menant à cette conscience politique plus aiguë. En outre, dans la mesure où la cause de la femme noire est encouragée, elle sera en position de prendre la place qui lui revient de droit dans la direction noire et prolétarienne du mouvement national de libération, et par sa participation active d’apporter sa contribution en faveur de la classe ouvrière américaine, dont la mission historique est l’avènement d’une Amérique socialiste, garantie ultime et entière de l’émancipation des femmes.

Le combat pour la libération de Rosa Lee Ingram est un défi pour toutes les femmes blanches et toutes les forces progressistes, qui doivent avant toute chose se demander : combien de temps permettrons-nous que ce crime abject contre toutes les femmes et contre les Noirs reste incontesté ? La situation désespérée dans laquelle Rosa Lee Ingram et ses sœurs se trouvent implique de relever un défi pour les travailleurs progressistes dans le domaine de la culture : écrire et chanter sur la femme noire, son courage absolu et sa dignité.

La fondation récente du National Committee to Free the Ingram Family répond à un besoin se faisant sentir depuis la première phase du mouvement qui a obtenu par la force de commuer la condamnation à la peine de mort en une peine de prison à vie. Ce Comité National, à la tête duquel se trouve Mary Church Terrell, fondatrice de la National Association of Colored Women, comprend parmi ses dirigeantes des femmes de premier plan, noires et blanches, telles que Therese Robinson, directrice nationale du Civil Liberties Committee of the Elks, Ada B. Jackson, et la Dr. Gene Weltfish.

Une des premières démarches du Comité a été la visite d’une délégation de citoyens noirs et blancs à cette mère noire courageuse et militante emprisonnée dans une cellule en Géorgie. L’ampleur du soutien fut si importante que les autorités de l’État de Géorgie donnèrent l’autorisation à la délégation de la voir sans qu’elle ne soit menottée. Depuis lors, cependant, en représailles contre le mouvement de masse qui se développe, l’administration de l’État de Géorgie a transféré Mrs. Ingram, qui souffre d’une grave maladie cardiaque, dans un autre établissement pénitentiaire plus difficile, à Reedsville.

Le soutien au travail de ce comité devient une absolue nécessité pour tous les progressistes, et en particulier les femmes. Le président Truman doit être démasqué quand il prétend qu’il « n’a pas connaissance » de l’affaire Ingram. Pour libérer la famille Ingram, il faut mobiliser des soutiens pour la réussite de la campagne de pétition qui vise des millions de signatures, et pour l’action de l’O.N.U. sur le dossier de plainte qui sera bientôt déposé.

La lutte pour l’accès à l’emploi des femmes noires est un problème primordial. L’approfondissement de la crise économique, avec l’augmentation du chômage, les baisses de salaire et la multiplication des expulsions locatives qui l’accompagnent, fait très lourdement ressentir son impact sur les masses de Noirs. Dans les quartiers noirs, l’un après l’autre, les femmes noires, dernières embauchées, premières virées, sont les principales victimes du chômage. Des luttes doivent être développées pour obtenir des emplois pour les femmes noires dans les industries de base, dans les emplois de bureau, dans les services publics et dans les entreprises de service.

La campagne réussie du Parti Communiste dans les quartiers est de New York pour obtenir des emplois pour les femmes noires dans les magasins de vente au détail a conduit à l’embauche de femmes noires dans la totalité de la ville, y compris dans les quartiers où les blancs sont majoritaires. Cette campagne a été étendue à la Nouvelle Angleterre et doit être menée ailleurs.

Pas loin de quinze agences gouvernementales n’emploie pas de Noirs du tout. Cette politique donne la bénédiction officielle aux mesures omniprésentes du système Jim Crow mises en place par les exploiteurs capitalistes, et en même temps encourage à les étendre. Une campagne pour obtenir des emplois pour les femmes noires dans ces administrations ferait ainsi grandement avancer la lutte pour l’accès à l’emploi des femmes et des hommes noirs dans son ensemble. De plus, cela aurait une efficacité significative pour dévoiler l’hypocrisie du programme de « droits civiques » de l’administration Truman.

Il faudra également livrer un combat énergique contre la pratique accrue du Service de l’emploi des États-Unis qui consiste à cantonner les femmes noires, malgré leurs qualifications pour d’autres travaux, aux seuls emplois de maison et de service à la personne.

Là où la conscience du rôle spécifique des femmes noires existe, une lutte victorieuse peut être entreprise qui obtiendra le soutien des travailleurs blancs. Un exemple récent a été l’initiative prise par des ouvriers du textile blancs et communistes dans un magasin qui emploie vingt cinq femmes noires et où trois machines tournaient au ralenti. La question de la promotion de trois femmes noires est devenue une question primordiale. Un mouvement de boycott a été entrepris et les machines ne sont pas utilisées à l’heure où j’écris, les ouvriers blancs refusant de respecter strictement le principe de l’ancienneté aux dépens des ouvrières noires. Dans le même temps, des négociations sont en cours sur cette question. De même, dans une section locale des U.A.W (United Auto Workers) de l’entreprise Packard à Détroit, un combat pour maintenir les femmes dans l’usine et pour obtenir la promotion de 750 d’entre elles, dont la grande majorité sont noires, a été couronné de succès il y a peu.

La lutte pour la paix

Gagner les femmes noires à la lutte pour la paix est décisif pour toutes les autres luttes. Même pendant la guerre contre les forces de l’Axe, les femmes noires durent pleurer leurs fils-soldats, lynchés pendant qu’ils servaient l’armée du système Jim Crow. Par conséquent, n’ont-elles pas intérêt à la lutte pour la paix ?

Les efforts des politiciens va-t-en-guerre, qu’ils soient républicains ou démocrates, pour gagner le soutien des organisations de femmes en général, ont eu de l’influence sur de nombreuses organisations de femmes noires qui, lors de leur dernière convention annuelle, ont adopté des positions en matière de politique étrangère favorables au plan Marshall et à la doctrine Truman. De nombreuses organisations parmi elles ont travaillé avec des groupes qui ont des positions ouvertement anti-impérialistes.

La preuve qu’il existe un sentiment profondément favorable à la paix parmi les femmes noires, que l’on peut mobiliser pour entreprendre une action efficace, est patente, non seulement dans la remarquable réponse aux meetings d’Eslande Goode Robeson, mais aussi dans la position affirmée l’an dernier par la plus ancienne organisation de femmes noires, sous la direction de Mrs. Christine C. Smith, exhortant à une mobilisation nationale des femmes noires américaines en soutien aux Nations Unies. À cet égard, il sera tout à fait utile d’apporter dans notre pays une conscience des luttes remarquables des femmes d’Afrique du Nord, qui, bien qu’elles manquent de quoi satisfaire leurs besoins matériels les plus élémentaires, ont organisé un puissant mouvement en faveur de la paix et font front contre la Troisième Guerre Mondiale, avec 81 millions de femmes issues de 57 nations, dans la Fédération Internationale et Démocratique des Femmes.

Notre parti, fondé sur des principes marxistes-léninistes, se montre intransigeant sur son programme de complète égalité économique, politique et sociale pour les Noirs et d’égalité des droits pour les femmes. Qui, plus que la femme noire, la plus exploitée et la plus opprimée, a sa place dans notre parti ? Les femmes noires peuvent et doivent apporter une contribution majeure à la vie quotidienne et à l’activité du parti. Concrètement, cela implique qu’une responsabilité primordiale repose sur les camarades blancs, hommes et femmes. Les camarades noirs, cependant, doivent participer à cette tâche. Les femmes noires communistes doivent maintenant prendre partout la place qui leur revient de droit dans la direction du parti à tous les niveaux.

Les solides capacités, le militantisme, et les talents en matière d’organisation des femmes noires, peuvent, s’ils sont bien utilisés par notre parti, agir comme un puissant levier pour mettre en avant les travailleurs noirs (hommes et femmes) en tant que forces dirigeantes du mouvement de libération des Noirs, pour cimenter l’unité des Noirs et des Blancs dans la lutte contre l’impérialisme de Wall Street, et pour enraciner le parti dans les secteurs les plus exploités et les plus opprimés de la classe ouvrière et de ses alliés.

Dans les clubs de notre parti, nous devons mener une discussion exigeante sur le rôle des femmes noires, dans le but d’armer les membres de notre parti d’une compréhension claire et utile pour mettre en œuvre les luttes nécessaires dans les magasins et dans les quartiers. Nous devons en finir avec la pratique qui consiste à ce que de nombreuses femmes noires qui rejoignent notre parti, qui, dans leurs églises, leurs quartiers, et leurs groupes d’entraide mutuelle sont des cadres d’organisation de masse, et qui pourraient apporter au parti leur expérience inestimable du mouvement de masse, se retrouvent tout d’un coup considérées dans nos clubs non pas comme des dirigeantes, mais comme des personnes qui doivent « faire leurs preuves » dans l’organisation. Nous devons en finir avec notre incapacité à créer une atmosphère sereine dans nos clubs, où les nouvelles recrues (dans ce cas précis les femmes noires) sont confrontées à « l’épreuve du silence » ou à des tentatives de les « mettre dans une case ». En plus de leurs implications racistes, ces pratiques confondent le besoin fondamental de compréhension marxiste-léniniste que notre parti donne à tous les travailleurs, et qui améliore leur compréhension politique, avec le mépris raciste pour les talents des nouvelles militantes noires en matière d’organisation, ou pour la nécessité de les promouvoir à des postes de direction.

Pour gagner la participation pleine et entière des femmes noires à la coalition antifasciste et anti-impérialiste, pour porter leur militantisme et leur participation à des sommets encore plus élevés dans les luttes actuelles et futures contre l’impérialisme de Wall Street, les progressistes doivent acquérir une conscience politique à l’égard de leur statut spécifique d’opprimées.

C’est cette conscience, accrue par les luttes, qui convaincra des milliers de personnes et bien plus encore, que seul le Parti Communiste, en tant qu’avant-garde de la classe ouvrière, avec la perspective finale du Socialisme qui est la sienne, peut obtenir pour les femmes noires – pour l’ensemble des Noirs – l’égalité et la reconnaissance complètes de leur importance dans une société socialiste où la contribution à la société n’est pas mesurée à l’aune de l’origine nationale ou de la couleur, dans une société où les hommes et les femmes contribuent selon leurs capacités, et, au final, sous le communisme, reçoivent selon leurs besoins.