Deuxième discours sur la révolution chinoise

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Nous sommes tous d'avis que la révolution chinoise vit et qu'elle vivra. C'est pourquoi la question principale ne consiste pas à savoir si l'opposition a donné un avertissement, quand et où elle l'a fait (j'affirme qu'elle a donné cet avertissement et je me fais fort de le prouver) ; la question ne consiste pas à savoir si Trotsky ou Maslov ont voulu céder le chemin de fer de l'Est chinois, mais la question consiste à savoir ce qu'on a à faire ultérieurement pour arracher la révolution du marécage dans lequel la politique fausse l'a enlisée et de l'amener sur une voie juste.

Je veux, en quelques mots, aller au cœur de la question et montrer la divergence absolue entre notre position et la position de Staline.

Staline s'est encore exprimé ici contre les conseils d'ouvriers et de paysans en donnant comme raison que le Kuomintang et le gouvernement de Houan [Wuhan] sont des moyens et des instruments suffisants pour la Révolution agraire. Staline prend ainsi sur lui, et il veut faire prendre à l'Internationale, la responsabilité de la politique du Kuomintang et du gouvernement de Houan, de même qu'il a voulu, une fois de plus, prendre sur lui la responsabilité pour la politique de l'ancien gouvernement national de Chang Kai Chek (en particulier dans son discours du 5 avril, dont le sténogramme est resté naturellement caché à l'Internationale).

Nous n'avons rien de commun avec cette politique. Nous ne voulons pas prendre sur nous un atome seulement de responsabilités pour la politique du gouvernement de Houan et la direction du Kuomintang, et nous conseillons énergiquement à l'I.C. [Internationale Communiste] de se refuser à cette responsabilité. Nous disons directement aux paysans chinois : Les chefs du Kuomintang de gauche de l'espèce de Wan Tin Wei [Wang Jingwei] et Cie vous tromperont irrémédiablement si vous obéissez à la direction de Houan au lieu de créer vos propres conseils indépendants.

La révolution agraire est une chose sérieuse. Des politiciens de l'espèce de Wan Tin Wei se réuniront dix fois avec Chang Kai Chek dans des conditions difficiles contre les ouvriers et les paysans. Dans de telles conditions, deux communistes, dans un gouvernement bourgeois, deviennent des otages impuissants quand ils ne sont pas une façon de masquer directement la préparation d'un nouveau coup contre les masses laborieuses.

Nous disons aux ouvriers de Chine : Les paysans ne mèneront pas la révolution agraire jusqu'au bout s'ils se laissent guider par des radicaux petits-bourgeois, au lieu que ce soit par vous, les prolétaires révolutionnaires.

Aussi édifiez vos conseils ouvriers, liez-les avec des conseils de paysans, armez-vous par le moyen des conseils, attirez dans les conseils des représentants des soldats, fusillez les généraux qui ne reconnaissent pas les conseils, fusillez les bureaucrates et les bourgeois libéraux qui organiseront des soulèvements contre les conseils. C'est seulement par des conseils de paysans et de soldats que vous attirerez de votre côté la majorité des soldats de Chang Kai Chek.

Vous, les prolétaires chinois avancés, vous serez des traîtres à votre classe et à votre mission historique si vous croyez qu'une organisation de chefs, petite bourgeoise et d'esprit de compromission dans sa direction, qui ne compte pas plus de 250.000 adhérents (voir le rapport de Tam Pin Siang) est capable de remplacer des Conseils ouvriers, paysans et soldats groupant des millions et des millions. La Révolution chinoise, bourgeoise-démocratique, ira de l'avant et vaincra, dans la forme soviétique, ou elle ne vaincra pas du tout.

Le programme du camarade Chen Dou Sin [Chen Duxiu], à savoir la réorganisation du gouvernement de Hankou, et la confiscation des terres des grands propriétaires terriens renvoyée jusqu'à ce que le danger de guerre soit écarté, est le chemin de la défaite le plus sûr et le plus rapide. Le danger de guerre est le danger de classe. On n'en peut venir à bout qu'en détruisant les gros propriétaires terriens, en anéantissant les agents de l'impérialisme et de Chang Kai Chek et en édifiant des Conseils. C'est précisément en cela que consiste la révolution agraire, la révolution nationale authentique (au sens léniniste du mot, et non au sens de Martinov).

Passons maintenant aux questions intérieures du P.C. de l'U.R.S.S. :

Dans des moments aussi critiques que le moment actuel la règle principale de la politique révolutionnaire consiste à méditer jusqu'au bout une question et à s'exprimer jusqu'au bout, en pleine clarté, sans aucune hypocrisie, sans aucune réticence. Il s'agit de l'opposition dans le P.C. de l'U.S. [Union Soviétique] et de la question de savoir ce qui sera par la suite en liaison avec les difficultés internationales et la perspective d'une guerre.

Il serait évidemment insensé de croire que l'opposition pourrait renoncer purement et simplement à ses opinions. Ces questions seront décidées d'après l'examen des événements. L'examen des six derniers mois écoulés depuis le 7e Plenum élargi, a montré et prouvé, à notre avis, que la ligne de l'opposition a subi avec succès l'épreuve des plus grands événements, de la révolution chinoise, et qu'elle a permis de prévoir et de prédire justement toutes les étapes dans la question du Comité anglo-russe, c'est-à-dire essentiellement dans la question d'Amsterdam, mais par suite aussi de la IIe Internationale.

Un travail commun est-il possible ? Je ne nommerai pas les diplomates, ne nommant que les plus importants. Je pourrai citer des centaines et des milliers d'ouvriers du Parti de l'opposition qui sont à des postes divers dans le pays. Quelqu'un osera-t-il dire que des oppositionnels, comme par exemple le commissaire du peuple aux Postes et Télégraphes, Ivan Nikitch Smirnov ou le chef de l'inspection ouvrière et paysanne pour l'Armée et la Marine, Mouralov, le commissaire du peuple à l'intérieur Beloborodov, etc., ont plus mal accompli leur devoir que d'autres ?

Mais tout l'artifice consiste, pour l'appareil du parti, à tirer les oppositionnels du parti, à commencer par les ouvriers qualifiés dans les usines. Ils sont poursuivis, déplacés, jetés dehors, quelle que soit la qualité de leur travail, uniquement et exclusivement à cause de leurs opinions oppositionnelles qu'ils défendent par les méthodes du parti.

Le camarade Smilga, membre du Comité central, un des plus vieux bolcheviks, un des héros de la Révolution d'octobre et de la guerre civile, un de nos économistes les plus éminents, on essaie maintenant qu'approche le Congrès du parti, de l'expédier en Extrême-Orient, à Chabarovsk [Khabarovsk], au travail du Plan, c'est-à-dire simplement pour l'isoler politiquement. Exactement de la même façon, on essaie maintenant de se débarrasser du camarade Safarov, qui a sur le dos plus de 20 ans de travail du parti ininterrompu en lui proposant de partir aussi vite que possible, soit en Turquie, soit sur la Terre de Feu, soit dans la planète Mars, n'importe où, pourvu seulement qu'il disparaisse.

On a voulu, à tout prix, expédier en Angleterre, où il se sentira à peu près comme un poisson sur le sable, un des plus vieux membres du parti, un prolétaire du terroir, Kouklin, ancien membre du C.C. (il a été écarté du C.C. parce qu'il appartient à l'opposition). Ce sont tous des révolutionnaires sans tache, des combattants de la Révolution d'Octobre et de la guerre civile. Je pourrais continuer jusqu'à l'infini la liste de ces exemples. Cette méthode est pernicieuse. Elle désorganise le parti.

Un travail pratique commun est tout à fait possible. Cela est prouvé par toute notre expérience. Assurer un travail commun de ce genre dans l'intérêt de notre État ouvrier, cela dépend tout à fait du C.C. qui s'engage, il est vrai, dans une voie tout à fait opposée. Je le répète un travail commun consciencieux est possible, malgré que les divergences se soient approfondies pendant cette dernière année. Dans les questions internationales où de formidables événements se sont passés, cela se manifeste clairement. Mais dans les questions intérieures aussi, le développement entre le danger de guerre lui-même qui posent brutalement toutes les questions devant nous.

Chaque classe examine nécessairement avant une guerre, les questions fondamentales de la politique. Le koulak, le fonctionnaire, le Nepman, relèvent la tête et se demandent : Quel genre de guerre cela sera-t-il, qu'est-ce qu'elle nous donnera, par quelles méthodes sera-t-elle conduite ? D'autre part, l'ouvrier des villes comme l'ouvrier des champs et comme le paysan pauvre, examineront, face aux dangers de guerre, de façon plus sévère les conquêtes de la Révolution, les avantages et les inconvénients du régime soviétique, et ils se demanderont : De quel côté la guerre va-t-elle modifier les rapports de forces ? Va-t-elle grandir le rôle des chefs ou celui des masses inférieures ? Va-t-elle redresser la ligne de classe prolétarienne du parti ou va-t-elle, sous prétexte d'une guerre nationale (interprétée à la Staline), augmenter la déviation dans la direction des chefs ?

Les éléments bourgeois, chez nous, se sont fortement accrus ; la lutte des deux tendances a ses racines dans les classes. Comme il n'existe qu'un parti dans notre pays, cette lutte se fait à travers notre parti. On a parlé ici avec la plus grande légèreté, avec la légèreté la plus criminelle de la désagrégation de l'opposition, de la scission de l'opposition, et ce sont des orateurs qui en avaient moins que quiconque le droit à cause de tout leur passé. Mais je ne veux pas m'arrêter sur eux. Ces hommes ont été amenés par une vague et ils seront balayés par une autre.

Oustrialov, l'ennemi le plus perspicace du bolchevisme, exige depuis longtemps qu'on expulse les oppositionnels et qu'on fasse la scission avec l'opposition. Oustrialov est le représentant de la nouvelle bourgeoisie qui sort de la Nep et des parties les plus vivaces de l'ancienne bourgeoisie qui veulent s'appuyer sur la nouvelle. Oustrialov ne veut pas sauter par dessus les degrés. Oustrialov défend ouvertement la politique de Staline et réclame seulement de Staline d'être plus résolu dans la liquidation de l'opposition. Mettez-vous bien ces faits dans l'esprit.

MacDonald s'oppose à l'intervention, il ne trouble pas les « politiciens pratiques de bon sens qui en finissent avec les propagandistes de la IIIe Internationale » — telles sont exactement les paroles de MacDonald — c'est-à-dire qu'il ne faut pas troubler Staline dans son œuvre de destruction de l'opposition. Chamberlain, par ses mesures de brigandage, veut hâter le même processus. Les méthodes diverses concourent au même but : briser la ligne prolétarienne, détruire les liaisons internationales de l'Union soviétique, contraindre le prolétariat russe à renoncer à s'ingérer dans les affaires du prolétariat international.

Peut-on douter que MacDonald ne protestera pas du fait qu'on n'a pas laissé le camarade Zinoviev assister à la session de l'I.C. ? MacDonald se vantera de sa propre clairvoyance si vous faites la politique de destruction et de scission contre l'opposition. MacDonald va dire : Les hommes politiques pratiques rompent avec les propagandistes de la IIIe Internationale.

La tentative de présenter l'opposition comme un groupe de [illisible/manquant] est une grossière tromperie. L'opposition est une expression de la lutte des classes. La faiblesse d'organisation de l'opposition ne répond pas du tout à son poids spécifique dans le parti et dans la classe ouvrière. La force du régime actuel du parti consiste dans le fait qu'il modifie, par des méthodes artificielles, le rapport des forces dans le parti. Le lourd régime bureaucratique actuel, dans le parti, reflète la pression des autres classes sur le prolétariat.

Hier, quatre-vingt vieux membres du parti, des bolchéviks éprouvés, ont envoyé au Comité central une déclaration dans laquelle ils soutiennent complètement le point de vue que nous développons ici. Ce sont tous des camarades qui ont derrière eux 10, 15, 20 et plus encore d'années de travail ininterrompu dans le parti bolchevik. Étant donné ces faits, parler de je ne sais quel trotzkysme, c'est falsifier la question de façon ridicule et pitoyable. Les révisionnistes qualifient le contenu révolutionnaire du marxisme de blanquisme, pour pouvoir combattre plus facilement le marxisme. Les camarades qui se détournent de la ligne bolchévique qualifient maintenant le contenu révolutionnaire du léninisme de trotzkysme pour pouvoir lutter plus facilement contre le léninisme. Nous en avons eu un exemple classique dans le discours du camarade Kuusinen, qui s'exprime comme un social-démocrate allemand de la province.

Pendant la dernière période du développement du Parti, on n'a porté des coups que contre la gauche. La raison fondamentale en est la série de défaites du prolétariat à l'échelle internationale et le renforcement qui en est résulté de l'orientation à droite dans notre parti. Toute l'histoire du mouvement ouvrier témoigne que de grandes défaites provoquent un triomphe momentané de la ligne opportuniste. Après la défaite de la grande grève en Angleterre et de la Révolution chinoise, on veut porter un nouveau coup à l'opposition, c'est-à-dire à la ligne révolutionnaire de gauche au sein du parti de l'U.S. et de l'I.C. Il est hors de doute que le discours de principe le plus achevé a été tenu ici par le nouveau chef du nouveau cours, Martinov, le charlatan du bloc des quatre classes.

Que signifie cela ? C'est un renforcement plus grand encore de la déviation à droite. Cela représente le danger de voir triompher les tendances d'Oustrialov. Les Oustrialov ne veulent pas sauter par dessus les degrés ou les étapes, c'est pourquoi ils sont maintenant ouvertement pour Staline. Mais il est évident qu'ils ne songent pas à rester auprès de lui, il n'est pour eux qu'un degré. Pour eux, il s'agit de détruire la barrière de gauche à l'intérieur du P.C. de l'U.S., d'affaiblir la ligne prolétarienne, de transformer le système soviétique en un instrument de la petite bourgeoisie, afin d'en arriver directement à la restauration du capitalisme et le plus vraisemblablement sous sa forme bonapartiste.

Le danger de guerre pose fortement toutes les questions. La ligne de Staline est la ligne des demi-mesures, des hésitations entre les tendances de gauche et de droite, tout en soutenant effectivement le cours de droite. L'accroissement du danger de guerre contraindra Staline à choisir. Il s'est efforcé de nous prouver que son choix était déjà fait. Après le massacre des ouvriers chinois par la bourgeoisie, après la capitulation du Bureau politique devant Purcell, après les discours de Tchen-Dou-Siu [Chen Duxiu], dans la Pravda, Staline ne voit les ennemis qu'à gauche et il dirige son feu contre eux.

Quelques douzaines de camarades du parti, de vieux bolchéviks éprouvés, principalement de Moscou et de Léningrad, lancent un avertissement au parti par une lettre collective dénonçant les dangers intérieurs menaçants. Nous ne doutons pas que des milliers de combattants du parti se joindront à eux, sans craindre ni les menaces ni les provocations et qu'ils sauront, malgré toutes les barrières mécaniques, pénétrer jusqu'à l'opinion publique du parti et redresser, par le moyen du parti, par les méthodes du parti, la ligne révolutionnaire et bolchéviste.

Fraterniser avec Purcell et charger furieusement contre Zinoviev, embellir et vanter les chefs bourgeois du Kuomintang et charger furieusement contre l'opposition de gauche dans le P.C. de l'U.S. et dans d'autres pays, tout cela se tient étroitement. C'est un cours déterminé. Contre ce cours, nous lutterons jusqu'au bout. Staline a dit que l'opposition formait un front unique avec Chamberlain, avec Mussolini et Tchang-Tso-Lin. A cela je réponds : Rien n'a facilité autant le travail de Chamberlain que la fausse politique de Staline, en particulier en Chine. On ne peut pas perdre la révolution qu'à moitié. Le coup de Londres est la quittance pour le coup de Martinov en Chine. Sur cette voie, on ne peut qu'accumuler les défaites.

Staline veut visiblement faire la tentative de représenter l'opposition comme si elle était quelque chose comme la garde auxiliaire de Chamberlain. C'est tout à fait dans l'esprit de ses méthodes. Hier Michel Romanov, aujourd'hui Chamberlain. Mais il se trompera encore davantage dans ses calculs qu'il ne s'est trompé dans ses espoirs concernant Chang-Kai-Chek et Purcell.

Contre Chamberlain, il faut combattre sérieusement et il faut, pour cela, mettre debout et réunir les masses ouvrières au sein du pays et dans le monde entier. Les masses, on ne peut les mettre debout, les réunir et les aguerrir que par une ligne de classe juste. Lorsque nous luttons pour une ligne révolutionnaire juste contre la ligne de Staline, nous préparerons les meilleures conditions de la lutte contre Chamberlain. Ce n'est pas nous qui aidons Chamberlain ; ce qui l'aide, c'est la fausse ligne politique.

Pas un seul prolétaire honnête ne croira cette ignominie insensée du front unique de Chamberlain et de Trotsky. Mais le parti réactionnaire de la petite bourgeoisie, le koulakisme croissant des Cent Noirs, ceux-là peuvent faire semblant comme s'ils le croyaient pour réaliser jusqu'au bout la destruction de la ligne révolutionnaire prolétarienne et de ses représentants. Si l'on livre un doigt au démon du chauvinisme, on s'y perd tout entier. Par ces accusations empoisonnées, Staline lui livre ce doigt. Nous le disons ici et nous le dirons ouvertement devant le prolétariat international.