Discours sur Lénine au IIe Congrès des Soviets de l’URSS

De Archives militantes
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A vec la mort de Vladimir Ilitch, nos camarades du monde entier, quelle que soit leur nationalité, ont subi une terrible perte. L’avenir proche prouvera certainement, et il le prouve déjà, qu’il n’était pas seulement un dirigeant russe ; en la personne de Vladimir Ilitch, les masses laborieuses du monde, quelle que soit leur nationalité ou leur couleur de peau, ont perdu un chef et un maïître.

Mais il ne fait aucun doute non plus que Vladimir Ilitch était le plus proche et le plus cher à la classe ouvrière russe. C’est avec les ouvriers russes, d’abord dans de petits cercles, puis avec une armée de plus en plus nombreuse, que le camarade Lénine s’est lancé dans la bataille. Il a fait surgir des rangs de la classe ouvrière des centaines et des milliers de ses collaborateurs et de ses fidèles disciples. C’est avec cette classe ouvrière qu’il a conquis le pouvoir en renversant celui des capitalistes. C’est avec elle qu’il était déterminé à conquérir le monde entier, à libérer les masses laborieuses de l’oppression du capital. Et, bien entendu, si la classe ouvrière russe ressent cette perte de la manière la plus aigueï et la plus cruelle, cette douleur est tout autant pleinement ressentie par les syndicats russes.

Lorsque nous disons de Vladimir Ilitch qu’il était un chef, cette formule ne traduit pas pleinement la réalité. Il n’était pas seulement un chef : c’était aussi un maïître. Il n’était pas seulement un chef qui donne une orientation stratégique générale, qui dirige une armée, qui lui dit où aller et quand. Dans les moments difficiles, en cas de danger, d’hésitation, Vladimir Ilitch expliquait à chaque détachement qu’elle était sa place, sa voie et son rôle.

À un organisme aussi important que nos syndicats, Vladimir Ilitch accorda bien évidement à plusieurs reprises toute son attention, par ses discours, ses allocutions, des articles particuliers, etc.

Àux moments les plus critiques pour le mouvement syndical russe, Vladimir Ilitch nous a donné des enseignements assez complets. Le premier de ces enseignements est de ne pas séparer la politique de l’économie. Le deuxième enseignement est de sacrifier aux intérêts de la classe entière tout ce qui est personnel, tout ce qui est lié à un groupe particulier, à un atelier particulier. Le troisième commandement est de ne pas opposer le mouvement économique au mouvement politique des travailleurs, mené par l’avant-garde de la classe ouvrière, le Parti communiste. Il a indiqué avec précision le rôle de chaque organisation au cours de la lutte héroïïque de la classe ouvrière pour son émancipation finale. Il a souligné le rôle du parti en tant qu’avant-garde de la classe ouvrière. Il a souligné le rôle des syndicats en tant que mécanisme de transmission du parti aux larges masses ouvrières sans parti. Il a souligné que le pouvoir des Soviets, qui est l’expression héroïïque de la dictature des travailleurs – non seulement de la classe ouvrière mais aussi de la paysannerie – ne peut en même temps vivre, se développer et se construire sans s’appuyer directement sur l’organisation de la classe ouvrière. Il a exhorté les syndicats à éduquer sans relâche et à attirer des centaines de milliers de nouveaux travailleurs dans l’amélioration et la restructuration de l’appareil d’État soviétique. Il a souligné le grand rôle de nos syndicats en tant qu’école du communisme. Il a souligné que cette école ne doit pas seulement éduquer les travailleurs culturellement, dans un esprit de classe révolutionnaire, mais que cette école doit également enseigner aux travailleurs, par l’expérience, jour après jour, le grand art de construire et de gouverner leur État.

Et il ne s’est pas contenté de donner des mots d’ordre généraux. Il a donné des méthodes pour la réalisation de chacun des principaux mots d’ordre. Et toutes les méthodes éducatives qu’il nous a léguées se distinguent par le fait qu’elles ne sont pas basées sur des livres, ni sur une simple pédagogie, mais sur une pédagogie révolutionnaire particulière : celle de l’expérience pratique.

Lénine n’avait pas peur des erreurs. Il croyait aux masses, à leur instinct de classe, à leur créativité ; et lorsqu’on lui signalait les risques d’erreurs ou les erreurs commises, Vladimir Ilitch répondait toujours calmement : « Lorsqu’une grande œuvre est accomplie, lorsque des millions de travailleurs sont formés à un nouveau métier – gouverner l’État –, si cette erreur nous a profité, alors ce n’est pas si mal. Tirons les leçons de cette erreur pour ne pas la répéter à l’avenir. Sans erreurs, sans expérience, sans que l’ouvrier ne se soit brûlé les doigts à plusieurs reprises, il est impossible de construire de manière scientifique l’ordre nouveau. » Le risque d’erreur ne lui a jamais inspiré la moindre crainte. Voilà ce qu’il nous a appris.

Les méthodes que Vladimir Ilitch nous a léguées dans notre travail syndical consistaient en un seul mot d’ordre : « se rapprocher des masses ». Mais il ne suffit pas de dire « aller au plus près des masses ». Vladimir Ilitch exigeait davantage. Ici aussi, il a indiqué comment établir ce lien avec les masses. Il a indiqué comment approcher les travailleurs, qu’il aimait avec ferveur, dont il s’occupait dans les années les plus difficiles, car sa pensée constante était de savoir comment soulager les ouvriers dans les régions affamées, comment les nourrir. C’était son sujet de conversation constant durant cette période. Mais il tenait aussi à nous mettre en garde contre toute idéalisation erronée des ouvriers. Il savait que le travailleur russe avait encore, comme il le disait, les pieds enfoncés dans la boue de la société capitaliste du passé. Mais il n’y avait pas de meilleur ouvrier que celui-là. Il est impossible et impensable de faire surgir du néant un autre ouvrier, abstrait, et il a appris à l’aimer tel qu’il était et l’a donc guidé dans sa lutte héroïïque. Il a pris tout cela en compte, il a tenu compte des revendications, écouté non seulement le mouvement héroïïque de classe de l’ouvrier, mais aussi ses préjugés, et ne s’est pas laissé un instant emporté par le courant.

Il nous a appris à éduquer les masses, en tenant compte de leur niveau culturel, en tenant compte du fait que le travail de masse ne peut se faire d’un seul coup, dans la précipitation, par des méthodes qu’il a toujours raillées. Il nous a appris à élever les masses en leur donnant d’abord les tâches les plus simples, les plus accessibles à leur compréhension et à leur réalisation, en les faisant passer de tâches simples à des tâches plus difficiles, plus complexes, en les menant culturellement et économiquement de plus en plus haut. Ces mots écrits de sa main dans les thèses du Comité central sur le mouvement syndical nous engagent à élever les masses laborieuses, jour après jour, de plus en plus haut dans l’échelle culturelle, économique et de classe. Et aujourd’hui, à la veille des funérailles de Vladimir Ilitch, je pense exprimer le sentiment non seulement des travailleurs du mouvement syndical, mais aussi de tous les travailleurs organisés ou non, en disant que tous les préceptes de Vladimir Ilitch qu’il nous a donnés dans les moments les plus difficiles pour les travailleurs russes et leurs syndicats, nous les respecterons fidèlement, comme un devoir sacré.

Le parti, les syndicats et le pouvoir des Soviets veilleront avec une attention redoublée sur ce à quoi Vladimir Ilitch veillait avec tant de rigueur, afin que pas un seul engrenage du mécanisme de transmission de l’avant-garde de la révolution, le Parti, aux masses sans parti, des syndicats aux masses ouvrières et des masses ouvrières à la paysannerie, ne soit défait. Nous veillerons sur cela avec plus d’attention que jamais et nous respecterons fidèlement les préceptes de notre cher Ilitch.