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Special pages :
Discours électoral à Breslau
| Auteur·e(s) | Rosa Luxemburg |
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| Écriture | 5 juin 1898 |
Le discours fut publié en page 3 du numéro 129 (06/06/1898) dans le journal Volkswacht de Breslau.
Article mentionné dans la lettre à L. Jogiches du 9 juin 1898 .
Traduction par Alex du site Matière et Révolution.
D'après un article de presse
Jamais un Reichstag n'a été renvoyé chez lui avec un éloge autant dithyrambique, que celui dont le mandat prend fin le 15 juin. Le peuple travailleur n'a aucune raison de s'associer aux louanges qui ont été adressées en haut lieu au Reichstag sortant. Qu'ont fait de bénéfique pour le peuple allemand les hommes qui ont reçu ces éloges ? Le premier acte du Reichstag sortant a été l'adoption du projet militaire de Caprivi et le dernier acte signifie également pour le peuple allemand l'imposition d'un nouveau grand sacrifice. Les patriotes bourgeois n'ont pas proposé une seule fois de lever les fonds nécessaires à l'exécution de leurs décisions auprès des milieux qui manifestent un si grand intérêt pour le militarisme terrestre et maritime. Le peuple doit payer, le peuple doit servir. Le Code civil, si glorieusement mis en avant, serait depuis longtemps dépassé par l'évolution sociale. Il laisse subsister toute la législation réactionnaire des Etats. Les débats sur l'innovation du code de procédure pénale militaire n'ont pas non plus trouvé de conclusion satisfaisante. Le fameux projet de loi contre la subversion a montré combien est grande la haine que la classe possédante nourrit contre le prolétariat. Le projet de loi contre la subversion a été rejeté malgré le fait que tous les partis aient bramé comme le cerf altéré après le frais des eaux. Mais c'est justement parce que chacun des partis devait craindre de se mettre ainsi le nœud coulant autour de la tête. C'est précisément la manière dont le rejet a été effectué qui a montré que ce danger n'était pas encore passé pour le prolétariat. Le Reichstag a également rejeté la loi sur la protection des ouvriers. La protection des mineurs est également restée en suspens. La nouvelle loi sur les artisans, avec son sauvetage de la classe moyenne, ne représente aucun progrès. L'immobilisme de la politique sociale est également significatif. Mais ce qui est le plus caractéristique, c'est le dernier mot que le Reichstag a prononcé dans le débat sur les droits de douane sur les céréales. Ce que la France et l'Italie ont fait, le Reichstag allemand ne l'a pas fait. Après tout, le peuple travailleur n'a aucune raison de remercier le Reichstag sortant. Que devons-nous donc attendre du futur Reichstag ? Les craintes exprimées dans ce sens ne sont pas celles de simples Cassandre de la social-démocratie. La déclaration du député Müller-Fulda prouve ce qu'il en est du droit de vote. La nouvelle a certes été démentie par le « Reichsanzeiger », mais on sait par des événements antérieurs ce qu'il en est de ce genre de démentis. Le décret secret du comte Posadowsky montre ce qu'il en est du droit de coalition. La législation sociale n'a aucune valeur sans le droit d'association, c'est ce dernier qui lui donne une colonne vertébrale solide. La liberté de circulation est également en danger. Les agrariens, et en particulier la pire espèce d'entre eux, les Silésiens, et parmi eux les hauts Silésiens, ont déclaré à plusieurs reprises que des changements devaient également intervenir dans ce domaine. Outre ces réductions des droits les plus importants, le peuple est également menacé par de nouvelles charges. Cette nouvelle charge pour le peuple, associée au danger que représentent les coolies jaunes pour l'ouvrier allemand, constitue le revers de la médaille de la politique de puissance mondiale. La politique coloniale a un grand estomac comme l'église. Mais le peuple, lui, garde l'estomac vide. Les agrariens ont intérêt à ce que le pain reste si cher, car cela leur permet de faire de si brillantes affaires. Le cours des partis bourgeois se dirige vers la réaction la plus noire et c'est pourquoi l'intention est avant tout de ligoter le peuple. On veut donner au peuple des salaires de misère. Mais le peuple lui-même doit payer le prix de la faim pour le pain. Les compagnons « sans patrie » ont le devoir de préserver l'Allemagne de l'opprobre que représenterait l'élection d'un tel Reichstag. Seul le peuple travailleur est l'unique refuge de la liberté, c'est à lui qu'incombe la grande tâche historique de mettre en route l'effondrement du mode de production capitaliste. Dès aujourd'hui, le mot d'ordre est : ici l'intérêt du sac d'argent, là l'intérêt du peuple, ici le capitalisme, là les travailleurs. Le peuple travailleur a le choix entre sombrer dans la misère ou y mettre fin. Quand cela arrivera, cela dépend de chaque bataille que nous menons. Les prochaines élections au Reichstag sont l'une de ces batailles. Notre destin est entre nos mains. Nous sommes à nouveau à un tournant du siècle et les prochaines élections au Reichstag sont les dernières de ce siècle. Faisons en sorte que leur issue soit pour nous l'aurore d'un avenir meilleur. (Vifs applaudissements.)