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Special pages :
Episode, oui ! Catastrophe, non !
| Auteur·e(s) | Clara Zetkin |
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| Écriture | novembre 1927 |
La décision du C.C. et de la C.C.C. du P.C. de l'U.S. d'exclure Trotski et Zinoviev du parti surprendra difficilement ceux qui poursuivaient, avec une attention sérieuse, les attaques de moins en moins scrupuleuses de l'opposition contre la direction et contre l'unité du parti. Cependant, cette décision sera éprouvée de la façon la plus douloureuse par tous ceux qui sont pour l'I.C. et pour son parti dirigeant, pour l'œuvre d'édification socialiste de l'U.S. ; bien au delà de nos cercles, elle sera ressentie de la façon la plus douloureuse par d'innombrables prolétaires de tous les pays, ainsi que les les honnêtes amis bourgeois de la nouvelle Russie. Les mérites brillants, incomparables qui ont inscrit les noms de Trotski et de Zinoviev de façon indélébile dans l'histoire de la Révolution russe et de l'I.C. nous sont tous présents. Nous ressentons tout ce qu'il y a de plus lourd et de pénible dans la situation pour le P.C. de l'U.S., le tragique du moment pour ses chefs responsables qui se sont vus contraints de prendre cette mesure.
Mais ni l'admiration, ni la reconnaissance pour les plus grands faits historiques ne donnent le droit aux chefs de la révolution socialiste commencée en U.S. de faire preuve de sentimentalité et de faiblesse. Pour eux, il s'agit, suivant la vieille règle fondamentale de tactique, de regarder et d'apprécier se sang-froid ce qui est. Il faut que les services historiques rendus au prolétariat international, aux peuples opprimés soient renouvelés, maintenus et augmentés par un travail plein d'abnégation pour la grande cause dont il s'agit. Ne faut-il pas reconnaître avec déception et tristesse, si nous ne voulons pas être des aveugles volontaires, que Trotski et Zinoviev eux-mêmes jettent des ombres de plus en plus noires sur leur passé révolutionnaire glorieux, qu'ils troublent et mettent en danger l'œuvre formidable qu'ils ont édifiée au prix du meilleur de leur sang et dont ils ont été les co-créateurs dans une mesure considérable.
Car, quelque puissent être les intentions des exclus, leurs menées fractionnelles ne mènent à rien moins qu'à troubler et à mettre en danger le travail d'édification socialiste en s'attaquant à l'unité et à la cohésion du parti communiste qui donne à ce travail une direction conséquente et tournée vers son but.
Or, Trotski et Zinoviev sont les chefs les plus responsables de l'opposition. Ils sont deux fois, dix fois plus responsables, en vertu même de leur grand passé révolutionnaire. Celui-ci n'est pas une excuse, une circonstance atténuante : c'est, au contraire, une charge, une accusation.
La résolution qui paraît dure à plus d'un camarade, et à peine possible, n'est autre chose que la reconnaissance formelle d'un état de fait que l'opposition a créé sciemment, pour ne pas dire par sa provocation. L'opposition a créé, à côté du P.C., son propre parti illégal avec une direction, un appareil de travail et sa propre plate-forme politique. Elle perçoit des cotisations, elle répand contre le P.C. des tracts et d'autre littérature de propagande, confectionnés dans une imprimerie secrète, travail auquel ont collaboré des intellectuels sans parti qui étaient en liaison avec des gardes-blancs contre-révolutionnaires. Elle entretien des relations illégales avec des renégats du communisme à l'étranger et elle fait publier par ces alliés des documents qui alimentent la malpropre campagne de calomnie des ennemis bourgeois et réformistes de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Elle cherche à prendre pied dans les partis frères du P.C. de l'U.S., même au prix de la désorganisation de ces partis et de l'I.C. Les organes dirigeants du parti de l'U.S. avaient-ils le droit, devant un tel esprit destructif, de regarder passivement et de rester tolérants au nom d'une soi-disant démocratie ? La réponse à la question vient d'elle-même.
« La fraction Staline-Boukharine nous oblige, par son attitude envers nous, à agir illégalement et dans la direction de la fondation d'un parti indépendant. » Les oppositionnels le prétendent et ils trouvent un écho chez les esprits sentimentaux et romantiques. Mais prétendre n'est pas prouver. Les adhérents et les chefs du Comité central ont manifesté incontestablement la volonté la plus sincère de retenir les éléments oppositionnels dans le parti, désir qui reposait sur une connaissance claire des problèmes immenses que la direction du parti a à résoudre et sur la digne appréciation des prouesses révolutionnaires inoubliables ainsi que des talents et des grandes capacités d'un Trotski, d'un Rakovski, d'un Kaméniev, Zinoviev, Radek et d'autres.
Le XIVe Congrès du parti a permis aux oppositionnels de se soumettre tout à fait honorablement à ces décisions et de retourner à la majorité du parti. La réponse fut une aggravation du travail fractionnel. Néanmoins l'assemblée plénière d'août adopta une résolution d'une grande tolérance politique. Sa modération était telle que sa décision fut trompettée par les ultra-gauches d'Allemagne comme une capitulation de la fraction de Staline.
Ces messieurs se trompaient sur la signification de la décision d'août, leurs hurlements de triomphe sur la faiblesse du « groupe Staline » étaient sans fondements. La décision était l'expression de la force, du sentiment d'assurance de la direction du parti en même temps que des efforts honnêtes pour maintenir, dans des postes particulièrement importants, des collaborateurs des plus précieux. La C.C. et le C.C.C. déclaraient aux oppositionnels : « Nous vous ouvrons une porte par laquelle vous pourrez retourner sans humiliation vers le parti ». Mais ils ajoutaient l'avertissement énergique : « Si vous ne prenez pas le chemin du retour, vous porterez toute la responsabilité des conséquences inévitables ».
La direction du P.C. de l'U.S. a tenu parole et a ouvert largement la porte au retour de l'opposition au foyer. On créa un organe de discussion où les oppositionnels peuvent défendre leurs points de vue et qui est encarté dans les feuilles du parti. Les sténogrammes des discours de Trotski et Zinoviev avant l'assemblée plénière d'août furent diffusés jusque dans la dernière cellule du parti. Que firent les oppositionnels de leur côté pour garantir l'unité du parti ? Ils répondirent à la sage modération de la décision d'août par une provocation scandaleuse : au lieu de se détacher de leurs alliés étrangers, ils s'allièrent encore plus étroitement avec ceux-ci qui, sortant de la confusion des phrases hyperradicales, sont entrés dans l'action nettement contre-révolutionnaire. Répudiés par 99% des membres du parti, rappelés durement à l'ordre, ils s'adressèrent aux masses sans parti des ouvriers et des employés, mais surtout aux intellectuels et cherchèrent à les mobiliser contre le P.C. de l'U.S. Parmi ces masses, il ne se trouve pas seulement des « mécontents », des esprits chagrins, puérils et sans compréhension mais aussi de fieffés menchéviks ennemis du communisme, des s.-r. et des contre-révolutionnaires conscientes.
Il est vrai que même parmi les masses sans parti les oppositionnels ont trouvé peu d'écho. Les chiffres parlent un langage si fort et si impressionnant et ce qui concerne la structure de l'U.S. et la ligne de développement dans la direction du socialisme ! De même les faits de la vie économique et culturelle parlent si éloquemment en faveur de la politique de la direction du parti et contre les théories enchanteresses contradictoires, bâties sur le sable et démagogiques de l'opposition. Mais, malgré la défaite de l'opposition, son jeu avec le feu est dangereux, criminel. C'est pourquoi ce n'est pas de mise lorsque certains camarades d'Europe occidentale nous demandent, incertains et doutant : Est-il nécessaire que la direction du P.C. de l'U.S. emploie son artillerie la plus lourde contre le moineau de l'opposition ? Le déploiement de forces du parti avec ses conséquences politiques et morales, n'est-il pas en contradiction avec l'importance pratique de la fraction oppositionnelle ? Ceux qui pensent ainsi — surtout par sentiment d'humanité — oublient deux circonstances qui sont décisives pour juger du cas : la position particulière créée par la révolution victorieuse en 1917 et la tâche du P.C. de l'U.S. d'une part, l'accumulation des difficultés et des dangers de l'heure historique, d'autre part.
En effet, la conquête du pouvoir politique dans l'ancien pays des tsars par le prolétariat dirigé dans son insurrection par le parti bolchévik a donné à celui-ci une position dominante dans l'Etat soviétique, une position de monopole, d'où découlent la grandeur et le poids de sa tâche historique et de sa responsabilité. Le parti du soulèvement victorieux s'est révélé comme le seul parti de classe révolutionnaire du prolétariat parvenu au pouvoir. Confiant dans sa fidélité inébranlable et dans sa force cohérente, celui-ci lui a confié l'exercice de sa dictature ; le parti communiste, les bolchéviks ont subi glorieusement l'épreuve de la lutte terrible contre la contre-révolution intérieure et extérieure. Maintenant il est de son devoir, au cours de la lutte obstinée avec les circonstances dans lesquelles « il faut faire de l'histoire », de maintenir le pouvoir de la dictature prolétarienne pour édifier le socialisme en Union Soviétique.
La continuation de l'œuvre d'édification socialiste elle-même met le P.C. de l'U.S. devant les tâches difficiles et compliquées et toujours nouvelles. A peine un problème délicat est-il solutionné qu'il en surgit un autre. Ajoutons que les succès du travail d'édification socialiste et que les répercussions de l'Octobre rouge sur les masses laborieuses exploitées à l'Occident et les peuples pillés par l'impérialisme en Orient aggravent l'extrême hostilité mortelle des Etats bourgeois contre l'U.R.S.S.
En face de cette situation, ce serait pure folie, ce serait un crime pour le P.C. de l'U.S. de sacrifier dans sa lutte avec l'opposition la moindre parcelle de son unité et de sa cohésion, de sa force en tant que parti chargé de la dictature prolétarienne. Sa situation rappelle celle d'une armée héroïque, victorieuse dans une forteresse puissante qui est assiégée et derrière les murs protecteurs de laquelle guettent des traîtres prêts à ouvrir les portes à l'ennemi. Sans le rassemblement de toutes ses forces, l'armée et la forteresse avec elle seraient perdues.
La destruction de la cohésion de fer du seul parti léniniste par le travail fractionnel, l'anéantissement de sa puissance en tant que seul parti de classe du prolétariat, par la naissance d'un second parti drapé dans le communisme, entraînant la désagrégation et l'affaiblissement du prolétariat au pouvoir. Les choses ont leur propre logique lorsque la volonté n'intervient pas consciemment pour leur donner une forme. La fondation d'un second parti mettrait à la place de la dictature de la classe ouvrière la coalition d'éléments antiprolétariens. Avec la dictature du prolétariat, c'est la puissance d'édification socialiste de l'U.S., c'est l'existence de l'U.S. elle-même qui s'en vont au diable.
Est-ce que ne se manifestent pas déjà des conséquences néfastes de la lutte oppositionnelle contre le parti ? Que l'opposition le veuille ou non, elle entre en théorie et en pratique dans une étroite communauté amicale avec les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires. Elle devient de plus en plus le point de rassemblement de tous les mécontents, le noyau d'un front unique contre-révolutionnaire et antisoviétique. L'espoir des luttes meurtrières de partis, des troubles intérieurs désagrégateurs stimule incontestablement les Etats impérialistes à se précipiter, aujourd'hui par des mesures de blocus économique et politique, demain déjà peut-être par la violence militaire, sur le premier Etat ouvrier. A l'intérieur du parti, les forces sont disloquées et paralysées au lieu d'être appliquées à la solution des problèmes difficiles de l'édification socialiste. L'auto-critique indispensable est entravée. Ce que l'opposition préconise avec vantardise, ce n'est généralement pas un examen, un stimulant positif fraternel, mais uniquement une négation exercée vis-à-vis de fautes et de symptômes isolés, sans tenir compte de la situation donnée.
L'exclusion de Trotski et de Zinoviev du P.C. de l'U.S. — contre laquelle ils sont en droit d'en appeler devant le Congrès du parti imminent — est un cri d'avertissement aux autres chefs éminents de l'opposition : « Jusqu'ici et pas plus loin ! » En tiendront-ils compte ? Quoi qu'il en soit, le parti n'a pas de raison de regarder l'avenir avec anxiété. La lutte avec l'opposition a clarifié et renforcé sa volonté de maintenir l'ancienne unité sur la ligne révolutionnaire réaliste dont Lénine fut le grand maître. Pendant que l'opposition demande à grands cris une « démocratie » qui, en définitive, est de caractère bourgeois, il se développe une véritable démocratie prolétarienne sous la forme d'une adhésion consciente et décidée au parti. Il existe une réaction vivante et réciproque entre le processus de développement des masses du parti et la position politique prise par la direction du parti, et c'est ce qui donne au « comité central fasciste » la fermeté et la conscience de son assurance pour réduire à merci l'opposition.
Dans l'histoire du parti bolchévik, l'exclusion de Trotski et de Zinoviev est donc l'aboutissement d'un épisode amer qui peut gêner passagèrement, mais ce n'est nullement le commencement d'une catastrophe destructive. Deux hommes ont quitté le bord du vaisseau du parti, deux hommes de l'état-major — perte sensible. Nous les suivons des yeux, profondément émus. Ce serait une entreprise vaine de faire des oracles à ce sujet. Notre regard se tourne vers le fier vaisseau du parti à la forte charpente. Calme et sûr, il va par la tempête et les flots agités, suivant le cours tracé par Lénine, à pleine vapeur, au devant de son but : La transformation socialiste de l'U.S., la révolution mondiale prolétarienne.