Deux camps belligérants

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Auteur·e(s) Léon Trotski
Écriture 8 mars 1917


Novy Mir, No. 930, 8 mars 1917.
Publié dans La Guerre et la Révolution. Paris 1974, pp. 275-276
Recueil(s): Novy Mir


Un télégramme de Paris nous informe que le Comité national français du Parti socialiste a jugé sévèrement l’opposition socialiste et a privé ses partisans du droit d’occuper des postes officiels dans le Parti tant que les opposants n’auront pas confessé leurs hérésies. Il s’agit, ici, des Longuettistes, donc de cette fraction que dirige le député Jean Longuet.

Que veut donc cette opposition qui ne s’est pas rendue à Zimmerwald ? La convocation d’une Conférence socialiste internationale.

C’est là la principale hérésie des Longuettistes. Ils sont « patriotes », votent les crédits militaires, reconnaissent la « Défense de la Patrie ». Mais ils voient combien le Parti est soumis à la bourgeoisie et combien le mécontentement croit chez les travailleurs. Ils cherchent une voie d’issue dans une Conférence internationale qui leur servira à tâter le pouls de l’opinion mondiale. – Mais nous ne pouvons nous rendre à une conférence où se trouvent des socialistes allemands, disent Guesde, Sembat, etc., car nous sommes un Parti officiel et notre participation serait interprétée comme une tentative de pourparlers de paix de la part du gouvernement français. – En ce cas, sortons du ministère, répondent les Longuettistes (il faut rappeler qu’il y a encore un socialiste au ministère : Albert Thomas, Sembat et Guesde ont été éloignés par Briand comme inutiles). Mais puisque nous tenons pour la défense nationale et que nous lui donnons volontairement des millions d’hommes et des milliards, nous ne pouvons nous retirer du gouvernement répondent avec logique Guesde et Sembat.

– Justement, voilà pourquoi vous devez refuser toute participation à la défense nationale, rompre tout lien avec le Pouvoir et lui déclarer une guerre implacable – ce sont les Zimmerwaldiens qui se mêlent au débat. Mais les Longuettistes ne vont pas si loin; ce sont de bons patriotes effrayés par le mécontentement des masses. Ils voudraient être à la fois avec le gouvernement et avec les masses. Et c’est cette paisible opposition que les sociaux-patriotes vouent aux gémonies; ils privent donc ses membres de toute obligation officielle.

C’est sans le moindre doute un pas décisif vers la scission. Par qui est-elle appelée ? Non pas par le courage des Longuettistes et la résolution de leur position, mais par l’exigence de la patrie capitaliste. Qui n’est pas avec moi, est contre moi, s’écrie le Capitalisme, et il exige de ses esclaves sociaux-patriotes qu’ils excluent non seulement les Internationalistes révolutionnaires, mais encore les éléments hésitants. Et nous voyons que Scheidemann et Ebert rejettent de leur Parti la position prise par Kautsky, Haase et Ledebour, pendant que Guesde et Sembat attaquent les Longuettistes. Dans tous les pays d’Europe, se pose la question : ou la Patrie capitaliste, ou le Socialisme révolutionnaire. Elle se pose aussi maintenant aux U.S.A.

Qui tient pour la patrie capitaliste, est l’allié de nos ennemis de classe. Il n’a rien à voir dans le Parti du prolétariat révolutionnaire.